Archives pour: Mars 2015, 10

10.03.15

06:53:42, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : Discount

Réalisateur : Louis-Julien Petit

Année : 2015

Origine : France

Durée : 1h45

Avec : Olivier Barthelemy (Gilles), Corinne Masiero (Christiane), Pascal Demolon (Alfred), Sarah Suco (Emma), M'Barek Belkouk (Momo), Zabou Breitman (Sofia Benhaoui), etc.

Par Nicofeel

Prix du public au festival du film francophone d'Angoulême, Discount est considéré comme une comédie. Si le film utilise bien les ficelles de la comédie, il évoque une réalité sociale qui n'a rien de drôle et qui est même un miroir de notre société.
Le synopsis indique qu'un magasin hard discount compte licencier plusieurs de ses salariés pour les remplacer par des machines automatiques. La société commence un travail de minutage de ses agents afin de savoir lesquels garder.
On voit bien que l'on est dans la triste réalité de notre société actuelle, axée sur la productivité, où l'argent est roi et où la relation avec le client réduite à peau de chagrin (alors qu'en sera-t-il avec des caisses automatiques...). Pour preuve, ce projet de remplacement de certains agents par ces machines automatiques. Le jour où il n'y aura plus de caissières, on ira pas se plaindre...
Prenant le contre-pieds de cette situation qui apparaît comme injuste, certains agents se révoltent en choisissant de récupérer des produits alimentaires destinés à être détruits ou encore à voler certains articles. Avec ce butin – qui prend des proportions non négligeables (ce qui donne plus de poids au propos) – ils montent un marché parallèle, où le mot d'ordre est la solidarité. Tout le monde y gagne : ces salariés rebelles ont l'occasion d'arrondir leur fin de mois et des clients peu fortunés trouvent un moyen idéal de faire leurs courses à bas prix. Évidemment, pour le magasin hard discount, le manque à gagner avec les produits volés n'est pas une bonne affaire : “mais quand on vole des voleurs, ce n'est pas du vol”.

Mine de rien, le réalisateur de Discount, Louis-Julien Petit fait preuve d'une grande justesse de ton pour parler des victimes de la crise. Eh oui, si cela n'est pas écrit sur leur front, il y a des gens qui rencontrent des difficultés certaines pour joindre les deux bouts. A cet égard, le personnage de Christiane, une caissière d'une cinquantaine d'années criblée de dettes, est symptomatique de cet environnement socio-économique particulièrement délicat. L'actrice Corinne Masiero se fond très bien dans ce personnage de femme désabusée, qui n'est toutefois pas prête à se laisser marcher dessus “avec le sourire” (quelle idée horripilante de devoir garder le sourire en toutes circonstances, même quand on vous annonce que vous êtes licencié).
Louis-Julien Petit montre aussi avec beaucoup d'à-propos le monde terrible de l'entreprise, obnubilé par la notion de profit. Il n'y a que cela qui compte et s'il y a des dégâts sur le plan humain, cela ne semble pas déranger les dirigeants de ces entreprises. L'actrice Zabou Breitman interprète de façon convaincante cette femme cadre, Sofia Benhaoui, qui en fait baver à ses employés et n'hésite pas à prendre des mesures drastiques pour que les vols cessent. De prime abord, c'est une femme détestable, dont on comprend d'autant moins les agissements qu'elle vient elle-même de l'immigration. Mais en y réfléchissant bien, c'est aussi une victime. Ses supérieurs hiérarchiques lui imposent des techniques de management qu'elle doit exécuter à la lettre.
On sent bien que madame Benhaoui n'est pas à l'aise quand elle reçoit ses salariés dans son bureau, faisant appel à l'un de ses vigiles, dans le cas où la discussion tournerait au vinaigre.
Alors, au-delà de ces thématiques qui n'ont rien de réjouissant, y-a-t-il des raisons d'espérer ? Peut-être. On notera l'existence de cette fameuse solidarité où des gens se donnent des coups de main, sans arrière pensée (le porte à porte à domicile, le prêt du frigo, les ventes à la bonne franquette, etc.) et refusent de rentrer dans le jeu de la police lorsqu'elle demande à des gens ce qui se trame.
C'est cette conscience collective qui semble capable de soulever des montagnes. Il en faut de l'énergie positive et ça fait du bien. De là à renverser la toute puissante machine capitaliste, il y a encore du boulot.
Dans tous les cas, voilà une comédie française intelligente, qui défend de vraies valeurs, et qui n'a pas galvaudé son appellation de “comédie sociale à la Ken Loach”.

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