Catégorie: Test / Critique

09.02.16

05:30:00, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : Carol

Réalisateur : Todd Haynes

Année : 2016

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h58

Avec : Cate Blanchett, Rooney Mara, Kyle Chandle, etc.

Par Nicofeel

I’m not there (2007), biopic sur la vie de Bob Dylan,représentait jusque-là la dernière œuvre cinématographique de Todd Haynes. Ce n'est désormais plus le cas avec la sortie au cinéma de Carol, où le réalisateur américain explore à nouveau les rouages d'une Amérique des années 50 engluée dans ses codes sociaux passéistes.
A bien y regarder de près, la filmographie de Todd Haynes marque un attachement évident à l’œuvre de Douglas Sirk, maître du mélodrame des années 50. Dans Loin du paradis, le cinéaste américain reprenait clairement la trame de Tout ce que le ciel permet (1955). Dans Carol, il livre une fois de plus un mélodrame dans la plus pure tradition sirkienne.

Loin de se limiter à un simple plagiat, Todd Haynes incorpore dans son œuvre des éléments sociétaux qui lui sont chers : la défense de la cause féministe et de la cause gay. Sur ce dernier point, on peut même rapprocher son cinéma de celui de Rainer Werner Fassbinder. De manière plus générale, Todd Haynes s'intéresse à des personnages qui cherchent plus que tout à sortir du carcan dans lequel ils ont été confinés.

Si l'attente a été longue avant de retrouver Todd Haynes aux commandes d'un nouveau film, le réalisateur américain n'est pas resté sans rien faire. On lui doit notamment l'appréciable mini-série en cinq épisodes Mildred Pierce (qui se déroule dans le Los Angeles des années 30), diffusée en 2011 sur HBO. Le dénominateur commun de l'héroïne de Loin du paradis, de Mildred Pierce et de Carol, est évident : c'est la volonté de vivre pleinement une vie choisie. Et non une vie à travers les autres. Dans Loin du paradis, Cathy Whitaker se définit aux yeux de la société comme une épouse aimante et une mère modèle. C'est la même chose pour Carol Aird. Bien que disposant l'une et l'autre d'une vie cossue, ces deux femmes souhaitent plus que tout s'émanciper et s'offrir la liberté qui se refuse à elles.

Avec Loin du paradis et Carol, Todd Haynes continue de critiquer ouvertement une société puritaine sclérosée. Les couleurs très vives du film, très chaleureuses en apparence, très rétro, rappellent évidemment l’œuvre de Douglas Sirk. Mais elles sont surtout une manière de formaliser à l'écran le vernis d'une société intolérante, qui refuse que l'on ose gratter ce qu'il y a derrière les apparences.

Carol est une femme qui pourrait vivre à notre époque - sans grandes difficultés - son homosexualité. Mais dans les années 50, c'est une chose totalement impensable, en raison des conventions sociales. Le film montre bien que pour la société d'alors, cette bourgeoise doit rester à sa place, en tant qu'épouse et mère de famille. En abandonnant son mari (alors qu'elle est pourtant déjà en procédure de divorce) pour se retrouver dans les bras d'une femme, la belle Therese Belivet, elle fait fi des codes sociaux de l'époque. Et la sanction est immédiate : Harge Aird se sert de l'homosexualité de sa femme Carol, pour déclarer qu'elle a une vie dissolue, et ainsi justifier la garde exclusive de leur petite fille.

Comme si l'homosexualité de Carol faisait d'elle une mauvaise mère. A l'inverse, le caractère manifestement violent ou à tout le moins perturbé d'Harge Aird est sans incidence sur son statut de père. Il y a bien deux poids deux mesures qui prouvent qu'à cette époque, on ne pouvait pas faire ce que l'on voulait. Ou alors tout laisser tomber pour repartir sur de nouvelles bases. Le road-movie de Carol Aird et de Therese Belivet, est le symbole d'un amour naissant prenant son envol, s'affranchissant de la prison sociétale dont ces deux femmes sont des victimes directes. Avec beaucoup de pudeur, de sensibilité et tact, le réalisateur Todd Haynes filme cette relation saphique. Il n'y a pas de vulgarité inutile. On a simplement la preuve de l'amour de deux femmes qui entendent jouir de leurs désirs. Dès lors, même s'il est évident que le film défend la cause féministe et le droit à disposer librement de son corps en matière de sexualité, Carol est surtout la belle description d'un amour profond.

Dès leur première rencontre, Carol Aird et Therese Belivet ont un coup de foudre l'une pour l'autre. A ce moment, et à bien d'autres, l'émotion et la passion passent par un jeu de regards très évocateur.
Mais si les deux femmes sont différentes sur le plan social, Therese étant une simple employée dans un grand magasin et Carol une bourgeoise de la middle-class, c'est n'est pas franchement un problème. En revanche, c'est bien le regard d'une société moralisatrice et étroite dans son mode de pensée (une femme doit vivre avec un homme, le fait qu'ils s'aiment n'ayant finalement que peu d'importance), qui va rendre cette relation bien difficile à vivre au quotidien.

Après sa mini-série Mildred Pierce, Todd Haynes dresse à nouveau le portrait d'une femme indépendante, ne supportant pas les conventions de l'époque et cherchant à vivre sa vie, envers et contre tout. La scène finale peut être à cet effet comme un message d'espoir.

Au niveau de la distribution, on notera que Todd Haynes a pris la bonne habitude d'engager des actrices de talent et charismatiques : après Julianne Moore dans Loin du paradis, Kate Winslet dans Mildred Pierce, c'est cette fois-ci Cate Blanchett qui apporte sa classe naturelle en jouant de manière crédible le rôle de Carol. Pour lui rendre la pareille, Rooney Mara est très bonne dans le rôle de Therese Belivet, une jeune femme plus effacée et sensible, mais déterminée.

Carol constitue donc un très bon film, qui confirme tout le bien que l'on pense de Todd Haynes, cinéaste qui continue de tracer le sillon d'une filmographie très cohérente.

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08.02.16

00:10:04, Catégories: Nouveautés, Test / Critique  

Par Flo001fg

Synopsis :

A 16 ans, Annika a tout de l’ado typique, entre rebellion au lycée, premiers flirts et fêtes entre copines. Le jour où elle se lie d’amitié avec Megan, une trentenaire exubérante et décalée, sa vie prend une drôle de tournure. Sa nouvelle amie ose tout : s’inventer une fausse formation, se faire passer pour sa mère, jusqu’à... tomber sous le charme du père d’Annika. Et lorsque votre meilleure pote sort avec votre père, c’est le début des galères...

Mon avis :

Dès que j'ai vu la jaquette de "Girls only", je me suis dit : « Cool, voilà un petit film à voir avec ma fille! ». Eh oui, ma fille aime les comédies romantiques et surtout, son actrice préférée n'est autre que Keira Knightley! Cela tombe bien! Seulement contrairement aux apparences, ce "Girls only" n'est pas véritablement une comédie romantique et là-dessus, la jaquette de cette édition française nous trompe quelque peu. D'ailleurs allez comprendre pourquoi "Laggies" se voit en fait rebaptiser avec ce nouveau titre? Pourquoi en effet choisir un nouveau titre anglais spécialement pour le marché français? Pour moi, ce genre de pratique est réellement un grand mystère!

En tout cas, le film de Lynn Shelton ("Ma meilleure amie, sa sœur et moi", "Touchy Feely") débute bien comme une comédie romantique. On imagine tout de suite que Megan ne va pas rester avec son petit ami et qu'elle va évidemment tomber sous le charme d'un autre, mais ce n'est pas la romance qui est ici mise en avant.

En fait, "Girls only" est avant tout le portrait d'une trentenaire qui a du mal à sortir de l'adolescence et pour incarner cette jeune femme, Keira Knightley ("Joue-la comme Beckham", "Pirates des Caraïbes - La malédiction du Black Pearl", "Love Actually", "Domino", "The Duchess") était de toute évidence l'actrice idéale. Malgré ses trente ans, la comédienne fait encore suffisamment jeune et surtout elle est toujours ultra pétillante.

Pourtant à l'origine, le rôle de Megan était destiné à Rebecca Hall ("The Town", "Lady Vegas", "Transcendance"), qui finalement refusa, puis celui-ci fût attribué à Anne Hathaway ("Le diable s'habille en Prada", "The Dark Knight Rises", "Interstellar"), qui accepta également avant de décliner l'offre car elle était déjà prise par d'autres tournages. Finalement, c’est donc la craquante Keira Knightley qui s’est vue attribuer ce rôle et ce n’est pas plus mal!

A ses côtés, Mark Webber ("Scott Pilgrim", "13 Sins", "Jessabelle"), dans le rôle de son petit ami est parfait, « cucul la praline » comme c'est pas possible et donc forcément, on se dit immédiatement que leur histoire est vouée à l’échec! Par contre, on est au final guère plus convaincu qu'elle puisse trouver l'Amour avec le père de sa nouvelle amie, interprété par Sam Rockwell ("La ligne verte", "Confessions d'un homme dangereux", "Cowboys et envahisseurs"), tant on ne s'attachera pas à ce personnage!

Mais bon, vu que ce n'est pas réellement une romance, ce n'est finalement pas très grave, me direz-vous? Certes! Après tout, sa relation avec Annika, jouée par Chloë Grace Moretz ("Amityville", "The Eye", "Not Forgotten", "Kick-Ass", "Laisse-moi entrer", "Dark Shadows"), semble effectivement plus importante, puisque c'est elle qui fera que Megan « grandira » enfin... Elle, et surtout en fait son père qui lui fera involontairement perdre son innocence après qu'elle l'ait vu tromper sa mère!

Au final, on reste tout de même avec un sentiment assez mitigé, car en dehors du personnage de Megan, les personnages manquent pas mal de consistance et de plus, on a la sensation que la réalisatrice ne savait pas trop où elle voulait en venir et à quel public elle souhaitait destiner son film... Il faut dire que sur six longs métrages, c’est la première fois qu’elle met en scène un film non écrit par elle-même. Mais, ça n’explique pas à mon avis tout et puis le film manque cruellement de peps tout simplement!

Résultat donc mi-figue, mi-raisin pour ce "Girls only", du moins de mon point de vue, car ma fille, elle, a beaucoup aimé!

"Girls only" est sorti en VOD le 9 novembre 2015 et en DVD et Blu-ray le 18 novembre chez Condor Entertainment. Le DVD propose le film au format 1.85:1 16/9ème compatible 4/3 avec pistes audio française et anglaise Dolby Digital 5.1 et française dts Digital Surround 5.1 et sous-titres français, alors que l'édition Blu-ray est elle au format 1.85:1 16/9ème avec une résolution de 1080p et des pistes audio française et anglaise dts-HD Master Audio 5.1 et sous-titres français. Au niveau des bonus, les deux éditions nous offrent un making of (10'51") et une interview décalée de Keira Knightley par Sam Rockwell (1'57").

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01.02.16

00:26:10, Catégories: Nouveautés, Test / Critique  

Par Flo200

Synopsis :

L’histoire d’un couple dont la relation prend un mauvais tour lorsqu’il décide d’emménager ensemble. Max découvre à quel point sa copine Evelyn prend le contrôle sur lui et le manipule, mais il a trop peur de la quitter. Evelyn va mourir dans un accident, et la vie de Max va basculer...

Mon avis :

Si tout le monde connaît bien évidemment Joe Dante grâce à des films comme "Gremlins", "Hurlements" ou encore "L'Aventure intérieure", il y a bien longtemps que le réalisateur originaire du New Jersey n'a pas connu de réels succès. D'ailleurs il a eu énormément de mal à monter son projet "The Hole", film tourné en 3D sorti finalement en 2009. Son dernier film en date, "Burying the Ex" est quant en lui sorti en toute discrétion aux États-Unis durant l'été 2015 directement en VOD et nous arrive le jour de la chandeleur directement en vidéo...

Avec ce "Burying the Ex", Joe Dante ("Piranhas", "Explorers", "Panic sur Florida Beach", "Small Soldiers", "Les Looney Tunes passent à l'action") semble s'être figé dans les années 80, ce qui pour moi est plus une qualité qu'un défaut (soit dit en passant!).

En ces temps de morosité, le réalisateur nous offre une petite comédie horrifique où Max, un amateur de films d'horreur, interprété par Anton Yelchin ("Star Trek", "Terminator renaissance", "Le complexe du castor", "Fright Night"), se retrouve confronté au retour de son ex, décédée accidentellement juste avant que celui-ci lui annonce leur rupture et alors même qu'il débute une nouvelle histoire d'amour avec Olivia, une jeune femme partageant les mêmes goûts que lui, ce qui n'était bien entendu pas le cas d'Evelyn...

Évidemment, le retour de son ex devenue zombie va engendrer quelques situations assez amusantes, notamment car celui-ci n'osera pas lui avouer qu'il a trouvé quelqu'un d'autre et de plus, cette dernière était auparavant végétalienne.

Tiré d'un court métrage de 2008 réalisé par Alan Trezza, également scénariste de ce long-métrage, "Burying the Ex" comporte quelques scènes très réussies, mais il nous laissera tout de même au final un peu sur notre faim et ce, malgré ses bonnes intentions.

Peut-être en raison d’un scénario un peu trop prévisible? Ça se laisse voir certes, le film est même plutôt plaisant, mais on est quand même bien loin de ce Joe Dante nous a offert par le passé. Il faut dire aussi que le cinéaste a bénéficié d’un tout petit budget et d’un temps de tournage assez court.

Les personnages sont en tout cas plutôt sympathiques et on s’identifie assez aisément à eux, surtout lorsqu’on est soit même geek et en plus amateur de films d’horreur et de Rock pur et dur, ce qui va souvent de paire! Comment ne pas être par exemple sensible à l’hommage rendu à Johnny Ramone? Du coup, malgré ses défauts, on en vient à s’attacher tout de même à cette petite série B sans prétention.

Dans le rôle d'Evelyn, Ashley Greene ("Otis", "Summer's Blood", "Skateland", "The Apparition", "CBGB"), connue notamment pour son rôle d'Alice Cullen dans la saga "Twilight", est en tout cas tellement mimi (...et accro au sexe!), qu'on comprend que Max reste avec elle, même si elle est insupportable et tyrannique (Je dirais même, un véritable cauchemar pour geeks!).

A contrario, Alexandra Daddario ("The Babysitters", "Percy Jackson: Le voleur de foudre", "Bereavement", "Texas Chainsaw 3D", "San Andreas"), dans le rôle d'Olivia, incarne la « bonne copine » idéale, mais curieusement on peine un peu plus à croire en leur histoire d'amour naissante, malgré des atouts évidents et non négligeables...

Oliver Cooper ("Projet X", "Very Bad Trip 3", "Players", "Californication"), dans le rôle du frangin obsédé, est quant à lui plutôt drôle, même si son personnage sera quand même très caricatural...

Joe Dante signe avec "Burying the Ex", une petite série B, un peu trop classique et sans surprise, mais pleine de références et de clins d’œil destinés aux amateurs de films d’horreur, un film dans lequel la plupart d'entre eux se reconnaîtront...

"Burying the Ex" sort le 2 février 2016 chez Factoris Films uniquement en DVD (la sortie du Blu-ray initialement prévue ayant été annulée!) dans une édition proposant le film au format 2.39:1 16/9ème compatible 4/3 avec pistes audio française et anglaise Dolby Digital 5.1 et anglaise dts Digital Surround 5.1 avec sous-titres français optionnels. Il est à noter que la copie digitale illimitée (format 2.39:1 16/9ème avec piste audio française 2.0 AAC) est offerte, par contre aucun bonus n'est disponible, dommage! On aurait en effet au moins voulu avoir en supplément le court métrage d’Alan Trezza, qui a inspiré le film...

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30.01.16

06:50:11, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : Scream girl

Réalisateur : Todd Strauss-Schulson

Année : 2015 (film sorti au Paris International Fantastic Film Festival)

Origine : États-Unis

Durée : 1h31

Avec : Taissa Farmiga (Max Cartwright), Malin Akerman (Amanda Cartwright / Nancy), Nina Dobrev (Vicki), Alexander Ludwig (Chris), Adam DeVine (Kurt), etc.

Par Nicofeel

Vous en avez marre de regarder des films d'horreur ridicules ou des remakes insipides ? Dans ce cas, Scream girl est là pour vous. Prenez une pincée de Vendredi 13, ajoutez-y un soupçon de Scream et saupoudrez le tout de Last action hero. Vous obtenez alors : Scream girl.
Son pitch n'est pas sans rappeler La rose poupre du caire de Woody Allen ou Last action hero de McTiernan. En effet, Max, une adolescente, se rend dans un cinéma avec ses amis, pour assister à une séance rétro, Camp bloodbath, un film d'horreur fauché qui fleure bon les eighties. Suite à un accident, Max et ses compagnons se retrouvent projetés... à l'intérieur du film.
A la différence de Last action hero, il n'est pas question pour les personnages de faire des allées et venues entre le film et la réalité. Ici, l'action prend place du début à la fin dans Camp Bloodbath.
C'est ce qui constitue le ciment de Scream girl. Et son attrait provient du fait que ces jeunes issus de notre époque actuelle vont cohabiter avec les héros de Camp bloodbath. Et le mélange s'avère savoureux. Et pas uniquement en raison de différences vestimentaires évidentes.
On a d'un côté nos jeunes des années 80 insouciants, naïfs, un peu bébêtes qui passent leur temps à s'envoyer des vannes, à jouer voire à se draguer. Et plus si affinités...
De l'autre côté, on a Max et ses compères. Ils connaissent ce film d'horreur et sont conscients du danger incarné par le tueur masqué. Ils ne cessent de mettre leurs nouveaux amis sur leurs gardes.
Le sexe devient un interdit car il provoque l'arrivée immédiate du tueur !

A cet égard, on constate que le réalisateur de Scream girl, Todd Strauss-Schulson, parodie allègrement les slashers des années 80. Les codes du genre sont gentiment tournés en dérision : le tueur qui fait penser à celui de Vendredi 13 est indestructible (ou presque), les scènes de sexe sont toujours concomittantes de l'arrivée du tueur, les jeunes ne sont pas très futés pour échapper à leur bourreau.
Même l'enfance du tueur, prénommé ici Billy, est tournée en dérision. On a droit à une scène hilarante lorsque nos héros sont transférés dans un flashback, censé expliquer le trauma du tueur. Comme on est dans un flashback, les personnages sont en noir et blanc ! L'idée est géniale.
Todd Strauss-Schulson a plein de trouvailles visuelles qui relancent continuellement le film, lui donnant son aspect atypique.
Encore plus étonnant, Scream girl s'avère une comédie horrifique qui joue à plusieurs reprises la carte de l'émotion. Alors que dans nombre de films d'horreur, la distribution laisse à désirer, ici c'est au contraire un de ses atouts. La belle suédoise Malin Akerman interprète à ce propos avec talent deux rôles différents : celui d'Amanda, la mère de Max et celui de Nancy, l'un des personnages de Camp bloodbath.
Pour Max, qui a perdu sa mère il y a quelques années dans un accident, le film qu'elle “vit” lui donne l'occasion de parler à sa mère, mais sa mère telle qu'elle était en héroïne des années 80. Ah c'est parfois subtil les films d'horreur ! Cette relation mère-fille est l'un des sujets centraux du film. Elle est d'autant plus touchante qu'Amanda est décédée. Max vit donc une situation avec sa mère telle qu'elle était en “scream girl” des années 80.
A travers cette étonnante relation, l'émotion est palpable et Max fait tout pour changer le cours dun film afin que sa mère ne meure pas dans celui-ci. De façon plutôt fine, le réalisateur dresse le portrait d'une adolescente qui peine à faire le deuil de sa mère. Encore un bon point pour Scream girl.
Ajoutons que ce long métrage introduit une réflexion intéressante sur le devenir des actrices ayant oeuvré dans des films d'horreur. Bien souvent, elles restent cantonnées dans ces rôles et sont déconsidérées lorsqu'elles essaient de jouer dans d'autres registres.
Malgré toutes ces qualités, Scream girl n'est pas parfait. C'est un film qui n'est pas spécialement ambitieux et cherche surtout à divertir le spectateur. Ce qui n'est pas si mal en soi. Surtout, les fans purs et durs de films d'horreur risquent d'être déçus. En effet, il n'y a pas vraiment de tension et il n'y a quasiment aucune scène sanguinaire. Quant aux séquences de charme, elles sont réduites. Quoique, personnellement, le regard de la belle Malin Akerman est largement suffisant.
Dans tous les cas, Scream girl constitue bonne surprise qui fait plaisir à voir... Et à entendre ! Car sa bande son sent bon les années 80 avec plusieurs standards de ces années. Dance hall days de Wang Chung et Cruel summer de Bananarama sont de la partie. La palme de la chanson la plus appréciable revient à Bette Davis eyes de Kim Carnes qui marque les esprits. Lors d'une séquence d'introduction, ce hit des années 80 est réinterprété de façon pertinente et riche sur le plan émotionnel.
Au final, Scream girl s'avère une comédie horrifique enthousiasmante. Elle parodie avec beaucoup d'a propos les films d'horreur des eighties, avec une approche originale tant sur le fond que sur la forme. Voilà un film rafraichissant qui met de bonne humeur.

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28.01.16

01:11:10, Catégories: Nouveautés, Test / Critique  

Par Flo001fg

Synopsis :

Printemps 1914. Jeune femme féministe à l’esprit frondeur, Vera Brittain est résolue à passer les examens d’admission à Oxford, malgré l’hostilité de ses parents particulièrement conservateurs. Décidée à devenir écrivain, elle est encouragée et soutenue par son frère et sa bande d’amis – et notamment par le brillant Roland Leighton dont elle s’éprend. Mais les rêves de Vera se brisent au moment où l’Angleterre entre en guerre et où tous les jeunes hommes s’engagent dans l’armée. Elle renonce alors à écrire pour devenir infirmière. Tandis que la jeune femme se rapproche de plus en plus du front, elle assiste avec désespoir à l’effondrement de son monde.

Mon avis :

Remarquée internationalement grâce à "Royal Affair" de Nikolaj Arcel et à son rôle de Kitty dans "Anna Karénine" de Joe Wright, la délicieuse Alicia Vikander ("Le Septième Fils", "Son of a Gun", "Ex Machina", "Agents très spéciaux : Code U.N.C.L.E.") revient avec "Mémoires de jeunesse", un drame historique sur fond d'émancipation féminine et de première guerre mondiale...

L'actrice suédoise interprète dans "Mémoires de jeunesse" de James Kent ("The Secret Diaries of Miss Anne Lister", "The Thirteenth Tale") le rôle de l'écrivaine anglaise pacifiste et féministe Vera Brittain. Le film adapte son livre "Testament of Youth" paru en 1933, une autobiographie où elle relate l'enfer de la guerre où elle perdit son fiancé Roland Leighton, ses amis Victor Richardson et Geoffrey Thurlow et son frère Edward Brittain.

Dans le film, elle incarne ainsi une jeune femme qui rêve de devenir écrivain et qui caresse l'espoir de rentrer à Oxford malgré le refus de son père. Mais alors que justement son rêve se réalise et qu'elle trouve en plus l'amour, la première guerre mondiale éclate et emporte avec elle tous les rêves de la jeune femme. Un à un, elle va ainsi perdre quatre de ses proches dont son fiancé et son frère et elle va, qui plus est, abandonner ses études pour devenir infirmière sur le front.

Si le film est dans l’ensemble assez réussi, il faut reconnaître qu’Alicia Vikander porte en grande partie celui-ci sur ses épaules, écrasant quelque peu du coup les autres acteurs, qui à côté d’elle font bien pâle figure et cela malgré le charisme de certains des comédiens.

Son fiancé, Roland Leighton, est joué en effet par la star montante qui fait chavirer actuellement le cœur des adolescentes, j'ai nommé Kit Harington ("Game of Thrones", "Silent Hill: Revelation 3D", "Pompéi", "MI-5 Infiltration"), avec qui l'actrice avait d'ailleurs déjà joué dans "Le Septième Fils" de Sergueï Bodrov. L'acteur s'avère convaincant, mais étonnamment assez antipathique. Est-ce que le vrai Roland Leighton était décrit ainsi dans le livre écrit par sa fiancée? Je ne saurai vous le dire!

Son frère Edward est lui joué par Taron Egerton ("Inspecteur Lewis", "The Smoke"), remarqué principalement pour le rôle de Gary Unwin alias « Eggsy » dans "Kingsman : Services Secrets" de Matthew Vaughn. Quant à son ami Victor Richardson, il est lui interprété par le charismatique Colin Morgan ("Parked", "Island", "Legend"), bien connu pour son rôle de Merlin dans la série télévisée du même nom.

Un joli casting donc, mais en dehors du personnage de Vera, les autres personnages auraient gagné à être un peu plus développé afin qu’on éprouve plus d’empathie pour eux, notamment lorsqu’ils décèderont, alors que là, finalement on est plus triste lorsque le couple par exemple se séparent sur le quai de la gare que lorsqu’on apprend le décès du jeune homme...

Le réalisateur James Kent, qui avait jusque-là essentiellement travaillé pour la télévision, s’en sort pour sa part correctement et signe un film joliment filmé et assez classe, sans pour autant se faire particulièrement remarquer en tant que metteur en scène. En effet, sa mise en scène ne se démarque aucunement de celles des autres films du même style et est au final assez quelconque.

Même si le film évite souvent d’être trop mélodramatique, il pousse quand même par moments à verser sa petite larme, mais cela reste dans l’ensemble un bon film, parfois assez dur d’ailleurs, notamment lors des scènes se passant dans l’ « hôpital » de fortune que la jeune Vera trouvera sur le front lorsqu’elle sera en France...

"Mémoires de jeunesse" ravira donc très certainement les amateurs de romances contrariées, mais les cinéphiles seront probablement plus critiques. Cela demeure un beau film à voir (en couple si possible!), ne serait-ce que pour l’interprétation toute en finesse d’Alicia Vikander...

"Mémoires de jeunesse" est sorti chez TF1 vidéo le 27 janvier 2016 en DVD, Blu-ray et VOD. Le DVD propose le film au format 2.40:1 16/9ème compatible 4/3 avec pistes audio françaises et anglaises Dolby Digital 2.0 & 5.1 et sous titres français, alors que le Blu-ray est lui au format 2.40:1 16/9ème avec une résolution de 1080p AVC et des pistes audio française et anglaise dts-HD Master Audio 5.1 et sous-titres français. Il est à noter que les deux éditions proposent des sous-titres pour sourds et malentendants. Enfin, au niveau des bonus, les deux éditions nous offrent un making of assez court, mais pas inintéressant.

Mémoires de jeunesse (DVD + Copie digitale)

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Mémoires de jeunesse (Blu-ray + Copie digitale)

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27.01.16

01:11:10, Catégories: Nouveautés, Test / Critique  

Par Flo200

Synopsis :

"The Abomination" : Un jeune homme accueille dans son corps une sorte de parasite provenant d'un crachât de sa mère malade. Le parasite va se développer de plus en plus et prendre possession de la demeure du jeune homme ainsi que de son esprit, le contraignant à lui fournir de la chair humaine pour continuer à accroître sa taille...

"Ozone: Attack of the Redneck Mutants" : Un trou dans la couche d'ozone transforme les habitants d'une petite bourgade en zombies cannibales...

Mon avis :

Amateurs de nanars et de petites pellicules gores fauchées, voici un double programme proposé par Crocofilms qui devrait largement vous satisfaire! Celui-ci se compose de "The Abomination" de Max Raven et de "Ozone: Attack of the Redneck Mutants" de Matt Devlen, deux « chefs d’œuvre » en puissance...

Max Raven alias Bret McCormick ("Tabloid", "Highway to Hell", "Children of Dracula", "Rumble in the Streets", "Repligator", "The Protector") réalisa "The Abomination" en 1986, la même année d'ailleurs que "Ozone: Attack of the Redneck Mutants", mais les deux films ne sortiront apparemment qu’en 1988. Curieusement "The Abomination" et "Ozone: Attack of the Redneck Mutants" sont tous deux produits par les deux réalisateurs des deux films et ont été tournés avec la même équipe... Ce qui est sûr en tout cas, c'est que les deux films n'ont pas dû leur coûter grand-chose! Soyons clair, ils sont d'une nullité affligeante!

"The Abomination" est assez interminable avec une durée d'une heure quarante où la quasi intégralité des scènes gores sont dévoilées au tout début du film alors que Cody, le héros interprété par Scott Davis ("Ozone: Attack of the Redneck Mutants", "Le maître d'arme"), fait un cauchemar.

Au niveau cinématographique, il faut bien avouer que l’intérêt est très limité, c'est filmé en Super 8 (d’où une qualité très moyenne de l’image!) sans réel talent, les acteurs ne sont pas particulièrement bons, le doublage est catastrophique et le scénario est juste prétexte à aligner des scènes gores (...sauf qu’il y a quand même de sacrées longueurs!).

Quant aux effets spéciaux, ils font vraiment très cheap, mais en même temps, c'est peut-être ce qui fait le charme (tout relatif) du film. En effet, ces effets (bien craspecs, c’est déjà ça !) sont, il faut l'admettre, particulièrement amusants et ne sont pas sans faire penser, via l'« abomination » (un monstre à la mâchoire impressionnante et aux longues dents faisant pas mal penser à celle de "Deadly Spawn"!), aux marionnettes du Muppet show. Tout ça pour vous situer le réalisme du film! Seul point vraiment positif du film, la musique qui est ma foi, pas mauvaise et apporte une réelle ambiance au film...

Enfin, mieux vaut ne pas être trop dans son état normal pour aborder le film! L'utilisation de substances illicites est même vivement recommandée! Ou à défaut, quelques pintes de bière! Et puis le voir entre amis, si possible!

On prend les mêmes et on recommence! "Ozone: Attack of the Redneck Mutants" de Matt Devlen est donc sorti la même année et on retrouve en grande partie les mêmes acteurs au générique, avec dans les rôles principaux, toujours Scott Davis et Blue Thompson ("Tabloid", "Highway to Hell"), qui était à l’époque l'épouse de Bret McCormick avant que celle-ci n’épouse un certain Lee Snider.

Le film est en tout cas aussi nul et aussi peu rythmé et même s’il est un peu plus court, le temps semble parfois extrêmement long! Bon, il faut dire pour être totalement objectif et donc pour le bien de ma critique, je l’ai regardé seul et sans avoir pris quoique ce soit qui aurait pu me mettre dans un état second...

Comparé à "The Abomination", le film est quand même un peu mieux filmé et monté, mais les effets spéciaux, bien crades également, sont absolument ridicules et contribuent pleinement à l’hilarité qu’on peut avoir en visionnant cette chose filmique assez unique.

Cette fois, il y a beaucoup plus de scènes humoristiques assumées, mais cela ne fait malheureusement pas souvent mouche et cela sera plus le look absolument grotesque des mutants qui provoquera quelques moments de franche rigolade. On remarquera autrement qu’une partie du score de "The Abomination" est ici repris, mais dans l’ensemble la musique est tout de même moins réussie que celle du film de Max Raven.

Vous voilà donc prévenus! Si vous cherchez de bons films, passez votre chemin! Si en revanche vous cherchez à vous fendre la gueule entre amis, cela peut faire l’affaire!

Le double DVD "The Abomination" + "Ozone: Attack of the Redneck Mutants" est sorti officiellement le 19 janvier 2016 chez Crocofilms dans une édition proposant les deux films au format respecté 1.33:1 4/3 avec pistes audio française et anglaise monos avec sous-titres français disponibles. Côté bonus, l'éditeur nous gâte avec notamment deux courts métrages très intéressants. Tout d'abord sur la galette de "The Abomination", on trouve le court métrage "Peine de mort" de Julien de Volte, un court métrage très dérangeant et très violent rendant hommage aux Rape & Revenge des années 70. Celui-ci est accompagné des bandes annonces française et américaine de "The Abomination" et de celle de "Super Z", un film réalisé par Julien de Volte et Arnaud Tabarly. Sur le disque renfermant "Ozone: Attack of the Redneck Mutants", on a le droit à l'excellent "Baby-sitting" de Lucas Masson avec dans le rôle principal, la talentueuse Morgane Housset. Cette deuxième galette contient également un court documentaire sur Matt Devlen, un petit bonus nommé "Ozone: Petit digestif" qui s'avère être en fait un petit montage des scènes les plus ragoutantes du film et enfin une galerie d'images.

The Abomination + Ozone: Attack of the Redneck Mutants

The Abomination + Ozone: Attack of the Redneck Mutants
Fnac à 16.99€
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20.01.16

08:13:56, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : Le fils de Saul

Réalisateur : Laszlo Nemes

Année
: 2015

Origine
: Hongrie

Durée
: 1h47

Avec
: Géza Röhrig, Levente Molnar, Urs Rechn, Todd Charmont, Sandor Zsotér, etc.

Par Nicofeel

Le fils de Saul a constitué l'un des chocs du dernier festival de Cannes où il a obtenu le grand prix. Il faut dire que ce long métrage a tout pour créer la sensation : il se déroule à une période sensible de l'Histoire, la deuxième guerre mondiale (en octobre 1944 pour être précis) et dans un lieu qui symbolise à lui seul toute l'horreur de ce conflit planétaire : le camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau.
Les camps de la mort ont déjà été évoqués au cinéma. On songe ainsi au chef-d'oeuvre Nuit et brouillard (1956) d'Alain Resnais, à la passagère (1963) du Polonais Andrzej Munk ou à l'incontournable documentaire-fleuve Shoah de Claude Lanzmann. Plus proche de nous, Roberto Benigni a rencontré un succès public considérable avec La vie est belle (1997). Dans ce film, il avait pris le parti de représenter l'horreur des camps de manière décalée, avec ce père de famille faisant le pitre pour divertir son enfant et lui cacher l'horrible réalité. De son côté, Laszlo Nemes, ancien assistant du très exigeant Bela Tarr (sur Prologue et sur L'homme de Londres), met en scène Le fils de Saul dans la plus pure tradition hongroise : un film rigoureux tant sur le fond que sur la fome. Et dans ce long métrage il s'intéresse à une catégorie de personnes peu connue des camps de concentration : les sonderkommandos.
Ces derniers sont des Juifs, de bonne condition physique, choisis par les Nazis à la descente des trains. Leur rôle est d'assister les Nazis dans leur projet d'élimination de masse (la shoah) en accompagnant les victimes jusqu'aux chambres à gaz et en les aidant à se déshabiller. Puisque, lorsque les personnes sont mortes, il s'agit pour les sonderkommandos de récupérer les habits et les affaires des morts, de retirer les corps et de nettoyer les lieux en vue de l'arrivée prochaine des nouvelles victimes.

Comme l'a indiqué très justement Claude Lanzmann en interview, “Laszlo Nemes a inventé quelque chose et a été assez habile pour ne pas essayer de représenter l'holocauste. Il savait qu'il ne le pouvait ni ne le devait. Ce n'est pas un film sur l'holocauste mais sur ce qu'était la vie dans les sonderkommandos.”
Dans cet environnement horrifique que décrit Le fils de Saul, la caméra de Laszlo Nemes se porte du début à la fin du film sur le personnage de Saul, un sonderkommando qui est effectue les tâches précitées.
Jamais une fiction ne nous a fait entrer de plein pied dans cet univers mortuaire avec autant de réalisme. C'est ce qui rend sans doute ce long métrage si dur à regarder. Histoire de laisser le spectateur sous pression, Laszlo Nemes a multiplié dans son film les plans-séquences, qui accroient le sentiment de voir quelque chose pris sur le vif. C'est comme si une caméra s'était introduite fugitivement et avait filmé ce qui retient l'attention d'un sonderkommando.
La face sombre du Fils de Saul est véhiculée non seulement par sa thématique mais aussi par le gros travail effectué sur la photographie, avec une couleur grisâtre prédominante. Et puis on ne peut que souligner cet impressionnant travail au niveau du cadrage, avec des plans qui sont toujours à la hauteur de Saul. Il n'y a aucune ligne d'horizon et donc aucune échappatoire possible.
Dans ce monde où la barbarie et la mort sont indubitablement liés, Saul effectue son travail de manière mécanique. Une seule chose le fait encore avancer l'obsède: la volonté de trouver un rabbin pour donner les derniers sacrements et trouver une sépulture décente à un enfant mort, qu'il croit avoir reconnu comme étant son fils.
Face à ce camp de la mort où toute notion d'homme a disparu (les Nazis évoquent les morts en parlant de “pièces” comme s'il s'agissait d'une production... on produit des morts en chaîne, raison d'être de la shoah), Saul y oppose un acte religieux qui peut sembler dérisoire mais qui a son importance. Il s'agit de conserver sa dignité alors que la mort rôde.
Le rôle de Saul est “joué” par Géza Röhrig, qui n'est pas un acteur à la base, puisque c'est un poète et écrivain hongrois. Pourtant, avec un naturel déconcertant, il fait corps avec son personnage. Il parvient même à faire ressentir moults émotions au spectateur.
Des émotions forcément fortes qui sont à l'image du Fils de Saul : un film dur à regarder mais magistral tant sur le fond que sur la forme. Le grand prix du jury qu'a obtenu Le fils de Saul à Cannes est amplement mérité. Si le jury avait voulu faire preuve de plus d'audace et de logique, il aurait dû lui remettre la palme d'or en lieu et place du bien moins marquant Dheepan de Jacques Audiard.
Dans tous les cas, voilà un film qui va rester dans l'Histoire. Il reste cependant à réserver à un public particulièrement averti du côté difficilement soutenable de certaines scènes.

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19.01.16

08:13:32, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : Trilogie Hourbn / destruction

Réalisateur : Emil Weiss

Année : 2008-2014

Origine : France

Durée : 1h18 pour le premier volet, 54 minutes pour le second volet et 52 minutes pour le troisième volet

Par Nicofeel

L'année 2015 aura été marquée sur le plan cinématographique par la sortie du film Le fils de Saul de Lazlo Nemes, qui évoquait l'horrible quotidien d'un “sonderkommando”, dont le rôle est d'assister les Nazis dans les camps de concentration dans leur projet d'élimination de masse.
Les camps de concentration ont également fait l'objet de documentaires. On songe évidemment à Nuit et brouillard (1956) d'Alain Resnais et à Shoah (1985) de Claude Lanzmann. Plus proche de nous, Emil Weiss a achevé en 2014 sa trilogie Hourbn, qui signifie destruction.
Ce cinéaste a relié ensemble 3 documentaires différents qui ont tous pour cadre le camp d'extermination d'Auschwitz. Le premier volet Auschwitz, premiers témoignages (réalisé en 2010) s'intéresse à Auschwitz en tant que complexe concentrationnaire. Le second volet Criminal doctors (2014) met la lumière sur les horribles expérimentations commises sur des êtres humains. Quant à Sonderkommando (2008), il évoque donc la situation de ces juifs, chargés d'accompagner les Allemands dans leur projet d'extermination.
Le parti pris effectué par Emil Weiss est tout à fait original. En effet, il a tourné des images contemporaines d'Auschwitz et il a raconté en voix-off des récits de survivants, lesquels ont évoqué leur vécu, et en particulier leurs effroyables conditions de détention. Le résultat à l'écran est très particulier. Le film n'est pas forcément facile à appréhender. Il est difficile de “rentrer” dans un documentaire où l'on imagine ce qui s'est passé dans des lieux toujours existants, mais en partie détruits.
C'est effrayant de voir Auschwitz, cet espace gigantesque, ses barraquements, ses grillages, et la nature avoisinante. Si le spectateur parvient à accrocher au parti pris d'Emil Weiss, nul doute qu'il se souviendra longtemps de cette Trilogie de la destruction.
Car ces trois documentaires, qui s'appuient tous sur les récits d'anciens déportés (notamment lors des procès de Nuremberg), font réellement froid dans le dos. Le premier documentaire évoque clairement qu'Auschwitz n'était pas uniquement un camp de concentration. C'était en fait un complexe concentrationnaire qui regroupait diverses activités : d'extermination, d'industrialisation et d'expérimentation. On comprend aisément que le projet des Nazis était un projet global. Ces témoignages, sont durs à écouter, tant ils révèlent des situations inhumaines... à peine imaginables.

Sur ce point, le second documentaire, Criminal doctors, est sans aucun doute le plus difficile à regarder et à écouter. Chacun sait que les Nazis se sont livrés à d'horribles expérimentations. Mais on n'a pas l'habitude de voir des récits sur ce sujet. Alors que la caméra d'Emil Weiss se glisse dans les endroits où avaient lieu ces expériences, on apprend, médusé, que des gens ont été stérilisés et castrés par rayon X. Ces cobayes n'étaient finalement pas mieux lotis que les autres prisonniers. Quant aux travaux effectués sur les jumeaux, ils n'avaient d'autre but que de trouver une solution scientifique pour peupler à grande échelle l'Allemagne, afin de développer la race aryenne.
Le réalisateur Emil Weiss ne pointe pas du doigt uniquement le monstrueux projet des Nazis. Il met également en exergue les relations plus que douteuses entre les Nazis et des entreprises bien établies aujourd'hui. Le documentaire relate ainsi des échanges de lettres entre l'administration nazie et une société pharmaceutique, devenue aujourd'hui Bayer. On apprend, estomaqué, que des centaines de femmes, prisonnières dans le camp d'Auschwitz, ont été vendues (à un prix négocié par Bayer !) pour servir de test à des soporifiques. Les tests n'ayant pas été concluants, aucune d'entre elles n'a survécu...
Le troisième documentaire traite des sonderkommando. Les témoignages sont issues des rares sonderkommando qui ont survécu, mais aussi de manuscrits rédigés à Auschwitz pendant les faits, qui ont été retrouvés, et qui expliquent la solution finale. Le quotidien de ces sonderkommando, est très bien expliqué, et constitue un excellent complément à la fiction Le fils de Saul. Ici, on appréhende à quel point la volonté des Nazis était de supprimer un nombre maximum de Juifs. Emil Weiss met clairement en lumière la position de ces Nazis, pour qui la vie humaine n'a aucune valeur.
Pendant plus de 3h, la trilogie Hourbn d'Emil Weiss a comme point commun d'évoquer la destruction, la mise à mort de plus d'un million d'innocents sur le site d'Auschwitz-Birkenau, le plus grand centre de concentration et d'extermination d'Europe. Les images filmées par Emil Weiss sont bien souvent pertinentes.
Il n'en reste pas moins vrai que la trilogie Hourbn regroupe trois documentaires qui peuvent paraître relativement austères, demandant dès lors une grande d'attention.
Pour information, la chaîne Arte a acheté les droits de la trilogie Hourbn. Raison pour laquelle la chaîne a déjà diffusé ce film en 2014. Si la télévision est le seul média qui s'est approprié les trois documentaires d'Emil Weiss, il serait réducteur de considérer qu'il s'agit d'une oeuvre télévisuelle. Hourbn, diffusé de manière sporadique dans quelques salles, a été filmé en 16/9 avec des moyens dignes d'un film (travellings, plans larges). Sortir Hourbn au cinéma relève seulement de la sphère commerciale.
Dans tous les cas, il serait de bon ton que ce documentaire monumental, soit diffusé au plus grand nombre. Cette trilogie n'est pas aimable en tant que telle mais elle relate avec force l'horreur vécue dans le complexe concentrationnaire d'Auschwitz-Birkenau.

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