02.11.16

05:00:00, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : The strangers
Réalisateur : Na Hong-Jin

Année : 2016

Origine : Corée du Sud

Durée
: 2h36

Par Nicofeel

Après The chaser (2008) et The murderer (2010), le cinéaste sud-coréen Na Hong-Jin revient aux affaires avec sa nouvelle oeuvre, The strangers. Son nouveau film a même eu droit aux honneurs du festival de Cannes, où il a été présenté "hors compétition".

Si Na Hong-Jin met en scène à nouveau un thriller, celui-ci se situe clairement dans une autre dimension, par rapport à ses précédents films. The chaser et The murderer constituent d’excellents thrillers urbains, mais dont le scénario est relativement balisé. Avec The strangers, l’action du film se déroule désormais à la campagne, qui constitue à elle seule quasiment un personnage à part entière du film. Et puis ce long métrage ne touche pas à un genre mais à plusieurs : on est tout aussi bien dans le thriller, le film de zombies, la satire de mœurs, le drame familial, le film de vengeance, le film d’exorcisme.

Au départ, avec une série de meurtres qui ont lieu dans un petit village, le spectateur pense qu’il a affaire à une enquête policière, dans le style de Seven de David Fincher ou du très bon film sud-coréen Memories of murder de Bong Joon-Ho. Que nenni. Le « héros » du film, Jong-Gu, un policier fainéant, couard et peu impliqué dans son travail, ne tarde pas à comprendre qu’il se passe des choses mystérieuses. Les morts se révèlent effroyables – la violence est une thématique récurrente du cinéma de Na Hong-Jin – et les personnes soupçonnées en la matière, ont des yeux révulsés et une maladie de peau, les faisant passer pour des zombies.

Au même titre que Jong-Gu est perdu et n’arrive pas à faire le lien avec ce qui se passe, le spectateur est baladé pendant les 2h36 du film. Avec une grande rigueur au niveau de sa mise en scène, le réalisateur sud-coréen égare le spectateur dans cette communauté rurale où l'on ne sait pas bien où l'on peut se trouver.

Il est fortement conseillé de mettre de côté toute considération cartésienne, car ce long métrage se plaît à naviguer dans le surnaturel. Les fantômes – à moins qu’il ne s’agisse de morts-vivants – rendent visite aux humains et surtout les démons sont de la partie. Plusieurs personnes semblent envoûtées, y compris la propre fille de Jong-Gu. Ce dernier multiplie donc les solutions pour tirer sa fille d’un mauvais pas : la religion catholique par la présence d’un prêtre mais aussi un chaman qui en appelle aux forces de la nature.

Rapidement, Na Hong-Jin donne l’impression de surfer sur les traces de L’exorciste. The strangers se fait l’écho de quelques excès de folie, dignes de l’oeuvre de Friedkin. Le spectateur devient même le témoin d’une étrange scène de transe, où tous les sens sont mis en éveil. Na-Hong Jin a la bonne idée de procéder à un astucieux mélange alterné, avec magie blanche et magie noire qui se répondent coup pour coup. La scène est assez impressionnante, et marque durablement la rétine. Sûrement plus d’ailleurs que la scène phare de désenvoûtement dans L’exorciste. Une fois cette scène terminée, on peut penser qu’on va d’autant plus facilement reprendre le fil de l’histoire. Encore une fois c’est raté. C’est plutôt l’inverse qui se produit. Cette scène peut même être vue comme la césure entre l’aspect purement policier du long métrage et la suite où l’on nage, comme Jong-Gu, dans des eaux totalement inconnues.

Le réalisateur se plaît d’ailleurs à jouer sur les rapports complexes existant entre la Corée du Sud et le Japon, qui a occupé la Corée du Sud jusqu’en 1945. Il subsiste actuellement chez certains Sud-Coréens un sentiment de haine vis-à-vis des Japonais. Tout comme avec leurs voisins de la Corée du Nord. Na-Hong Jin laisse au spectateur le soin de juger des rapports entre Sud-Coréens et Japonais. Toujours est-il que cela n’est pas un hasard si le « héros » s’en prend à un ermite japonais, alors qu’il ne dispose d’aucun commencement de preuve. Le Mal, qui est présent d’un bout à l’autre du film, a sans doute pris cette apparence pour mieux tromper notre protagoniste. Les actes de Jong-Gu ne sont-ils pas le reflet d’une vengeance aveugle ? La question mérite d’être posée. D’autant que les éléments de réponse peuvent être multiples.

Dans un dernier acte où il brouille encore plus les cartes avec des rebondissements à la chaîne, Na-Hong Jin déplace définitivement l’intrigue d’un courant rationnel vers des contrées inattendues. Tout est sujet à une remise en question, alors que les twists ne cessent de pulluler : la dame blanche, clin d’oeil aux films de fantômes asiatiques, est-elle un ange ou un démon ? De quel côté se situe le chaman ? Qui est cet étrange ermite ?

A la fin, on ne sait plus du tout où on en est. C’est comme si cette succession de twists était le résultat de la propagation du Mal, qui aurait gagné tout le village.

Œuvre totalement atypique, imprévisible, déroutante, The strangers est sans doute le film le plus ambitieux de son auteur. En dépit de sa relative longue durée (2h36), on ne voit pas le temps passer. Le film est toutefois destiné à des spectateurs ouverts d’esprit, car on sort clairement des sentiers battus.

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