Titre du film : Strigoi
Réalisateur : Faye Jackson
Durée du film : 105 minutes
Date de sortie du film : inconnue (film diffusé au NIFFF 2010)
Avec : Catalin Paraschiv (Vlad), Constantin Barbulescu (Constantin Tirescu), etc.
Par Nicofeel

Film britannique réalisé par Faye Jackson, Strigoi est de prime abord un film enthousiasmant en proposant une alternative aux films de vampires. Comme symbole, on ne fait d'ailleurs pas mieux en décidant que l'action du film va se dérouler en Roumanie, et plus précisément en Transylvanie, là où a sévi le fameux Dracula.
Au début du film, on voit que des personnes du village, Constantin Pirescu et sa femme, sont tuées par les villageois. On tue donc le notable et son épouse à la manière des vampires dans l'ancien temps. Constantin serait devenu un vampire roumain, un strigoi, ce qui permettrait d'expliquer les choses bizarres qui se déroulent au village. Dans l'idée, on peut penser que le film va devenir intéressant en rappelant notamment toute une thématique développée par Luis Bunuel avec les paysans qui reprennent possession des biens face aux notables.
Vlad (prénom de Dracula, hommage amusé au mythe original), le héros du film, revenu d'Italie va tenter de comprendre ce qui se trame dans ce village. Il y a des personnages qui disparaissent sans explication.
On comprend bien évidemment que tout cela est l’œuvre des vampires mais on n'en sait pas plus. On voit des vampires qui ne se montrent pas bien virulents et mangent de tout à l'intérieur des maisons des gens. Le ton comique adopté par le film est plutôt bizarre.
Mais surtout on ne voit pas où la cinéaste veut en venir. Les villageois parlent des communistes comme de gens dangereux. Ils en ont peur.
Pour autant, il y a aussi une critique du capitalisme actuel qui a même trouvé sa place en Roumanie avec ce questionnement autour des terres : ont-elles été vendues ou non ? Le cadastre a-t-il été changé ou non ? Par extension, notre société consumériste est pointée du doigt via l'utilisation de ces vampires.
En somme, la cinéaste semble représenter une société roumaine quelque peu perdue, placée entre un système soviétique en pleine déconfiture et une intégration très récente à l'Union européenne (sachant que la Roumanie est très en retard sur le plan économique par rapport à de nombreux pays de l'Union européenne).
Si tous ces éléments sont évoqués dans ce film, ils ne le sont pas clairement et sans fil directeur.
Surtout, le film est vraiment mou, il y a un rythme extrêmement lent et un ton adopté étrange : on ne sait pas trop si on doit rigoler ou plutôt prendre ce long métrage d'un point de vue dramatique. Ainsi, quelle est la logique de mettre dans un scénario qui se veut sérieux un policier parler de prendre un terrain et d'y planter de la marijuana ?
Par ailleurs, de nombreuses scènes apparaissent redondantes. On a la désagréable sensation d'assister toujours aux mêmes scènes.
Pour ne rien arranger, les acteurs roumains parlent dans un langage anglais mauvais avec un accent très prononcé.
Au final, ce film ennuyeux et incompréhensible est une vraie déception et pour ma part le plus mauvais film de la sélection officielle. Je demeure circonspect quant au fait qu'il ait obtenu le prix du meilleur film européen.
Titre du film : Ce que je veux de plus
Réalisateur : Silvio Soldini
Durée du film : 120 minutes
Date de sortie du film : 11 août 2010
Avec : Alba Rohrwacher (Anna), Pierfrancesco Favino (Domenico), Giuseppe Battiston (Alessio), Teresa Saponangelo (Miriam), etc.
Par Nicofeel

Avec Ce que je veux de plus, l'italien Silvio Soldini offre au spectateur un film relativement original sur un sujet qui ne l'est absolument pas.
Le cinéaste traite de l'adultère avec cette jeune femme, Anna, qui tombe brusquement amoureuse d'un homme, Domenico, alors qu'elle a déjà sa vie qui est bien rangée : elle est comptable dans une entreprise privée importante, elle vit depuis un moment avec un homme qui fait tout pour lui faire plaisir et qui souhaite même lui faire un enfant. De son côté, Domenico est un père de famille avec deux enfants qui est bien souvent à la dèche en raison des petits boulots qu'il fait à droite à gauche.
Alors que bien souvent les films sur l'adultère se résument à un homme ou à une femme qui trompe son conjoint, ici le point de vue est beaucoup plus nuancé, même si les agissements des protagonistes ne sont pas pour autant excusés. Silvio Soldini ne juge jamais, il se contente de proposer une histoire on ne peut plus réaliste avec des gens qui ont manifestement du mal à se faire à leur vie bien rangée où le quotidien du jour ressemble fortement à celui de la veille. L'usure au sein du couple peut être une des raisons de cette incartade.

Mais surtout le cinéaste semble montrer qu'à l'instar de la vie qui peut offrir des moments surprenants, Anna et Domenico vivent leur liaison dangereuse de manière passionnée. Alors qu'ils ne se connaissent nullement, ils s'adonnent à des rapports sexuels intenses, quasi bestiaux qui sont très bien rendus à l'écran avec notamment une photographie particulièrement réussie dans des couleurs vives. On peut penser que cette histoire a lieu avant tout pour le plaisir sexuel qu'elle leur procure. Et pourtant cette relation est loin d'être simple. L'un comme l'autre doivent faire avec leur vie qui est bien chargée et se libérer pour réussir à se voir sur de rares plages horaires. On voit clairement qu'ils sont amenés à mentir à leurs conjoints respectifs : Anna raconte à son compagnon qu'elle fait des heures supplémentaires le mercredi soir alors que durant cette même période Domenico est censé s'entraîner à la piscine. L'un comme l'autre ont beaucoup de mal à vivre cachée leur liaison et surtout à mentir à leurs conjoints respectifs.
Là où le film ne manque pas non plus d'intérêt c'est qu'il dresse finalement un portrait assez juste de cette relation adultérine avec des personnages qui tantôt s'enthousiasment fortement, tantôt ont honte de leur relation, à tel point que plusieurs fois ils sont amenés à rompre.
Mais quel est l'avenir d'une telle relation ? Le cinéaste pose cette question en traitant plusieurs thématiques sous-jacentes : il y a d'abord l'aspect compagnon qui est à prendre en compte. Eh oui en ayant une relation adultérine on est bien évidemment amené à mettre clairement de côté une partie des bons moments que l'on passe avec son compagnon de route. La question est de la relation est également posée au niveau professionnel car tant Anna que Domenico ont du mal à se voir et à assumer pleinement leur travail. D'ailleurs leur relation a un coût qui peut rapidement devenir élevé quand on pense au prix d'une chambre d'hôtel (car bien évidemment il n'est pas question d'aller faire l'amour chez l'un ou l'autre). Et puis la question de cette relation se pose aussi plus simplement au niveau de sa durée : c'est bien beau de vivre pleinement une nouvelle relation, mais il faut encore penser aux répercussions que cela engendre et à la pérennité de ce couple qui vit avant tout pour des raisons sexuelles.
Le film bénéficie d'excellents acteurs. Tous sont bons dans leurs rôles respectifs. On appréciera notamment le fait que tous les personnages sont joués par des acteurs qui n'ont rien de géniaux sur le plan physique et qui pourraient donc être n'importe qui. L'interprétation de ces acteurs est d'ailleurs remarquable, et notamment des deux acteurs principaux, qui tour à tour sont capables de passer d'un moment passionné à des moments de doute, et où le mensonge est bien souvent utilisé pour éluder le problème de cette relation adultérine.
Au niveau de la mise en scène, elle est plutôt fonctionnelle et ne se distingue pas spécialement.
La durée du film est peut-être un poil trop longue (2 heures) mais globalement le film passe plutôt bien. Il mérite donc d'être vu tant pour son scénario plus élaboré que l'on pourrait penser à la base que pour son interprétation de qualité.

Titre du film : Piranha 3D
Réalisateur : Alexandre Aja
Durée du film : 89 minutes
Date de sortie du film : 1er septembre 2010
Avec : Elisabeth Shue (Julie Forester), Steven Mcqueen (Jake Forester), Jerry O'Connell (Derrick Jones), Jessica Szohr (Kelly Driscoll), Danni Arslow (Kelly Brook), etc.
Par Nicofeel

Décidément, Alexandre Aja est fâché avec les œuvres originales (La colline a des yeux, Mirrors). Avec Piranha 3D, il remake le sympathique Piranhas de Joe Dante sorti en 1978. Malgré son manque flagrant d'originalité et son scénario qui tient sur du papier à cigarette, Piranha 3D demeure malgré tout un film regardable.
Ce film, produit par les frères Weinstein, a le mérite de brosser le spectateur dans le sens du poil. Annoncé comme un film où sont présents « sea, sex and blood », il faut bien reconnaître qu'à ce niveau là on n'est pas volé.
L'action met un peu de temps à démarrer mais quand tout est lancé le mélange sexe et horreur carbure à plein régime. Le film se déroule dans la ville balnéaire de Lake Victoria qui reçoit de nombreux étudiants lors du week-end de Pâques. Les jeunes n'ont de cesse de se faire plaisir. C'est l'occasion rêvée pour le cinéaste de livrer quelques séquences de sexe qui ne manqueront pas de réveiller les spectateurs masculins.
Ainsi, le film insiste hautement sur la poitrine généreuse de l'actrice Danni Arslow qui est bien époumonée. Le film joue évidemment sur le rapport entre un jeune homme assez timide, Jake Forester – le fils de la shérif de la ville – qui se retrouve attiré bon gré mal gré à servir de guide à un réalisateur de films pornographiques ou à tout le moins un réalisateur de séquences érotiques. Cela permet à Alexandre Aja de nous montrer des scènes de nudité purement gratuites. On a par exemple droit aux deux « wild wild girls » qui sont filmées sous l'eau entièrement nues. A un autre moment, on voit les poitrines de ces jeunes femmes. Histoire d'en rajouter un peu côté sexe, le film joue à fond la carte de la vulgarité avec le personnage qui interprète ce réalisateur de films cochons, qui n'est pas d'une grande finesse : « mate-moi ça. Des poissons avec des gros nichons ». On nous sert également une séquence de T-shirts mouillés. Bref, tout l'attirail du sexe y passe, aussi bien par la vue de jolies formes que par les paroles de plusieurs des protagonistes.

Et l'horreur dans tout ça ? Car il ne faut pas perdre de vue qu'il s'agit d'un film horrifique. Eh bien de ce côté-là Alexandre Aja ne se prive pas de donner de la sauce tomate à profusion. Si le film est assez timide au début sur ce point avec juste quelques plongeurs qui se font massacrer par de vilains piranhas, le film prend son envol dans une deuxième partie qui n'est pas sans rappeler les dents de la mer. Les piranhas s'en prennent à toutes les personnes qui ont la mauvaise idée d'être dans l'eau. Et ils ne font pas dans la gentillesse. On se retrouve avec des membres arrachés ou dévorés, des têtes coupées. Certaines séquences sont assez drôles comme le sexe du réalisateur qui, gravement blessé, a son sexe sectionné : « ils m'ont coupé la bite ». Le sexe tombe dans l'eau et est mangé par un piranha. D'autres scènes sont carrément surprenantes et on retiendra de prime abord cette très belle séquence (niveau gore) où un piranha sort de la bouche d'une jeune femme blonde. Le plus que l'on voit au niveau du gore ce sont des jambes sectionnées avec des effets spéciaux particulièrement réalistes.
Bref, Alexandre Aja concocte un judicieux mélange sexe et horreur qui devrait sans souci plaire aux jeunes qui viendront voir le film. Car Piranha 3D est avant tout destiné aux adolescents et aux jeunes adultes.
Mais au fait la 3D dans tout ça ? Il faut bien reconnaître qu'elle n'apporte pas grand chose. Elle apparaît quasiment comme un gadget qui permet avant tout de justifier un surcoût de la place de cinéma. Décidément cette mode de la 3D est franchement loin d'être emballante.
Au final, Piranha 3D est un pur film pop-corn. C'est un film d'horreur qui se déguste avec un certain plaisir sur l'instant. Mais passé son visionnage, Piranha 3D s'oublie plutôt vite car il ne se distingue pas vraiment de la production courante en terme de films d'horreur et souffre tout de même d'un scénario quelconque et d'une interprétation peu fameuse. S'il n'avait pas bénéficié d'autant de publicité autour de lui, le film aurait été à peine remarqué.
par Nicore
Après un regain d’activité appréciable au cours du mois de juillet, les éditeurs sont retombés dans une léthargie estivale lors du mois qui vient de se terminer avec déjà très peu de ressorties et aucun passage au Blu-ray pour des titres existants, pour ne nous proposer que quelques inédits d’intérêt variable et des titres passés par la case « salles obscures ».


Ainsi Warner Home Video aura sacrifié le remake mitigé du Choc des titans réalisé par louis Leterrier, tandis que Sony aura lancé son Legion et ses anges exterminateurs pas toujours bien crédibles.


Jamais sorti en salles, mais espérant nous le faire croire avec son titre ambigu, le Suffer island de Christian Duguay et son camp de redressement sadique aura été proposé par Metropolitan pendant que Free Dolphin aura édité un Mega shark vs giant Ocpotus au titre improbable qui aurait fait les beaux jours des cinémas de quartier à l’époque.


Habitué de ces lignes, Emylia aura donné sa chance au brutal Madness, œuvre suédoise sanglante et sauvage présentée ici et critiquée là, alors que MGM aura mis en vente le malin et réussi Hit and run et son psychopathe pugnace et vengeur après avoir été renversé par une jeune femme ivre.


De manière bien plus anecdotique, Zylo se fera fendu de deux inédits avec Bitten et son vampire refusant sa nouvelle condition et Open graves et ses surfeurs confrontés à un jeu maléfique mais bénéficiant de la présence de la belle Eliza Dushku. Et de son côté Elephant Films sera également resté bien timide pour ne nous offrir qu’un Grim lorgnant vers le "Z" avec sa créature monstrueuse qui devra affronter des spéléologues.


Seul éditeur à avoir crée la surprise, Wild Side Video aura fait bénéficié à l'attendu All the boys love Mandy lane (critiqué ici dans son édition en zone 2 anglais) d'une sortie, comblant ainsi une longue attente tardivement palliée, tout en offrant une ressortie au terrible et magnifique Martyrs et en proposant le nouveau Park Chan-Wook, le bien nommé Thirst.
Il en restera donc plus à l'amateur de cinéma horrifique et fantastique de bien vite oublier ce mois d'août misérable avec uniquement de rares sorties vraiment intéressantes, pour espérer que ce mois de septembre qui vient de commencer soit plus prolixe pour une rentrée qui s'annonce déjà plus chargée ! Le rendez-vous est déjà pris pour vérifier tout cela à la fin du mois !


Titre du film : Die ewige maske
Réalisateur : Werner Hochbaum
Durée du film : 85 minutes
Date de sortie du film : 1935 (film diffusé au festival du NIFFF 2010 - Neuchâtel International Fantastic Film Festival, premier film suisse vu dans le cadre de la rétrospective « L'ombre d'un doute »)
Avec : Mathias Wieman (docteur Dumartin), Peter Petersen (professeur Tscherko), Tom Kraa (docteur Wendt), Franz Schafheitlin (monsieur Negar), Olga Tschechowa (madame Negar), etc.
Par Nicofeel

Réalisé par Werner Hochbaum en 1935, Die ewige maske est un thriller suisse qui traite de la psychanalyse. Librement inspiré d'un roman de Léo Lapaire, L'autre qui est en nous (titre français du film) Die ewige maske date de 1935. Et pourtant, malgré le poids des ans (et donc de la copie que nous avons vu), le film reste passionnant de bout en bout. Il faut dire que la thématique du film est vraiment très intéressante, que le côté enquête demeure jusqu'au bout avec ce mélange rêve-réalité et que la mise en scène est très solide, avec de superbes plans, qui font notamment écho aux impressionnistes.
Le film débute d'ailleurs par un plan séquence dans un hôpital avec la présentation des personnages, plan séquence se clôturant avec la chambre 112. Dans cette chambre 112, il y a le mourant, monsieur Negar. Il faut dire que l'hôpital est rempli en raison d'une épidémie de méningite. Le docteur Dumartin administre son sérum au mourant Negar, sans l'aval du professeur Tscherko, le chef de l'hôpital. L'échec des soins explique le départ de Dumartin et surtout les délires qu'il va vivre.
Très bien mis en scène, Die ewige maske est également marquant par une très belle photographie qui utilise à plein les possibilités du noir et blanc, à manière des impressionnistes, notamment lorsque Dumartin fait des rêves (cauchemars) ou se comporte comme un schizophrène. Plusieurs scènes demeurent remarquables comme lorsque Dumartin saute dans l'eau après avoir parlé à son reflet ou lorsqu'il rêve d'un autre endroit avec notamment des ballerines que l'on voit en transparence.
Le cinéaste Werner Hochbaum rend particulièrement bien à l'écran ce personnage de Dumartin qui est en fait prisonnier d'un labyrinthe souterrain qui représente précisément son propre esprit et ses responsabilités dans le décès de Negar. Il y a beaucoup de passages avec des portes et des couloirs. C'est intéressant dans le cadre de la schizophrénie vécue par Dumartin. Derrière une porte, Dumartin trouve quelqu'un qui porte un masque (d'où le titre du film). Et évidemment derrière le masque il y a tout simplement Dumartin. Comme on peut s'en douter, la résolution de ce thriller ne peut se faire que dans la chambre 112, lieu du trauma.
Le film est également intéressant par ce qu'il évoque deux méthodes de pensée au niveau de la médecine qui se font concurrence. Le professeur Tscherko, qui représente un docteur de l'ancienne école, ne veut pas le changement. C'est la raison pour laquelle où il est de prime abord opposé à l'idée d'adopter le sérum du docteur Dumartin. Ce sont les jeunes loups, les docteurs Wendt et Dumartin, qui représentent non seulement la relève mais surtout l'avenir. Ces deux styles de soins sont donc différents et sont en perpétuelle confrontation, les jeunes n'appréciant pas les méthodes du professeur.
Bien que disposant de nombreuses qualités, Die ewige maske n'est pas parfait. On regrettera par exemple : l'utilisation des raccords avec l'utilisation de photogrammes ; l'annonce des docteurs au haut parleur avec un aspect robot un peu ridicule ; des acteurs souvent en sur-jeu et principalement celui jouant le professeur Tscherko qui est vraiment en roue libre. C'est d'ailleurs peut-être pour le cinéaste une façon de surligner les méthodes peu fines de ce professeur, qui accepte difficilement de se remettre en question ainsi que les nouvelles méthodes de soin.
Malgré tout, Die ewige maske est un film disposant d'un solide scénario, d'un intéressant questionnement autour des troubles mentaux, d'une belle mise en scène et d'un bon rythme.
Titre du film : Un poison violent
Réalisatrice : Katell Quillévéré
Durée du film : 92 minutes
Date de sortie du film : 4 août 2010
Avec : Clara Augarde (Anna), Lio (Jeanne), Michel Galabru (Jean), Thierry Neuvic (Paul), Stefano Cassetti (père François), Youen Leboulanger Gourvil (Pierre).
Par Nicofeel

Réalisé par Katell Quillévéré dont c'est le deuxième film, Un poison violent traite d'un sujet particulièrement sensible vu qu'il touche à la religion. Assez différent d'un Avril par le ton adopté, Un poison violent est un film délibérément dramatique par son traitement qui pose des questions sur la religion catholique d'aujourd'hui.
En s'intéressant au sort d'Anna, une jeune fille de 14 ans qui débute le moment charnière dans la vie que constitue l'adolescence, la cinéaste française réussit à tisser une toile beaucoup plus longue que l'on n'imagine au départ. La réalisatrice ne se contente pas d'évoquer les doutes d'Anna quant au fait de savoir si elle croit toujours en Dieu et donc si elle est en mesure de faire sa confirmation (période qui fait suite à la communion, moment où le baptisé reçoit le don du Saint Esprit).
En décrivant la famille d'Anna et des gens que cette famille est amenée à fréquenter, Katell Quillévéré touche à d'autres questions fondamentales : l'éveil de la sexualité d'une jeune fille ; les familles divisées ; la tentation éventuelle d'un prêtre.
La réalisatrice Katell Quillévéré n'a pas choisi la jeune Clara Augarde (Anna) par hasard. Pour elle, cette jeune fille possède une vraie puissance sexuelle. Et cet élément est d'autant plus troublant que Clara Augarde, en plus d'être jeune, est belle et fait preuve d'un naturel tout à fait incroyable. On comprend dès lors aisément que la jeune fille ne laisse pas indifférent. Son petit copain la trouve très jolie et n'a de cesse de draguer cette fille de son âge : il la complimente, il l'embrasse, il joue de la guitare en faisant une petite chanson pour elle, etc. Anna y est très sensible. On voit à plusieurs reprises l'éveil de la sexualité de cette jeune fille qui découvre un corps qui devient celui d'une femme.
Ce corps ne laisse pas non plus indifférent Jean, son grand-père paternel, qui a un rapport certes affectueux avec mais qui est également empreint d'un certain désir. C'est lorsqu'Anna fait la toilette de Jean que ce dernier se met à bander. Plus tard dans le film, il décède peu de temps après avoir vu les poils du sexe de sa petite fille. Si certains peuvent penser qu'il y a quasiment de l'inceste dans tout ça, on peut aussi penser que c'est tout simplement le voeu d'un vieil homme de voir sa petite-fille en train de devenir une belle jeune femme. Quoique c'est le même homme qui a demandé à sa petite fille de lire un poème particulièrement osé lors de son décès.

Alors que Jean est au seuil de la mort, Anna entre en revanche dans une période importante de sa vie. Et tout cela la réalisatrice du film le retranscrit parfaitement. Tant les désirs de cette jeune fille que ses doutes sont parfaitement retranscrits.
Mais la cinéaste ne se contente pas de livrer les doutes d'une jeune fille face aux propos religieux qui peuvent paraître choquants. En effet, dans le film on voit un évêque qui se montre assez dur dans ses paroles pour des adolescents en évoquant la lettre de Saint-Paul apôtre aux Galates (chapitre 5) qui divise l'Esprit (objet de la confirmation) de la chair : « On sait bien à quelles actions mène la chair : débauche, impureté, obscénité, idolâtrie, sorcellerie, haines, querelles, jalousie, colère, envie, divisions, sectarisme [...] Mais voici ce que produit l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi. » Le film montre qu'un amour peut être sain sans pour autant être condamnable. Il n'y a qu'à voir l'éveil à la sexualité de la jeune Anna. Ce sont avec des propos aussi radicaux que propose la lettre de Saint-Paul qu'Anna se met à douter en sa croyance en Dieu et qu'elle refuse de finaliser son confirmation (dans le film on voit qu'au bout d'un moment elle n'arrive plus à dire « nous croyons »).
Très intelligemment, le film ne se focalise pas que sur le personnage pour parler de la religion catholique de nos jours. Le personnage du père François est également très intéressant. C'est d'abord une personne qui vient d'Italie (façon peut-être de montrer que le faible nombre de vocations amène à avoir de plus en plus de prêtres étrangers) et qui est proche des gens comme l'attestent les moments où il accepte de jouer au football avec des adolescents ou les moments où il confesse des personnes du village. Mais cette proximité n'est pas du tout évidente à gérer. Lors d'une séquence du film, on se demande si la réalisatrice n'essaye pas de traiter le cas des prêtres pédophiles. Heureusement, cela n'est pas le cas mais l'abri dans la grotte où vont le prêtre et Anna peut faire penser aux faits divers qui rejaillissent dans la presse et discréditent ô combien la religion.
Par ailleurs,en étant proche des gens, le père François en arrive parfois à douter de lui. Le célibat des prêtres n'est certes pas évoqué directement mais c'est une vraie question qui est posée indirectement par l'envie que ressent ce prêtre par le personnage de Jeanne (Lio), qui joue la mère d'Anna.
A fortiori, la famille d'Anna est encore une fois révélatrice de notre société actuelle. Anna doute de sa foi et est troublée par les changements de son corps mais ce ne sont pas les seuls éléments qui la perturbent. Anna est fatiguée par le fait que ses parents soient séparés. Les nombreuses crises de sa mère sont loin de l'apaiser. Au contraire. Voir des familles séparées qui ont bien du mal à vivre ensemble est devenue quelque chose de malheureusement trop commun.

Particulièrement bien joué, tant par des adultes confirmés comme Michel Galabru ou Lio que par les jeunes acteurs, avec une mention spéciale à la très jolie et sensible Clara Augarde, Un poison violent fonctionne à merveille sur un mode d'oppositions. Il y a d'un côté les adultes, de l'autre les adolescents. Il y a surtout un poison qui représente tout aussi bien l'éveil de la sexualité d'une jeune fille (coupable d'acte de chair, qui va en opposition directe de l'esprit) que les doutes d'un jeune prêtre qui a lui aussi des envies qui ne sont pas tournées uniquement vers Dieu.
Très riche et même assez violent par les sujets qu'il aborde, Un poison violent est un film qui ne manque d'intérêt sur la religion et des questions qui gravitent autour. A voir.
La très belle reprise du Creep de Radiohead lors du générique de fin clôt de façon remarquable ce film.

Titre du film : Grauzone
Réalisateur : Fredi M. Murer
Durée du film : 99 minutes
Date de sortie du film : 1979 (film diffusé au NIFFF 2010 - Neuchâtel International Fantastic Film Festival)
Par Nicofeel

Réalisé par le suisse Fredi M. Murer, connu pour être un réalisateur de montagnes (l'excellent L'âme soeur), Grauzone est un film culte de 1979 dans l'ambiance des seventies. Le réalisateur nous offre une véritable radiographie de la société contemporaine, dont le propos est encore très actuel. Le film a donc ceci d'intéressant d'être particulièrement dans le ton de ce que l'on connaît aujourd'hui.
En démarrant Grauzone par un plan en plongée sur une ville et en le terminant par un plan séquence en plongée sur son principal protagoniste, Fredi M. Murer entend évoquer la ville qui broie l'individu par son gigantisme. L'homme est peu de choses dans cette société devenue individualiste. Et évidemment depuis cette époque cela ne s'est pas vraiment amélioré.
On suit dans le film plus particulièrement un couple, Alfred et son épouse, qui travaillent tous deux et résident dans la banlieue de Zurich, dans un HLM. On voit bien la ville et ses immenses immeubles où les gens vivent. Et puis ces immenses HLM où tout le monde épie tout le monde : manque de liberté et solitude pour certains. Le superbe noir et blanc du film accroît le côté grisâtre, le spleen que l'on perçoit immanquablement dans cette société où l'homme est devenu peu de choses.
Le mari et la femme que l'on voit à plusieurs reprises dans le film ont beau être dans le même appartement, on ne peut pas dire qu'ils vivent ensemble. D'ailleurs, ils ne font même pas l'amour. Ils sont séparés dans le lit ; chacun ayant son côté du lit. Et puis le mari mange seul en regardant la télévision.
Dans une thématique qui rappelle l'oeuvre d'Antonioni, le film traite de l'incommunicabilité avec cette femme qui préférerait même s'engueuler avec son mari mais au moins qu'ils se disent quelque chose. Elle peut tout changer dans la maison, il ne dit rien. Elle a l'impression de vivre seule, dit-elle à son amie. La femme ne sait même pas quel est le travail de son époux.
Heureusement, dans ce monde gagné par la dépression - le gouvernement fait passer les nouveaux cas de maladie pour une épidémie alors qu'il s'agit tout simplement du syndrome de la dépression – il subsiste quand même un semblant d'espoir. Ainsi, en voyant ses photos de jeunesse, le couple retrouve un semblant d'unité et cela amène le mari à révéler la manipulation des masses dont il participe par son travail secret.
Car une des autres thématiques passionnantes du film est sans conteste le fait que le gouvernement dirige nos vies et les médias, véhiculant des informations pas forcément très objectives. Le fameux Big Brother de 1984 n'est vraiment pas loin. On peut même dire que le film est complémentaire.
Faisant réellement froid dans le dos quand on voit l'évolution actuelle de notre société (est-on si loin de cette fiction ?), Grauzone est un film très riche aussi bien par les thématiques qu'il aborde que par sa mise en scène très soignée.
Les acteurs sont tous très bons dans leur capacité à donner l'impression d'être monsieur et madame tout le monde. On peut facilement les prendre en exemple et penser à nos propres vies.
On regrettera simplement de n'avoir pu visionner ce film qu'en version originale sous-titrée anglais car il y a de nombreux dialogues et l'anglais sous-titré n'est pas toujours simple à comprendre.
Titre du film : Crime d'amour
Réalisateur : Alain Corneau
Durée du film : 104 minutes
Date de sortie du film : 18 août 2010
Avec : Ludivine Sagnier (Isabelle), Kristin Scott Thomas (Christine), Patrick Mille (Philippe), Guillaume Marquet (Daniel), Olivier Rabourdin (le juge), etc.
Par Nicofeel

Auteur du chef d’œuvre Série noire (1979) et de plusieurs autres bons films (Le choix des armes, Le cousin), Alain Corneau est depuis un petit moment rentré dans le rang avec des films pas vraiment marquants.
Crime d'amour, son nouveau film, est-il dans ces conditions un bon cru ? Assurément oui. Dans un genre qu'il affectionne, à savoir le film noir, Alain Corneau nous revient en très grande forme. Les raisons de satisfaction sont multiples.
D'abord, le film vaut le coup pour son scénario. En effet, Alain Corneau nous propose un film où le suspense est constant et où l'on comprend progressivement la machination qui se trame. Car le film bénéficie d'une vraie originalité jamais vue jusqu'à présent, d'où la deuxième qualité de Crime d'amour.
Dans ce film noir qui prend des allures de film à enquête, Alain Corneau a l'excellente idée (que je n'avais pas encore vu dans d'autres films, mais ça existe peut-être) de prendre les codes de ce genre de film mais d'inverser le point de vue auquel on a droit habituellement. Concrètement, ici on a une jeune femme, Isabelle, incarnée par Ludivine Sagnier qui va commettre un homicide. Elle va tout faire pour que les preuves la rendent de manière évidente coupable de ce meurtre mais dans le même temps elle aura préparé dans sa tête d'autres preuves qui vont prouver son innocence par la suite. Le but du jeu étant dans les faits d'enlever tous les soupçons et de déplacer l'enquête sur quelqu'un d'autre. Les preuves sont amenées les unes après les autres. Et là où Alain Corneau est fort, c'est que les détails qui nous sont présentés ne sont pas spécifiquement tirés par les cheveux. Les preuves qui accablent Isabelle sont crédibles tout autant que celles qui la disculpent. Les flashbacks auxquels on a droit dans la dernière partie du film et qui montrent les agissements d'Isabelle sont plutôt bien faits. D'ailleurs, le succès de l'ensemble du film doit bien évidemment aux interprétations de ses acteurs.
Pas toujours géniale, Ludivine Sagnier est parfaite dans le rôle de cette femme de talent dans la société où elle travaille, qui est progressivement victime de brimades de sa supérieure hiérarchique, et qui décide de se venger froidement, méthodiquement. De son côté, Kristin Scott Thomas est excellente dans le rôle de la chef d'entreprise ambitieuse, qui aime dominer ses troupes. Ce qui nous amène à une des dernières grandes qualités du film : sa dénonciation des dérives du monde de l'entreprise.
Il faut bien reconnaître qu'Alain Corneau n'y va pas de main morte quand il s'agit de critiquer le monde du travail. Si son personnage principale, incarné par Ludivine Sagnier paraît au départ quelque peu gentille et même un brin naïve, cette situation ne va pas durer indéfiniment.

De fait, tous les autres personnages du film sont de véritable requins prêts à tout pour réussir. De manière évidente, le personnage de Christine joué par Kristin Scott Thomas est le plus détestable. En effet, Christine est ambitieuse et n'accepte pas que quelqu'un se dresse sur son chemin. Dès lors, elle n'hésite pas à faire subir des brimades et des pressions mentales aux personnes qui l'entourent. En somme, elle harcèle certaines personnes. Mais ce personnage n'est pas le seul à être peu appréciable. Patrick Mille (le célèbre Chico pour les pubs de SFR) ne s'embarrasse guère de considérations morales : il n'hésite pas à truquer des comptes et dans sa vie privée il n'y a pas de place pour les sentiments. Et puis Guillaume Marquet, qui joue le rôle du fidèle second d'Isabelle, cherche lui aussi à gravir les échelons de la société. Dès lors, on comprend aisément qu'il n'y a pas de place à l'amour dans tout ça, ce que notre héroïne va apprendre à marche forcée. Le cinéaste Alain Corneau prend finalement le pouls de notre société actuelle écrasée par les thèses capitalistes où le succès individuel est recherché, quitte à écraser des collègues de bureau.
En synthèse, Crime d'amour est un film on ne peut plus recommandable. La résolution de son histoire, qui est tout de même un brin cynique et désabusée, vaut le coup. Avant cela, on aura pu suivre une histoire très intéressante, tant par les thématiques développées que par son jeu des acteurs. En ce mois d'août un peu creux niveau cinéma, Crime d'amour est à voir.

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