12.09.14

05:00:00, Catégories: Test / Critique, Box office cinéma  

Titre du film : Deux jours, une nuit

Réalisateurs : Jean-Pierre et Luc Dardenne

Année : 2014

Origine : Belgique

Durée : 1h35

Avec : Marion Cotillard (Sandra), Fabrizio Rongione (Manu), Olivier Gourmet (Jean-Marc), etc.

Par Nicofeel

Les frères Dardenne sont de retour avec leur dernier film, Deux jours, une nuit. Présenté au dernier festival de Cannes, cette œuvre est complètement dans la mouvance de leurs précédents longs métrages, avec une forte connotation sociale (Rosetta, L'enfant, Le gamin au vélo).

Ce film est d'ailleurs ancré dans la réalité la plus concrète. En effet, dès le début, on apprend qu'une petite société qui crée des panneaux solaires, est victime de la concurrence exacerbée asiatique et doit licencier un de ses employés pour limiter les coûts. En somme, voilà un des ravages du capitalisme. Le choix de l'agent à licencier s'est porté sur Sandra, une jeune femme qui revient tout juste d'un arrêt maladie. Là où le film est terrible, et malheureusement assez réaliste, c'est que les employés ont eu le choix de voter entre le fait de conserver Sandra avec eux ou de toucher une prime de 1000 €. Cruel choix, s'il en est. Dans une société de plus en plus individualiste, la majorité a voté le fait d'obtenir la prime. D'autant que dans la période actuelle, les ménages disposent d'un pouvoir d'achat qui se raréfie et ils ont du mal à joindre les deux bouts.

Malgré cette situation pas franchement propice à conserver Sandra au sein de l'entreprise, une de ses collègues et amies proches, a obtenu du patron qu'il procède à un nouveau vote. C'est alors qu'apparaît tout l'enjeu du film : est-ce que dans le court laps de temps qui lui reste (un WE, d'où le titre du film), Sandra parviendra à changer l'avis de ses collègues en les rencontrant un à un. En tout cas, on peut penser que c'est l'enjeu principal.

Derrière cela, les frères Dardenne s'interrogent sur les rapports humains. Et sur ce point, on voit que les gens sont très différents dans leurs choix , leurs réactions et leurs motivations. La moralité des gens, leur altruisme, leur humanisme ou à l'inverse leur indifférence, voire carrément leur violence verbale est mise à jour. Il y en a qui culpabilisent et acceptent de changer leur vote. Il faut dire qu'il est bien plus difficile de dire non à quelqu'un en lui parlant que dans le cadre d'un vote secret. Mais il y en a qui restent sur leurs positions, qui estiment mériter cette prime ou qui tout simplement ne peuvent (veulent) pas s'en passer, pour des raisons qui sont plus ou moins crédibles.

On peut juger les gens mais en tout état de cause, il n'est pas aisé de se positionner sur un tel sujet. Quelle serait notre réaction dans un pareil cas de figure ? Accepterait-on, dans un grand élan d'humanisme, de renoncer à une prime pour permettre à un collègue de travail de conserver son emploi ? Voilà un sacré dilemme moral.

Pour accentuer l'intensité des rencontres entre Sandra et ses différents collègues de travail, les frères Dardenne ont filmé leur héroïne au plus près. La caméra est toujours aux côtés de Sandra, comme si cette dernière ne faisait qu'un avec le sujet du film. Comme si Sandra était tout simplement un symbole.

Seul ombre au tableau de ce film très riche et passionnant, le côté redondant des scènes de rencontre entre Sandra et ses collègues. Certes, au regard du scénario, il y a des passages obligés mais cela paraît tout de même par moments un peu répétitif.

Pour interpréter le rôle de Sandra, les frères Dardenne ont fait confiance à l'actrice Marion Cotillard. Elle a parfaitement réussi à se fondre dans l'univers et dans le style des Dardenne. Celle qui a été révélée aux yeux du grand public en jouant Edith Piaf à l'écran, est totalement crédible dans le rôle de cette femme qui perd son boulot et trouve le courage (par le soutien indéfectible de ses proches, et notamment de son mari) – malgré plusieurs moments d'abattement on ne peut plus logiques – de se battre pour tenter de rester parmi les travailleurs.

De manière intelligente, les frères Dardenne ont refusé de terminer leur film par un happy end. Ils ont en revanche mis en valeur leur héroïne, qui est plus que jamais attachée à ses principes moraux.

Au final, Deux jours, une nuit, est un très bon film social et sans doute un des tous meilleurs des frères Dardenne. Leur accorder la palme d'or au dernier festival de Cannes n'aurait pas été une injustice. Bien au contraire.

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