03.02.10

07:25:00, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : A serious man
Réalisateurs : Joel et Ethan Coen
Durée du film : 1h45
Date de sortie du film : 20 janvier 2010

Avec : Michael Stuhbarg, Sari Lennick, Richard Kind, etc.

Par Nicofeel

Les frères Coen seraient-ils depuis un bon moment dans une mauvaise passe ? La question mérite d'être posée. Car mis à part le sérieux et excellent No country for old men, tous les autres films des frères Coen sortis ces dernières années sont des comédies qui sont soit tout juste sympathiques (Intolérable cruauté, Burn after reading) soit carrément ridicules (Ladykillers).
A défaut d'être un bon film, A serious man rentre dans la catégorie « comédie sympathique ». Se déroulant aux Etats-Unis à la fin des années 60, A serious man nous raconte les malheurs d'un professeur d'une université du Midwest, Larry Gopnik. Ce dernier a sa femme qui cherche à le quitter et à divorcer pour rejoindre un homme bien plus âgé. Quant à son fils, il est particulièrement indiscipliné à l'école hébraïque. Son fils n'a de cesse de l'embêter à la maison, en lui demandant tout le temps de s'occuper de l'antenne. Et puis Larry a son frère, une espèce de loque humaine, qui demeure dans la maison familiale, en ne faisant rien de ses journées, sinon en faisant de grosses bêtises qui donnent lieu à des interventions de la police (il y a des zones d'ombre sur les passe-temps de ce frère mais visiblement c'est loin d'être des bricoles).
Le pauvre Larry Gopnik doit aussi faire face à des problèmes au travail puisque l'un de ses collègues n'a de cesse de se poser des questions sur la titularisation de Larry, lequel fait l'objet de lettres anonymes dont on ne connaîtra jamais le contenu, mais qui remettent en question la moralité de notre personnage principal.
Afin de rendre leur film captivant, les frères Coen ont fait le choix de rendre A serious man très ludique. C'est la raison pour laquelle on assiste de prime abord à une introduction du film particulièrement étrange avec un homme décédé qui vient s'installer dans une maison, reçoit un coup de couteau mais continue à vivre. S'agirait-il d'un esprit qui poursuivrait le pauvre Larry ? Serait-il à l'origine de la poisse qui semble coller à la peau de Larry Gopnik ?
Le film comporte un aspect fantastique ou en tout cas pour le moins étrange que l'on voit à plusieurs reprises par les rêves ou plutôt les cauchemars que fait Larry. Ce dernier se voit dans un rêve en train de décéder, il voit aussi son frère se faire tuer ou il se voit en train de faire l'amour avec sa voisine.

Avec leur ton sarcastique qui leur est si particulier, les frères Coen n'hésitent pas à attaquer de front l'image quelque peu idyllique de la famille américaine modèle. Ici, la femme de Larry fréquente un autre homme et souhaite divorcer, ses enfants ne le respectent pas et se mettent même à le voler. Quant aux relations avec les voisins, elles sont loin d'être cordiales. La société américaine n'est pas du tout montrée sous son meilleur jour. In fine, c'est une façon de signaler au spectateur que le rêve américain est brisé, qu'il n'existe plus dans les faits. La fin du film, particulièrement radicale et abrupte, est là pour nous rappeler qu'une histoire fictionnelle ne termine pas forcément bien.
Certaines scènes méritent tout de même d'être soulignées, car elles sont proprement jubilatoires. Il y a ainsi cette scène où le fils de Larry qui prend de la marijuana et va vivre sa bar mitzvah dans des conditions très particulières. A juste titre, la mise en scène épouse à ce moment les conditions mentales du fils de Larry. Ainsi, la caméra tangue dans tous les sens et le fils de Larry a l'impression de se retrouver dans un monde parallèle. Il s'en sort miraculeusement et finit d'ailleurs par récupérer auprès d'un rabbin pour le moins étrange son baladeur qui lui avait été confisqué.
Les scènes avec le petit ami de l'épouse de Larry sont également assez marrantes car elles sont complètement à contre courant de ce à quoi on pourrait s'attendre. Ce petit ami prend sous son aile Larry, en le traitant en ami.
Côté casting, les acteurs, qu'il s'agisse des jeunes ou des acteurs plus chevronnés, sont tous globalement convaincants. La réussite (partielle) du film est due à l'interprétation satisfaisante.
Au final, A serious man est une comédie décalée parfaitement dans le style des frères Coen et porte un regard dans l'ensemble pessimiste sur la société américaine. Si le film n'est pas inoubliable, il prouve que les frères Coen sont actuellement en sérieuse perte de vitesse.

Permalink 836 mots par nicofeel Email , 583 vues • 4 retours

Commentaires, Pingbacks:

Commentaire de: maximus [Visiteur] Email
J'ai également vu le film. Je l'ai trouvé sympa, mais comme tu le dis, assez oubliable (ma copine qui était avec moi n'a pas du tout aimé).
Quand tu parles de perte de vitesse, je te rejoins aussi. Pour moi, ils n'ont jamais été aussi bons qu'entre 96 et 2001, période où ils avaient enchaîné Fargo, The Big Lebowski, O'Brother et The Barber. Depuis, à part No Country for Old Men, c'est une peu la débandade (même si je dois confesser que j'ai apprécié Burn After Reading).
PermalinkPermalien 03.02.10 @ 10:07
Commentaire de: Le duc [Visiteur] Email
Il vaut mieux lire ça que d'être aveugle oO
PermalinkPermalien 03.02.10 @ 19:04
Commentaire de: nicofeel [Visiteur] Email
100 % d'accord avec toi, Maximus. Je suis rassuré de ne pas être le seul à avoir l'impression que les frères Coen ont sérieusement baissé de niveau (à part effectivement No country for old men).
PermalinkPermalien 03.02.10 @ 20:06
Commentaire de: Manu [Visiteur] Email · http://www.fan-de-cinema.com
Ca fait longtemps que je n'avais plus réagi mais là, je ne peux pas me retenir tant j'ai des choses à dire sur le dernier Coen...

Plusieurs choses:
. A serious man ne dresse aucunement le portrait de la société américaine mais d'une communauté très typée, celle des Juifs du Midwest américain.
. Ce faisant, et cela n'a évidemment aucun critère ségrégatoire, le film ne peut probablement être apprécié à sa juste valeur philosophique que par des juifs tant c'est le film le plus totalement juif que j'ai jamais vu... Bien plus que tous les Woody Allen réunis. Il faut être juif pour en saisir toutes les subtilités. Vraiment! (La preuve si besoin était est que Nicofeel, tu n'as pas compris l'allégorie du début, so yiddish! Et quel humour salutairement sarcastique de préciser qu'aucun juif n'a été blessé pendant le tournage...)
. Ensuite cela faisait longtemps que les Coen n'avaient pas présenté une telle recherche esthétique dans un de leurs films. Tu soulignes le passage de la bar-mitsvah mais il y a une volonté formelle assez bluffante tout au long du film tant dans le cadrage et la couleur (très carré et un peu terne, comme le personnage principal) que dans le son (avec des répliques lancinantes et des mantras qui reviennent à intervalles réguliers)

Autant je suis d'accord que Ladykillers et Intolérable Cruauté étaient particulièrement mauvais, que Burn after reading était foutraque mais sympathique autant je trouve que A Serious Man est à ranger dans les très bon Coen...

Voilou, ca faisait longtemps mais j'avais trop envie de m'exprimer sur le sujet pour ne pas initier le débat (et au passage, tu constateras que je te lis toujours Nicofeel, j'espère que tu en fais autant ;-) )
PermalinkPermalien 23.02.10 @ 11:45

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