22.03.16

07:45:00, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : Saint-Amour
Réalisateurs : Benoît Delépine et Gustave Kervern
Année : 2016
Origine : France
Durée : 1h41

Avec : Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste, Céline Sallette, Ana Girardot, Chiara Mastroianni, Solène Rigot, Ovidie, Michel Houellebecq, Andréa Ferréol

Par Nicofeel

Les « grolandais » Benoît Delépine et Gustave Kervern sont de retour et comme on peut s'en douter, leur nouveau film est tout sauf conventionnel.
Saint-Amour se présente comme un road-movie totalement décalé, où un agriculteur un peu bourru, Jean, quitte le salon de l'agriculture et prend un taxi avec son fils Bruno pour effectuer la route des vins.
La situation père-fils est au départ assez difficile car ces deux personnes entretiennent des relations distendues, quand elles ne sont pas carrément conflictuelles.
Benoît Delépine et Gustave Kervern, amateurs de situations décalées, se sont bien amusés dans le monde fictif de Groland. Ici, à travers leurs yeux espiègles, il n'est pas question de monde imaginaire. Cela dit, le spectateur lambda s'embarque dans une aventure où le bizarre côtoie la félicité.
Mais il ne faut pas s'y tromper. Nos deux co-réalisateurs ne se sont pas contentés de remplir les décors de personnages atypiques et étonnants, juste pour amuser la galerie. Derrière le côté amusant de l'entreprise, il y a un véritable fond.
On pourrait même dire, sans aller trop loin, que Saint-Amour prend le pouls de la société. Et celle-ci ne va pas vraiment bien, si on se réfère à l'actualité de tous les jours.
Ainsi, le marasme économique est une des préoccupations de Saint-Amour. Nos deux agriculteurs sont sans le sou et se débrouillent tant bien que mal pour faire leur périple sur la route des vins. A cet égard, ils ne sont pas les seuls à avoir du mal à joindre les deux bouts. Il n'y a qu'à voir cette première nuit passée chez l'habitant, où un homme très étrange, quasi mutique, joué par un Michel Houellebecq hilarant dans son rôle, loue ses chambres et loge sa famille... dans un endroit très spécial ! La scène, véritablement marquante, est décalée et surréaliste à souhait. Cela étant, elle est symptomatique de cette France d'en-bas qui peine à s'en sortir.

La rencontre suivante met encore une fois l'économie au cœur de la problématique avec une jeune femme fortement inquiète par le niveau de la dette, alors qu'elle est sur le point de faire l'amour !
C'est justement l'amour avec ce titre de Saint-Amour (du nom de ce vin rouge présent dans le vignoble du Beaujolais mais aussi un clin d’œil aux relations amoureuses) qui appparaît comme la meilleure catharsis pour guérir les maux en tous genres. Nos personnages principaux sont eux-mêmes en manque d'amour.
Jean est seul depuis le décès de son épouse. Pourtant, il continue d'envoyer des messages sur son répondeur pour entendre la voix de sa femme et se sentir moins seul. Ce qui donne lieu à cette extraordinaire réplique, typique du cinéma de Delépine et Kervern : « Elle était pas morte ta femme ? - Si mais elle est toujours joignable. »
Quant à Bruno, le fils de Jean, il ne trouve pas l'âme sœur. Il faut dire que son état souvent éméché ne l'aide pas particulièrement. De son côté, leur chauffeur de taxi s'invente une vie de famille et un personnage de tombeur des filles alors qu'il est désespérément puceau.
Les rencontres incongrues qui émaillent leur road-trip, sont l'occasion de mettre fin à leur solitude et leurs frustrations sexuelles. Et nos protagonistes vont trouver un équilibre certain au niveau de leur vie, en plus de l'amour. Sans vouloir dévoiler ces scènes qui ne manquent pas de piquant, on signalera tout de même une apparition très amusante de l'actrice pornographique Ovidie ou encore une une jeune femme qui accepte d'offrir le gite en échange d'un service dont elle a besoin... Ces scènes, fortement décalées, font surtout rire. Il n'y a rien de salace ou de dégoûtant. Le sexe est la solution à tout.
Mais le film ne se limite pas à cette réflexion un peu facile. Il décrit assez bien le rapprochement entre un père et son fils, via ce road-trip où le goût du vin se conjugue avec celui de l'amour.
Les acteurs du film sont d'un naturel déconcertant. On a l'impression qu'il s'agit de rôles de composition. Et pour cause. Gérard Depardieu n'a jamais caché son amour du bon vin, et il apparaît crédible en homme de la campagne. Quant à Benoît Poelvoorde, il a souvent déclaré être dans la vie courante quelqu'un de dépressif, incapable de vouloir donner la vie dans ce monde (presque) insupportable.
Heureusement, les hurluberlues de Groland sont là pour nous rappeler, au détour d'un film très drôle, que la vie vaut d'être vécue.

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