09.02.16

05:30:00, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : Carol

Réalisateur : Todd Haynes

Année : 2016

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h58

Avec : Cate Blanchett, Rooney Mara, Kyle Chandle, etc.

Par Nicofeel

I’m not there (2007), biopic sur la vie de Bob Dylan,représentait jusque-là la dernière œuvre cinématographique de Todd Haynes. Ce n'est désormais plus le cas avec la sortie au cinéma de Carol, où le réalisateur américain explore à nouveau les rouages d'une Amérique des années 50 engluée dans ses codes sociaux passéistes.
A bien y regarder de près, la filmographie de Todd Haynes marque un attachement évident à l’œuvre de Douglas Sirk, maître du mélodrame des années 50. Dans Loin du paradis, le cinéaste américain reprenait clairement la trame de Tout ce que le ciel permet (1955). Dans Carol, il livre une fois de plus un mélodrame dans la plus pure tradition sirkienne.

Loin de se limiter à un simple plagiat, Todd Haynes incorpore dans son œuvre des éléments sociétaux qui lui sont chers : la défense de la cause féministe et de la cause gay. Sur ce dernier point, on peut même rapprocher son cinéma de celui de Rainer Werner Fassbinder. De manière plus générale, Todd Haynes s'intéresse à des personnages qui cherchent plus que tout à sortir du carcan dans lequel ils ont été confinés.

Si l'attente a été longue avant de retrouver Todd Haynes aux commandes d'un nouveau film, le réalisateur américain n'est pas resté sans rien faire. On lui doit notamment l'appréciable mini-série en cinq épisodes Mildred Pierce (qui se déroule dans le Los Angeles des années 30), diffusée en 2011 sur HBO. Le dénominateur commun de l'héroïne de Loin du paradis, de Mildred Pierce et de Carol, est évident : c'est la volonté de vivre pleinement une vie choisie. Et non une vie à travers les autres. Dans Loin du paradis, Cathy Whitaker se définit aux yeux de la société comme une épouse aimante et une mère modèle. C'est la même chose pour Carol Aird. Bien que disposant l'une et l'autre d'une vie cossue, ces deux femmes souhaitent plus que tout s'émanciper et s'offrir la liberté qui se refuse à elles.

Avec Loin du paradis et Carol, Todd Haynes continue de critiquer ouvertement une société puritaine sclérosée. Les couleurs très vives du film, très chaleureuses en apparence, très rétro, rappellent évidemment l’œuvre de Douglas Sirk. Mais elles sont surtout une manière de formaliser à l'écran le vernis d'une société intolérante, qui refuse que l'on ose gratter ce qu'il y a derrière les apparences.

Carol est une femme qui pourrait vivre à notre époque - sans grandes difficultés - son homosexualité. Mais dans les années 50, c'est une chose totalement impensable, en raison des conventions sociales. Le film montre bien que pour la société d'alors, cette bourgeoise doit rester à sa place, en tant qu'épouse et mère de famille. En abandonnant son mari (alors qu'elle est pourtant déjà en procédure de divorce) pour se retrouver dans les bras d'une femme, la belle Therese Belivet, elle fait fi des codes sociaux de l'époque. Et la sanction est immédiate : Harge Aird se sert de l'homosexualité de sa femme Carol, pour déclarer qu'elle a une vie dissolue, et ainsi justifier la garde exclusive de leur petite fille.

Comme si l'homosexualité de Carol faisait d'elle une mauvaise mère. A l'inverse, le caractère manifestement violent ou à tout le moins perturbé d'Harge Aird est sans incidence sur son statut de père. Il y a bien deux poids deux mesures qui prouvent qu'à cette époque, on ne pouvait pas faire ce que l'on voulait. Ou alors tout laisser tomber pour repartir sur de nouvelles bases. Le road-movie de Carol Aird et de Therese Belivet, est le symbole d'un amour naissant prenant son envol, s'affranchissant de la prison sociétale dont ces deux femmes sont des victimes directes. Avec beaucoup de pudeur, de sensibilité et tact, le réalisateur Todd Haynes filme cette relation saphique. Il n'y a pas de vulgarité inutile. On a simplement la preuve de l'amour de deux femmes qui entendent jouir de leurs désirs. Dès lors, même s'il est évident que le film défend la cause féministe et le droit à disposer librement de son corps en matière de sexualité, Carol est surtout la belle description d'un amour profond.

Dès leur première rencontre, Carol Aird et Therese Belivet ont un coup de foudre l'une pour l'autre. A ce moment, et à bien d'autres, l'émotion et la passion passent par un jeu de regards très évocateur.
Mais si les deux femmes sont différentes sur le plan social, Therese étant une simple employée dans un grand magasin et Carol une bourgeoise de la middle-class, c'est n'est pas franchement un problème. En revanche, c'est bien le regard d'une société moralisatrice et étroite dans son mode de pensée (une femme doit vivre avec un homme, le fait qu'ils s'aiment n'ayant finalement que peu d'importance), qui va rendre cette relation bien difficile à vivre au quotidien.

Après sa mini-série Mildred Pierce, Todd Haynes dresse à nouveau le portrait d'une femme indépendante, ne supportant pas les conventions de l'époque et cherchant à vivre sa vie, envers et contre tout. La scène finale peut être à cet effet comme un message d'espoir.

Au niveau de la distribution, on notera que Todd Haynes a pris la bonne habitude d'engager des actrices de talent et charismatiques : après Julianne Moore dans Loin du paradis, Kate Winslet dans Mildred Pierce, c'est cette fois-ci Cate Blanchett qui apporte sa classe naturelle en jouant de manière crédible le rôle de Carol. Pour lui rendre la pareille, Rooney Mara est très bonne dans le rôle de Therese Belivet, une jeune femme plus effacée et sensible, mais déterminée.

Carol constitue donc un très bon film, qui confirme tout le bien que l'on pense de Todd Haynes, cinéaste qui continue de tracer le sillon d'une filmographie très cohérente.

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