20.01.16

08:13:56, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : Le fils de Saul

Réalisateur : Laszlo Nemes

Année
: 2015

Origine
: Hongrie

Durée
: 1h47

Avec
: Géza Röhrig, Levente Molnar, Urs Rechn, Todd Charmont, Sandor Zsotér, etc.

Par Nicofeel

Le fils de Saul a constitué l'un des chocs du dernier festival de Cannes où il a obtenu le grand prix. Il faut dire que ce long métrage a tout pour créer la sensation : il se déroule à une période sensible de l'Histoire, la deuxième guerre mondiale (en octobre 1944 pour être précis) et dans un lieu qui symbolise à lui seul toute l'horreur de ce conflit planétaire : le camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau.
Les camps de la mort ont déjà été évoqués au cinéma. On songe ainsi au chef-d'oeuvre Nuit et brouillard (1956) d'Alain Resnais, à la passagère (1963) du Polonais Andrzej Munk ou à l'incontournable documentaire-fleuve Shoah de Claude Lanzmann. Plus proche de nous, Roberto Benigni a rencontré un succès public considérable avec La vie est belle (1997). Dans ce film, il avait pris le parti de représenter l'horreur des camps de manière décalée, avec ce père de famille faisant le pitre pour divertir son enfant et lui cacher l'horrible réalité. De son côté, Laszlo Nemes, ancien assistant du très exigeant Bela Tarr (sur Prologue et sur L'homme de Londres), met en scène Le fils de Saul dans la plus pure tradition hongroise : un film rigoureux tant sur le fond que sur la fome. Et dans ce long métrage il s'intéresse à une catégorie de personnes peu connue des camps de concentration : les sonderkommandos.
Ces derniers sont des Juifs, de bonne condition physique, choisis par les Nazis à la descente des trains. Leur rôle est d'assister les Nazis dans leur projet d'élimination de masse (la shoah) en accompagnant les victimes jusqu'aux chambres à gaz et en les aidant à se déshabiller. Puisque, lorsque les personnes sont mortes, il s'agit pour les sonderkommandos de récupérer les habits et les affaires des morts, de retirer les corps et de nettoyer les lieux en vue de l'arrivée prochaine des nouvelles victimes.

Comme l'a indiqué très justement Claude Lanzmann en interview, “Laszlo Nemes a inventé quelque chose et a été assez habile pour ne pas essayer de représenter l'holocauste. Il savait qu'il ne le pouvait ni ne le devait. Ce n'est pas un film sur l'holocauste mais sur ce qu'était la vie dans les sonderkommandos.”
Dans cet environnement horrifique que décrit Le fils de Saul, la caméra de Laszlo Nemes se porte du début à la fin du film sur le personnage de Saul, un sonderkommando qui est effectue les tâches précitées.
Jamais une fiction ne nous a fait entrer de plein pied dans cet univers mortuaire avec autant de réalisme. C'est ce qui rend sans doute ce long métrage si dur à regarder. Histoire de laisser le spectateur sous pression, Laszlo Nemes a multiplié dans son film les plans-séquences, qui accroient le sentiment de voir quelque chose pris sur le vif. C'est comme si une caméra s'était introduite fugitivement et avait filmé ce qui retient l'attention d'un sonderkommando.
La face sombre du Fils de Saul est véhiculée non seulement par sa thématique mais aussi par le gros travail effectué sur la photographie, avec une couleur grisâtre prédominante. Et puis on ne peut que souligner cet impressionnant travail au niveau du cadrage, avec des plans qui sont toujours à la hauteur de Saul. Il n'y a aucune ligne d'horizon et donc aucune échappatoire possible.
Dans ce monde où la barbarie et la mort sont indubitablement liés, Saul effectue son travail de manière mécanique. Une seule chose le fait encore avancer l'obsède: la volonté de trouver un rabbin pour donner les derniers sacrements et trouver une sépulture décente à un enfant mort, qu'il croit avoir reconnu comme étant son fils.
Face à ce camp de la mort où toute notion d'homme a disparu (les Nazis évoquent les morts en parlant de “pièces” comme s'il s'agissait d'une production... on produit des morts en chaîne, raison d'être de la shoah), Saul y oppose un acte religieux qui peut sembler dérisoire mais qui a son importance. Il s'agit de conserver sa dignité alors que la mort rôde.
Le rôle de Saul est “joué” par Géza Röhrig, qui n'est pas un acteur à la base, puisque c'est un poète et écrivain hongrois. Pourtant, avec un naturel déconcertant, il fait corps avec son personnage. Il parvient même à faire ressentir moults émotions au spectateur.
Des émotions forcément fortes qui sont à l'image du Fils de Saul : un film dur à regarder mais magistral tant sur le fond que sur la forme. Le grand prix du jury qu'a obtenu Le fils de Saul à Cannes est amplement mérité. Si le jury avait voulu faire preuve de plus d'audace et de logique, il aurait dû lui remettre la palme d'or en lieu et place du bien moins marquant Dheepan de Jacques Audiard.
Dans tous les cas, voilà un film qui va rester dans l'Histoire. Il reste cependant à réserver à un public particulièrement averti du côté difficilement soutenable de certaines scènes.

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