07.03.15

06:41:30, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : It follows

Réalisateur : David Roobert Mitchell

Année
: 2015

Origine
: Etats-Unis

Durée : 1h40

Avec
: Maika Monroe (Jay), Keir Gilchrist (Paul), Lili Sepe (Kelly), Olivia Luccardi (Yara), Daniel Zovatto (Greg), etc.

Par Nicofeel

Auréolé d'une réputation flatteuse après son passage dans divers festivals (semaine internationale de la critique à Cannes, l’Étrange festival) qui lui ont permis de remporter des trophées (prix de la critique internationale au festival de Deauville, grand prix de Gérardmer), le film It follows débarque enfin sur les écrans de cinéma. Ce long métrage est-il à la hauteur de sa renommée ?
Après l'avoir visionné, une évidence s'ouvre à nous. It follows n'est plus ni moins que le meilleur film d'horreur vu au cinéma depuis un certain The descent (2005). C'était il y a 10 ans déjà !
Alors pourquoi tient-on enfin la perle rare ? Pour deux raisons principales. Parce que It follows est un film d'horreur qui évolue entre classicisme et modernité. Et parce que cela n'est pas qu'un film d'horreur.
Quand on voit It follows, on pense immédiatement à une figure sacrée des fantasticophiles : John Carpenter. La mise en scène très classieuse de David Robert Mitchell avec notamment ses très beaux travellings (avants, latéraux) fait clairement penser à Halloween. D'autant que l'action se situe dans une banlieue pavillonnaire où un danger semble latent.
Mais quel est ce danger ? Au début du film, une adolescente, Jay, fait l'amour avec son petit ami du moment. Pas le temps de jouir de ce plaisir immédiat. Son petit ami la séquestre et lui explique qu'il vient de lui refiler une sorte de malédiction. Désormais, elle sera suivie par une chose, une entité maléfique qui prend diverses apparences : celle d'une jeune fille nue, celle d'une vieille dame, celle d'une connaissance de Jay. Le but est de réussir à échapper à cette chose car si elle s'approche de sa proie, c'est la mort assurée.
A la différence de nombre de films d'horreur actuels qui aiment en mettre plein la vue au spectateur, It follows est très subtil. Le monstre n'est pas un spectre doué du don d'ubiquité. Il suit sa victime à la trace. Il ne la précède jamais. Et lorsque Jay parvient par exemple à lui échapper en partant en voiture ou à vélo, le monstre ne pourra la retrouver que dans le laps de temps nécessaire en marchant.
Il en est ainsi lors de la scène de la piscine où les jeunes attendent de nombreuses heures avant l'arrivée du monstre. La séquence, de par son lieu et le côté suggestif, fait immanquablement penser à La féline de Jacques Tourneur.

Même si It follows ne s'appuie pas sur de l'action à tout prix ou sur des effets gore, il n'empêche qu'il dégage une ambiance tendue à souhait. David Robert Mitchell adopte une mise en scène qui joue sur la durée et les espaces (les travellings), ce qui confère à son œuvre un dynamisme certain, et surtout cela contribue à la tension latente. La seule présence d'une vieille femme dans le cadre, crée un sentiment de peur chez l'héroïne et par ricochet chez le spectateur. D'autant que l'entité maléfique est très intelligente (voir la scène de la piscine).
Le cinéaste américain dispose astucieusement son monstre dans la réalité quotidienne, de telle sorte que l'on est droit de penser s'il ne s'agit pas au final d'un mauvais cauchemar. Jay est sans cesse en train d'observer avec inquiétude si la chose arrive. Car elle est la seule à la voir.
Là où le film surprend également, c'est qu'il ne se limite pas aux codes du film d'horreur. It follows rejoint plusieurs des préoccupations des protagonistes du précédent film de David Robert Mitchell, à savoir The myth of the american sleepover. Dans ces deux longs métrages, on a affaire à des adolescents qui boivent, qui fument, qui glandent ensemble, et qui désirent l'autre. Dans la précédente œuvre de Mitchell, les personnage ne réussissent pas à sortir avec l'être aimé.
Dans It follows, on va plus loin puisque les protagonistes, qui sont un peu plus âgés, couchent ensemble. La découverte de la sexualité, qui n'est pas un moment facile pour un adolescent, devient carrément une malédiction avec cette chose qui attend, tapie dans l'ombre.
David Robert Mitchell décrit aussi des adolescents qui demeurent insouciants alors que le danger guette. Ainsi, dans It follows, plusieurs garçons veulent coucher avec Jay, alors que celle-ci est porteuse d'un Mal extrêmement dangereux. Mais ces jeunes n'écoutent que leurs désirs. Il faut voir comment ils regardent la très jolie Jay. D'une certaine façon, le film peut être vu sur ce point comme une métaphore du sida. Le lien entre Éros et Thanatos aura rarement été abordé aussi intelligemment.
Il ne serait pas juste d'évoquer ce film sans parler de la musique. Cette dernière joue un rôle considérable. David Robert Mitchell filme avec beaucoup d'à-propos les les fuites de ses personnages dans une ville de Détroit où les maisons à l'état d'abandon font peur à voir. Mais le filmage de ces errances n'aurait pas le même impact sans la musique synthé-pop du groupe Disasterpeace. De la même façon que ces adolescents fuient une réalité insoutenable, le spectateur est transporté vers un ailleurs avec ces synthétiseurs aux ambiances très eighties. Le son est lui aussi à l'honneur dans certaines scènes où sa saturation crée un vrai malaise.
Au final, It follows constitue à la fois un film d'horreur et un film d'auteur aux enjeux sous-jacents multiples. Sa mise en scène très fluide, sa BO marquante et son scénario astucieux en font un film majeur du début de cette année 2015.

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