30.06.14

05:37:42, Catégories: Interview  

Par Flo200

Éric Falardeau, le réalisateur du film "Thanatomorphose", dont je vous avais parlé à l'automne dernier, a eu la gentillesse de répondre à mes questions. Une interview qui date de fin avril, mais que je ne pouvais pas mettre en ligne avant l'annonce officielle de sa sortie DVD en France chez Uncut Movies.

"Thanatomorphose" parle d'une jeune femme dont le corps est en train de pourrir... Comment t'es venue l'idée d'un tel scénario ?

L’idée m’est venue naturellement pendant mes études universitaires; ma thèse de maîtrise portait sur les fluides corporels et le rapport au corps. Par conséquent, j’ai beaucoup lu sur la mort, le corps, etc., autant du point de vue concret, matériel, que philosophique et anthropologique. Ces considérations théoriques se sont mélangées avec mes propres états d’âme à différents moments de ma vie.

Je suis quelqu’un de très pessimiste. Le personnage principal, qui était un homme au début de l’écriture du scénario, est une sorte de double non pas de ma vie, mais de ma vision générale de l’existence. De changer pour un personnage féminin m’a permis de prendre du recul. Sans oublier que le sujet du corps féminin est beaucoup plus évocateur que celui du corps masculin. De mon point de vue à tout le moins.

J’ai écrit le scénario à temps perdu entre le travail et la maîtrise entre 2007 et 2009. Je voulais tourner en 2010, mais j’ai obtenu du financement pour un autre film (mon court métrage d’animation "Crépuscule"). Nous avons donc tourné à l’été 2011.

Est-ce qu'avec "Thanatomorphose" tu as voulu aller au bout de ton sujet commencé au moment de ta thèse ?

"Thanatomorphose" est en effet la synthèse d’une partie de ma vie; c’est en quelque sorte un condensé de mes courts-métrages, de mes études universitaires et de ma vision des rapports humains. Ce film marque pour moi la fin d’une étape. Pas du point de vue des thématiques – qui sont indissociables de qui je suis – mais du côté de la représentation graphique de ces thématiques. Je suis allé au bout de cette idée et du concept. Mes prochains films seront sûrement aussi lourds et traiteront de sujets similaires, mais la représentation sera moins littérale. Je ne veux pas faire le même film deux fois!


Kayden Rose est absolument incroyable dans le film. As-tu rencontré beaucoup d'autres jeunes femmes avant de faire ton choix ?

Non. En fait, je l’avais vue dans quelques courts métrages et j’ai tout de suite compris qu’elle était faite pour le rôle. Je l’ai contactée, elle a lu le scénario et elle a immédiatement saisi le personnage et les enjeux du film. Ce ne fût donc pas très difficile de la convaincre!

Rémy Couture

Les effets spéciaux de maquillages, qui jouent un rôle primordial dans le film sont signés Rémy Couture et David Scherer. Qui s'est occupé de quoi dans le film ?

David et Rémy avaient des tâches très précises et complémentaires. Dans le cas de Rémy, son aide a été ponctuelle et touchait essentiellement les répliques de membres puisque David était en France avant le tournage et il ne pouvait donc pas mouler les comédiens. Rémy s’est aussi occupé des différents fluides corporels (sang, pus, urine, etc.). En 2011, il était en pleine promotion du documentaire "Art/Crime" de Frédérick Maheux ("Théorie de la religion", "Ana") qui porte sur son arrestation en plus de préparer son procès. Il a fait un excellent travail.

Du côté de David, je n’ai que d’excellents commentaires à faire sur son travail. C’est le Gianetto De Rossi français! Un maître! David était en charge des effets sur le plateau durant tout le tournage, travaillant pendant trois semaines entre 10 et 14 heures par jour. C’est tout simplement dément. Avant de venir nous rejoindre au Québec pour le tournage, il a préparé des prothèses, une fausse tête, un squelette, une carcasse... Énormément de travail. Ce fût un plaisir de récupérer le colis aux douanes canadiennes! Nous échangions ponctuellement par le biais de courriels, d’un FTP et de Skype. Cela me permettait de superviser à distance son travail quoique David a très vite saisi ce que je désirais en terme d’effets spéciaux : organiques, cronenbergiens et fulciesque. Je lui serai toujours redevable pour son professionnalisme, son enthousiasme et son talent. Il est extrêmement débrouillard et créatif. C’est un grand artiste.


Comment t'es venu l'idée de faire appel à David Scherer alors qu'il est français ?

Ce sont deux amis, Colin Vettier et Thierry Paya, qui m’ont conseillé de faire appel à David. Ils ont travaillé avec lui sur leur long "Ouvert 24/7" et ils n’avaient que des éloges à son sujet. Benoît Lemire (directeur photo) et moi avons rencontré David à Paris quelques mois avant le tournage. Nous revenions de la projection de "Coming Home" au Festival des Maudits Films (Grenoble). Ce fût une rencontre professionnelle déterminante, le genre qui n’arrive que rarement dans une vie. Il est conscient du rôle de l'éclairage et du montage dans la réussite d'une scène à effets. Nous nous sommes immédiatement entendus et nous avons scellé notre collaboration avec un peu d’alcool!

Es-tu surpris de l'accueil plutôt très positif reçu par le film?

Extrêmement. Je suis très content et surtout surpris de l'accueil généralement chaleureux réservé au film. En fait, je suis content car le film divise le public, mais les raisons évoquées des deux côtés sont les mêmes! Cela signifie pour moi que nous avons réussi quelque chose, nous touchons les gens et provoquons une réaction. Il n'y a rien de pire pour moi qu'un film consensuel. Il faut susciter la discussion, provoquer des points de vue divergents. C'est important pour moi à titre de spectateur, et donc de cinéaste. Ce n’est pas un film facile. Il est lent, contemplatif et lourd, mais c’était selon moi la seule façon de le faire pour respecter mon sujet et faire vivre une émotion pure au spectateur. Il ne pouvait pas plaire à tous. C’est très encourageant et ça me motive énormément pour le prochain film.

Quelles ont été tes influences ? On imagine aisément qu'il y a pu y avoir des cinéastes comme David Cronenberg et Jörg Buttgereit...

Oui, il y a des références directes à ces deux grands cinéastes que j’admire énormément, mais aussi au "Driller Killer" de Ferara et à Polanski. Du côté expérimental, il y a Brakhage, mais aussi "La vie nouvelle" de Philippe Grandrieux pour son désespoir écrasant. Pour ce qui est des effets spéciaux, David Scherer est un fan de Fulci et moi d' "Hellraiser" alors c'est un peu un mélange de ces deux univers.

"Thanatomorphose" sort enfin en France chez Uncut Movies... Peux-tu nous parler de cette édition ? Contiendra-t-elle des suppléments inédits par rapport aux autres éditions sortis un peu partout dans le monde ?

En ce moment, je ne sais pas encore quels sont les choix de Uncut pour les suppléments. Cela dit, le film comportera des sous-titres français (un énorme merci à Sabine Garcia du Festival des Maudits Films à Grenoble). Je suis très fier de sortir sous ce label. Ce sont de vrais passionnés, des guerriers du cinéma de genre, et c’est grâce à des gens comme eux que le cinéma underground indépendant peut atteindre le public. Leur travail est colossal et nécessaire. Ce sera un superbe DVD!

Pour les fans et collectionneurs, quelles autres éditions leur conseillerais-tu ?

Toutes! Sans blague, outre les boni communs (making of, etc.), chaque édition comporte des courts métrages différents dont certains sont plutôt rares, en particulier mon film d’animation "Crépuscule". La future sortie Allemande sera en quantité limitée dans un superbe boîtier. Ce sera un bel objet pour les collectionneurs.

Quels sont tes projets pour l'avenir ? Penses-tu continuer à faire le même style de films ?

En ce moment, je coécris/codirige avec Simon Laperrière un livre sur un programme télévisé québécois, "Bleu nuit", qui diffusait du cinéma érotique et qui a contribué à l’éducation sexuelle de beaucoup d’entre nous! Le livre sera publié à l’automne aux Éditions Somme Toute et Panorama Cinéma. Il y a même des articles de spécialistes français que vous connaissez bien!
Sinon, je monte la structure financière pour un court métrage expérimental tout en scénarisant mes prochains longs. J’ai quelques projets sur la table. Il ne reste plus qu’à voir lequel sera financé. Les genres sont différents (comédie, fantastique, érotisme), mais mon côté sombre demeurera.

Merci Éric!

Amateurs de cinéma extrême et underground, surtout ne manquez pas la sortie du DVD prévue normalement à l'automne prochain chez Uncut Movies, d'autant plus que cela sera la seule édition à proposer des sous-titres français sur un vrai DVD! Attention comme d'habitude chez l'éditeur, tirage limité à 1000 copies!

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