02.02.13

09:51:35, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : Después de Lucia

Réalisateur : Michel Franco

Année : 2012

Origine : Mexique

Durée
 : 1h 43

Avec : Tessa Ia (Alejandra), Hernan Mendoza (Roberto), Gonzalo Vega Sisto (José), Tamara Yazbek Bernal (Camila), Francisco Rueda (Javier), Paloma Cervantes (Irene), etc.

Par Nicofeel

Le film Después de Lucia du mexicain Michel Franco a été très remarqué au festival de Cannes où il a obtenu le prix du meilleur film dans la section Un certain regard. Président de ce jury, Tim Roth a qualifié le film de chef d’œuvre. On n'est pas loin de penser que l'acteur américain a raison.
Después de Lucia porte son attention sur une adolescente, Alejandra. On devine dès le début que cette jeune fille, qui a changé de lycée et de ville en cours d'année, doit faire avec un lourd passé . En effet, elle a été témoin de la mort de sa mère, la fameuse Lucia, qui est décédée suite à un accident de voiture.
Les choses sont loin d'être évidentes pour Alejandra qui n'a d'autre choix que de continuer Après Lucia (traduction du titre du film). Elle a d'abord l'impression qu'elle est bien tombée dans son nouveau lycée puisqu'elle se fait rapidement de nouveaux amis. Elle a le plaisir de participer à des fêtes où elle tente d'oublier les événements récents.
Mais au cours de l'une de ces soirées, alors qu'elle est quelque peu éméchée, elle fait l'amour avec un de ses camarades de classe, José. Celui-ci profite de son état pour la filmer durant leur ébat. Et comme pour impressionner son monde, il envoie sur Internet la vidéo. Tout le lycée est au courant et si le garçon passe pour un Don Juan, la fille passe pour une pute (eh oui, nous sommes toujours dans une société machiste).
A partir de cet événement, Alejandra devient une indésirable. Elle n'a plus personne sur qui se reposer : ses amis sont restés dans la ville qu'elle a quittée ; son père a changé de travail et il est durablement marqué par le récent décès de son épouse, comme on a pu le voir au tout début du film avec cet homme qui quitte sans raison et brutalement son véhicule en pleine circulation.
Si Alejandra est moquée par certains, elle est surtout victime de harcèlements de la part de ses anciens amis. En plus des insultes, elle fait face rapidement à des humiliations : elle doit manger un gâteau dégouttant lors de son anniversaire ; deux élèves tentent de la violer dans les toilettes ; on lui coupe les cheveux pour lui ôter sa beauté .
Comme l'indiquent les anglo-saxons, on a affaire à un cas de bullying, à savoir de harcèlement. Les agressions sont répétées et s'inscrivent dans le temps, avec comme but principal d'humilier la personne.
Pour Alejandra, les choses deviennent de pire en pire et ses bourreaux s'en donnent à cœur joie car elle reste sans réaction, comme si depuis le décès de sa mère elle avait déjà usé une bonne partie de son énergie mentale. L'actrice Tessa Ia, est parfait dans le rôle d'Alejandra, avec son air juvénile et le sentiment qu'elle ne peut pas (plus) se défendre contre ses oppresseurs.
Le spectateur est abasourdi par le spectacle qui lui est donné à voir. Le film monte en puissance et devient de plus en plus rude à regarder. On est choqué par ces scènes où cette jeune fille, qui n'a rien fait de mal mais a au contraire été abusée, se retrouve prise à parti par plusieurs camarades de classe.
On atteint carrément des sommets avec une intégrité à sa condition physique et morale, puisque un jeune va la maltraiter en urinant sur elle et un autre va tout simplement profiter d'elle en la violant. Ces séquences, horribles au demeurant, sont accrues par la mise en scène implacable du réalisateur Michel Franco qui privilégie des plans fixes.
Le film est d'autant plus intense que les jeunes acteurs amateurs qui interprètent le rôle des camarades d'Alejandra font plus vrais que nature. On a l'impression que leurs actes pourraient avoir lieu dans la réalité et que l'on assiste à un fait divers insoutenable.
Mais le film va plus loin. Je dirais même que le scénario étonne. Quand Alejandra est invitée par ses camarades (qui lui ont uriné dessus) à aller se nettoyer en nageant dans l'eau, on pense qu'elle va prendre la décision de se noyer pour en terminer avec ce cauchemar. Eh bien non, Alejandra réussit à survivre mais elle disparaît dans la nature.
C'est alors que se met en place la dernière partie du film qui prouve que l'on a affaire à une sorte de « rape and revenge » dans le milieu scolaire. Dans les années 70, les rape and revenge ont été des films très en vogue. Il s'agissait de films d'horreur où des viols étaient suivis de la vengeance de la victime ou de proches de celles-ci. On est bien ici dans un tel scénario car le père d'Alejandra prend les choses en main, étant dégoutté par le fait que ces jeunes qui ont maltraité sa fille ne sont pas justiciables car ils sont mineurs.
On sent que ce père est désespéré et qu'il n'a désormais d'autre but que de venger sa fille qu'il croit morte. Il kidnappe le jeune José, qui est à l'origine de tous les problèmes rencontrés par Alejandra puisque c'est lui qui a enregistré et diffusé la vidéo putassière. Il l'amène dans un hôtel (peut-être dans le but de savoir qui sont les autres personnes qui ont participé aux humiliations subies par sa fille) et commet un acte radical, dans un plan final qui a le mérite de remettre les pendules à l'heure. Cette fin est d'autant plus abrupte que le père est déterminé mais très calme dans ses gestes.
Si Alejandra est toujours vivante, elle est en tout cas détruite sur le plan psychologique. Ce film, qui prend par instants des allures de documentaire, évoque bien les dérives de la violence à l'école et des conséquences qu'elle peut engendrer. La portée réaliste du film rend celui-ci encore plus difficile à regarder.
Au final, Después de Lucia est un drame de très grande qualité. C'est un film prenant qui laisse le spectateur constamment sous tension. Voilà sans conteste le film majeur de l'année 2012.

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