09.11.12

10:04:14, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : Dans la maison

Réalisateur : François Ozon

Date de sortie au cinéma : 10 octobre 2012

Origine : France

Durée : 1h45

Avec : Fabrice Luchini (Germain), Ernst Umhauer (Claude), Kristin Scott-Thomas (Jeanne), Emmanuelle Seigner (Esther), Denis Ménochet (Rapha père), Bastien Ughetto (Rapha fils), Jean-François Balmer (le proviseur), Yolande Moreau (les jumelles), etc.

Par Nicofeel

Après Potiche en 2010, Fabrice Luchini se retrouve à nouveau dans le dernier film de François Ozon. Après le rôle d'un dirigeant macho, il campe cette fois le rôle de Germain, un professeur de français blasé par le système de l'Education Nationale et par des élèves dont le niveau est extrêmement faible.
C'est dans ce contexte que Germain va être attiré par la dissertation originale de l'un de ses élèves, Claude. Celui-ci lui raconte comment il est parvenu à s'introduire dans la maison de son camarade de classe, Rapha, et comment il a lié amitié avec celui-ci.
Si Germain reprend goût à l'enseignement au contact de Claude, il participe indirectement à un jeu dangereux. Car Claude est loin d'être un ange. Il a même un esprit plutôt pervers. Dans ses écrits, il se plaît à se moquer de la famille qui lui a ouvert ses portes. Il insiste sur la médiocrité de Rapha père et de Rapha fils, dotés chacun d'une culture pour le moins limitée. Il les fait passer pour de véritables beaufs et seule la maîtresse de maison, la belle Esther, n'a grâce à ses yeux.
Claude est cinglant dans ses remarques et Germain se délecte de son récit et attend à chaque fois fébrilement la suite (« à suivre »). Pour autant, dès le départ, on sent que cette histoire va finir par coûter cher à Germain qui devrait être plus distant avec Claude et montrer plus de mesure, car il n'est pas normal de constituer un récit avec en trame principale la médiocrité d'une famille moyenne. Et ce côté voyeuriste n'est évidemment pas sain.
Gentil en apparence puisqu'il aide son camarade Rapha en mathématiques, Claude est un être malicieux dont on ne sait pas quelles sont les intentions. Sur ce point, il fait d'ailleurs penser à l'étranger que l'on voit dans le sublime film Théorème de Pasolini. C'est aussi ici l'un des intérêts principaux du film, qui prend en fin de compte l'aspect d'un thriller. Que souhaite Claude au fond de lui-même ? Comment toute cette histoire va-t-elle se terminer ?

Et puis on peut aussi réfléchir à ce qui est vrai et qu'est-ce qui est faux dans toute cette histoire. Quand Claude embrasse la belle Esther, est-ce que cette scène a réellement eu lieu ou est-ce qu'elle est simplement le fruit d'une imagination perverse, qu'encourage un professeur trop impliqué ? Germain lit le récit de Claude et se l'imagine mais est-ce que tout cela a bien eu lieu. Plus que dans tout autre film (on songe évidemment à 8 femmes, qui constituait une sorte de Cluedo grandeur nature), François Ozon s'amuse avec le spectateur. Le mélange entre fiction et réalité n'a jamais été aussi important. Le spectateur peut se faire sa propre opinion, ce qui ne veut pas dire pour autant qu'il détient la vérité unique.
De la même façon, la relation entre littérature et cinéma a rarement été aussi développée et interactive dans une œuvre de cinéma. A plusieurs reprises Claude modifie son récit, sous la houlette de Germain qui l'invite à corriger son écriture et c'est de cette façon que des scènes du film changent. De la sorte, la structure narrative du film est très originale, comme elle l'était déjà dans le film d'Ozon 5 x 2 qui évoquait à rebours cinq moments-clés dans la vie d'un couple.
Avec Dans La maison, François Ozon en profite également pour se moquer de plusieurs éléments contemporains. Il y a d'abord la sitcom avec cette façon caricaturale qu'a Claude de décrire la « famille normale « chez qui il est invité. Ensuite, Ozon prend un malin plaisir à critiquer l'art contemporain : la femme de Germain, qui tient une galerie d'art, présente des artistes surprenants, entre un artiste qui peint des variantes du temps et un autre qui crée des poupées gonflables affublées des visages de tyrans. Tout cela semble d'un goût douteux.
Manifestement, à l'instar du personnage principal, à savoir Germain, Ozon préfère que l'on se rapporte aux classiques de la littérature, tels que La Fontaine et Flaubert. Ce qui ne l'empêche pas pour sa part de livrer un film original tant sur le fond sur la forme.
Au niveau de la distribution, c'est le mot qualité qu'il convient d'employer. Fabrice Luchini est comme souvent très bon dans les rôles qui lui sont proposés. Il interprète bien le rôle de ce professeur qui va laisser des plumes dans cette histoire. Avec ses beaux yeux bleus et son visage insondable, Ernst Umhauer est parfait dans le rôle de Claude, ce jeune homme pervers et malicieux dont on ne saura jamais quelles sont ses intentions (détruire une famille ? faire le chaos autour de lui ?). Emmanuelle Seigner interprète pour sa part une mère de famille tout à la fois classe et extrêmement sensuelle.
Doté d'une mise en scène brillamment travaillé, d'un excellent scénario et de très bons acteurs, François Ozon a réussi avec Dans la maison un très bon film, qui restera sans nul doute l'un des meilleurs de cette année 2012.

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