Archives pour: Mai 2011

27.05.11

05:30:00, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : Insidious

Réalisateur : James Wan

Durée du film
: 2h18

Date de sortie au cinéma : 15 juin 2011

Avec
: Patrick Wilson (Josh), Rose Byrne (Renai), Babara Hershey (Lorraine), Ty Simpkins (Dalton), Elise Reiner (Lin Shaye), etc.

Par Nicofeel

Auteur du premier Saw (2004), qui a lancé la célèbre franchise des films de torture, James Wan se tourne désormais manifestement vers autre chose. Après le film d'action Death sentence et Dead silence (2007), sympathique série B où un fantôme tue des gens dans une petite bourgade, le cinéaste américain nous revient cette année avec Insidious.
Ce film se rapproche de Dead silence dans le sens où il s'agit à nouveau d'un film d'épouvante. Dans Insidious, on suit un couple sans histoires, Josh (Patrick Wilson, vu entre autres dans Hard candy et Watchmen) et Renai (Rose Byrne, vue dans 28 semaines plus tard), qui vient d'emménager avec leurs trois enfants dans une nouvelle maison.
Si cette famille est au-dessus de tout soupçon, la maison l'est beaucoup moins. On entend des bruits étranges, des portes qui claquent et la survenance de l'alarme laisse entendre qu'une personne s'est introduite de manière illicite dans la maison. Au vu des événements qui se déroulent, on se rend compte que le réalisateur a choisi de situer son long métrage sur le terrain très fréquenté des films de maison hantée (Les innocents, La maison du diable, Amityville, L'enfant du diable, Poltergeist, ou plus récemment La maison de l'horreur, Les autres et Abandonnée). Heureusement, le cinéaste américain a eu tout de même la bonne idée d'apporter une (petite) touche d'originalité. En effet, on constate que l'un des trois enfants du couple, Dalton, que l'on suit tombe étrangement dans une sorte de coma. On se demande bien ce qu'il se passe. Surtout, après que le couple ait déménagé, les choses ne vont pas mieux. Il continue de se dérouler des événements inquiétants.

James Wan fait un mix plutôt réussi entre le film de maison hantée et le film de possession dans le style de L'exorciste. Comme un symbole, le rôle de la mère de Renai revient à Barbara Hershey, particulièrement marquante dans l'excellent film La possession. Dans Insidious le jeune Dalton est victime d'une entité malveillante qui entend insidieusement (d'où le titre du film) prendre possession de son corps. Pour pouvoir sauver son enfant, son père, Josh va devoir quitter son corps et effectuer, via un médium, un voyage astral pour rejoindre son fils et ramener l'esprit de celui-ci sur Terre.
Le film est bien prenant et offre quelques bonnes séquences de peur. La séance de spiritisme qui a lieu pour entrer en contact avec l'enfant est marquante. De même, on appréciera ce monde parallèle, situé dans une sorte d'au-delà, où l'on observe des marionnettes vivantes (un parallèle avec le film Dead silence de James Wan peut être effectué) et des démons omniprésents. James Wan a été capable de construire un monde de terreur, sorte d'enfer, d'où il est bien difficile d'échapper.
Si le film se révèle assez intense, c'est aussi tout simplement parce qu'il est bien filmé. Les variations entre ombres et lumières sont soignées. De plus, au niveau de la mise en scène, le travail effectué sur les cadrages et les très beaux travellings permettent d'alimenter une peur certaine chez le spectateur. On remarquera au passage que James Wan a calmé son côté clippesque vu dans Saw, lequel est quasiment réduit ici à néant, ce qui n'est pas un mal. Bien au contraire.
Pour autant, Insidious n'est pas le film qui renouvelle le genre. Sa principale faiblesse est sans nul doute son manque cruel d'originalité. Hormis le coup de l'enfant qui est la proie d'un démon insidieux, James Wan reprend de nombreuses scènes de films d'horreur, notamment Poltergeist, sans pour autant apporter une véritable valeur ajoutée. De même, si la fin du film est appréciable par son côté sombre, elle rappelle tout de même beaucoup l'excellent film Darkness de Jaume Balaguero.
Et puis, peut-être en raison de cet amoncellement de reprises de scènes vues dans des films d'horreur bien connus, Insidious ne surprend pas vraiment le spectateur, les quelques retournements de situation étant globalement attendus.
Pour ne rien arranger, les acteurs principaux ne sont pas vraiment au top. Rose Byrne est correcte mais sans plus dans son rôle. Quant à Patrick Wilson, il est un peu transparent dans ce film. Heureusement, cela ne dessert pas spécialement le film.
Au final, Insidious est un film qui est plutôt prenant mais qui se révèle trop référentiel. On aurait aimé que le réalisateur « malin » de Saw fasse preuve de plus d'originalité et de folie. Ce long métrage reste malgré tout à voir.

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26.05.11

05:30:00, Catégories: Nouveautés, Test / Critique  

par Nicore

Zift

Film bulgare débarquant par miracle chez nous, ce Zift va osciller entre « film noir », critique acide du régime totalitaire et hallucinations qui se matérialiseront aussi bien par les images mais surtout par ces petites histoire grotesques et grisantes qui vont émailler un récit ne cessant de faire des allers-retours entre présent et passé pour suivre le destin tragique de son personnage principal.

Le script va suivre les déboires d'un homme sortant de prison après avoir purgé une peine pour un crime qu’il n'a pas commis et désireux de se venger, mais le destin va en décider autrement !

ZiftAprès une première petite histoire sordide mais étonnamment comique dans son aspect grotesque, le métrage va s'intéresser à son personnage principal, Moth, surnommé ""La Mite" dont nous allons découvrir de manière assez crue (la scène de douche) et martiale la vie dans cette prison bulgare, tandis que le réalisateur va par de rapides flash-backs commencer à nous conter la vie de cet homme tatoué, sportif et don le passé sera centré en partie sur sa rencontre avec Ada, une demoiselle dont il va tomber amoureux et flirter avec jusqu'à ce qu'il se fasse embarquer dans une affaire de cambriolage avec un complice, surnommé quant à lui "La Limace".

ZiftCette première partie du métrage aura le don de fasciner le spectateur qui ne tardera as à rentrer dans le jeu proposé par le réalisateur, surtout qu'en plus l'intrigue sera entrecoupée de récits ironiques, sordides mais hallucinants et qui auront le don de faire sourire devant ces instants de folie qui en plus seront la plupart du temps accompagnés d'instants graphiques volontaires excellents (les femmes du salon de coiffure), Mais cela n'empêchera pas le film de faire avancer son intrigue principale avec toujours cet aspect sordide et cru qui va, tout en sous-entendu, fustiger le régime bulgare de l'époque sans pour autant s'y appesantir de façon pesante.

ZiftAlors bien entendu, certains aspects folkloriques locaux de l'époque (le récit se déroulant dans les années soixante) seront quand même mis en avant, comme cette radio annonçant régulièrement l’heure ou encore ces chants dans un bar, mais cela servira globalement l'intrigue pour la faire avancer étape par étape, avec toujours quelques moments de folie pure, mais aussi avec des instants plus poignants, comme cette sous-intrigue mettant en avant ce prisonnier philosophe appelé « Le Borgne », Et d'ailleurs, le métrage, malgré son action continue, se rapprochera parfois du film d'auteur le temps de ces discours philosophiques sur la vie, les femmes ou la condition humaine.

ZiftMais heureusement ce penchant restera bien intégré dans un ensemble toujours volontaire lorsqu'il s'agira de se montrer graphique, laissant même un érotisme avéré venir se mêler aux débats et nous réserver une surprise finale certes quelque peu prévisible mais édifiante. Outre cette intrigue diffusée de manière furieusement originale, le métrage pourra aussi compter sur une forme inhabituelle pour donner encore plus d'ampleur à l'ensemble, donnant même une identité propre à une œuvre généreuse à tout point de vue.

ZiftEn effet, le réalisateur aura déjà opté pour un noir et blanc magnifique et parfaitement maîtrisé qu'il va agrémenter de plans étranges, audacieux et offrant des perspectives excentriques plus que plaisantes. En plus l’interprétation sera largement convaincante, portée par es acteurs grandement impliqués et n'hésitant à payer de leur personne pur leurs rôles avec par exemple ces plans de nudité réguliers mais tout en avançant un jeu juste et sans aucun surjouage alors que cela aurait facilement devenir un travers pour le métrage, et notamment ce personnage nommé "La Limace" dont le sadisme demeurera modéré et non amplifié.

Donc, ce Zift s'avérera être une œuvre à part, foncièrement originale, parfois déroutante mais toujours plaisante à suivre dan ses innovations et ses délires aussi bien verbaux que visuels !

Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur les éditions françaises proposées par Emylia, une présentation est disponible ici !

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25.05.11

05:30:00, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : Tucker et Dale fightent le mal

Réalisateur
: Eli Craig

Durée du film : 1h28

Date de sortie au cinéma
: prochainement

Avec : Tyler Labine (Dale), Alan Tudyk (Tucker), Katrina Bowden (Allison), Jesse Moss (Chad), etc.

Par Nicofeel

Film canadien réalisé par Eli Craig, Tucker et Dale fightent le mal est une petite comédie horrifique. Ce genre de films étant particulièrement développé actuellement, on se dit immédiatement que l'on risque d'avoir à faire à un film qui la joue ambiance cool, ce qui pourrait générer un sous Shaun of the dead (excellente comédie horrifique qui rend parodie les films de zombie).
Eh bien pas du tout. D'abord, il ne s'agit pas d'un film de zombie mais plutôt d'un slasher. Ensuite, et c'est ici la grande qualité du film, Tucker et Dale fightent le mal dispose d'une idée originale, qu'il va utiliser jusqu'au bout.
Le cinéaste a choisi d'inverser les rôles : les jeunes sont habituellement les victimes dans les films d'horreur. A l'inverse les personnages locaux, qui sont bien souvent des brutes épaisses, sont les tueurs. Pour ce long métrage, Eli Craig a pris délibérément le contre-pied des films d'horreur. Ainsi, Tucker et Dale, deux gentils péquenauds, ont décidé de passer leurs vacances dans une cabane qu'ils ont aménagée. Ils croisent sur leur route des jeunes qui ne respirent pas l'intelligence (une constante dans les films d'horreur), comme le prouve le fait qu'ils soient effrayés d'avoir oublié des bières !
Par un enchaînement de circonstances défavorables, les jeunes – qui ont vu Tucker et Dale ramener avec eux leur amie Allison (en fait ils ont essayé de la sauver) – pensent qu'il s'agit de dangereux psychopathes.
Ils sont donc bien décidé à sauver leur copine et à mettre fin aux agissements de ces hommes qu'ils pensent être des ennemis.
Pour que son film soit le plus drôle possible, Eli Craig a pris le parti de grossir le trait : Dale est un homme qui est gentil, affectueux, peureux, et qui ne ferait pas de mal à une mouche. C'est tout le contraire des jeunes qui se révèlent particulièrement belliqueux, avec notamment celui prénommé Chad.
Le film marche vraiment bien par son second degré lors de scènes vues mille fois au cinéma. Ainsi, les meurtres de jeunes se succèdent mais à chaque fois, c'est de manière accidentelle ! Un des jeunes passe dans une broyeuse, un autre se retrouve empalé. C'est très gore mais l'aspect volontairement comique fait que l'on est amusé par ce que l'on voit à l'écran. D'autant que les dialogues prêtent également à sourire.
En voyant ces jeunes qui meurent dans des circonstances dignes d'une incroyable poisse, Tucker pense quant à lui qu'il s'agit d'un suicide collectif !
Les dialogues sont là pour asseoir définitivement le côté décalé du film. Quant Dale signale qu'il a massacré la fille qu'il a recueillie, les amis de cette dernière pensent qu'il vient de la tuer. En fait, il l'a massacré au jeu !
De la même manière, on pourrait penser que Dale soit horrifié de voir deux doigts découpés de son ami. Pas du tout, il se contente de dire que « C'est ses doigts de bowling ». Dans le dernier tiers du film, alors que l'instant est tendu entre les jeunes et nos gentils péquenauds, Allison déclare : « Je fais un thé, on s'assied et on discute. »
Les meurtres improbables et les séquences gore se succèdent dans un esprit bon enfant qui rend ce film des plus sympathiques !
Et puis, pour accroître l'aspect drôle et inattendu de son film, le réalisateur a choisi de placer au sein de celui-ci une improbable histoire d'amour entre Dale et Allison. Tout les oppose, l'un est loin d'être un canon de beauté, l'autre est une superbe blonde, craquante à souhait. L'un est loin d'être un génie, l'autre fait des études de psychologie à la fac. Et pourtant, malgré tout ce qui les oppose, la gentillesse de Dale va faire craquer Allison. Evidemment, comme les jeunes sont certains que Dale est un « méchant », ils croient qu'Allison est victime du syndrome de Stockholm et que dès lors, en tant qu'otage, elle est tombée amoureuse de son kidnappeur !
Le film joue sans cesse sur des quiproquos ou sur des scènes inversées par rapport à ce que l'on a l'habitude de voir dans ce genre de films. La fin ne déroge pas à la règle avec un Dale parti à la recherche d'Allison afin de la sauver de Chad, son ex petit ami. Décidément, dans ce film toutes les choses qui ont généralement cours dans un film d'horreur classique sont modifiées.
Quelques mots sur la mise en scène. Rien de transcendant n'est à signaler. Mais au moins le réalisateur évite le côté clippesque que l'on trouve dans beaucoup de productions actuelles.
Quant aux acteurs, par leur jeu proche de la caricature (ce qui est sans nul doute voulu), ils réussissent très bien à s'intégrer au sein de cette histoire qui est voulu comme parodique de bout en bout. Une mention spéciale est à délivrer à Tyler Labine, plutôt habitué à jouer dans des séries télé (Le diable et moi ; Sons of Tucson ; Mad love) et qui interprète ici brillamment le rôle de Dale, à tel point que chacune de ses interventions prête à rire.
La musique du film se met elle aussi au diapason, avec notamment quelques morceaux de country qui sont assez étonnants au regard de ce que l'on voit à l'écran !
Au final, Tucker et Dale fightent le mal est une comédie horrifique très drôle, fort rafraichissante, qui apporte un second degré des plus appréciables à un genre, le slasher, qui finit par être quelque peu sclérosé. En filigranes, le film s'attaque également aux préjugés que l'on peut avoir sur autrui. En somme, voilà un film sympathique qui constitue un programme idéal à regarder le soir entre amis.

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24.05.11

05:00:00, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : Threads

Réalisateur : Mick Jackson

Durée
: 1h50

Date de sortie
: 1984 (inédit en DVD)

Par Nicofeel

Produit par la BBC en 1984, Threads est un téléfilm de Mick Jackson. Ce cinéaste, qui a beaucoup œuvré pour la télévision, a connu son heure de gloire au cinéma en 1992 avec le très superficiel Bodyguard (souvenez-vous Kevin Costner et Whitney Houston avec son tube planétaire I will always love you).
De superficialité il n'est pas question dans Threads. Bien au contraire. Ce téléfilm, qui a bénéficié de l'appui de scientifiques, traite des conséquences de la bombe atomique sur notre environnement. Si bien entendu il s'agit d'une fiction, le traitement minutieux de ce quasi documentaire lui donne un aspect réaliste. On est très loin des films catastrophes des films hollywoodiens à la 2012 où, à grands coups d'effets spéciaux, on nous montre un divertissement qui se termine par un gentil happy end.
Sur Threads, le film se déroule à Sheffield, ville industrielle du Royaume-Uni. Il y a une tension grandissante qui nait en raison des affrontements entre la Russie et les Etats-Unis en Iran. Les gens ont peur et se ruent dans les magasins pour faire des provisions. Il y en a qui décident même de partir à la campagne, se sentant plus en sécurité.
Le téléfilm évoque bien ce sentiment d'angoisse qui s'élève progressivement dans la population britannique. Et à juste titre puisque les anglais vont devoir faire face à deux bombes atomiques, suite aux tensions entre la Russie et les Etats-Unis qui aboutissent à l'échange de missiles à tête nucléaire, pour un total de 3000 mégatonnes. Sur ce total, 210 mégatonnes sont envoyés au Royaume-Uni.
C'est rapidement le chaos dans le pays. La ville de Sheffield est en partie détruite, ses systèmes de communication sont coupés et les gens restent pour la plupart reclus chez eux.
Il y a d'abord les gens qui meurent directement suite au souffle des bombes (entre 2 et 9,5 millions d'habitants au Royaume-Uni). Et puis dix jours après l'arrivé de la bombe, il y a les gens qui tentent de survivre mais se retrouvent contaminés car l'eau est bien entendue infectée. Le téléfilm n'a certes pas pu se targuer de moyens qui sont donnés à des grandes productions, pour autant dans un ton grisâtre particulièrement adapté à la situation, il souligne bien l'état de désolation de la ville. Avec ces images en noir et blanc qui donnent un aspect historique à Threads, on pense à ce moment à Allemagne année zéro de Roberto Rossellini (1948) avec son principal protagoniste, un garçon de 12 ans, confronté aux conséquences de la deuxième guerre mondiale. Dans Threads, des millions d'enfants sont morts à cause des deux bombes. En outre, de nombreux enfants naissent avec des malformations.
Threads est d'autant plus réaliste qu'il est présenté sous la forme d'un journal de bord. On voit d'abord ce qui se passe juste avant la bombe, puis le jour où arrive à la bombe. Ensuite, les jours qui nous sont indiqués s'espacent, pour arriver jusqu'à nous dresser un portrait de la situation dans les mois suivants puis dans les années suivantes.
Comme on peut s'en douter, les choses ne font que s'aggraver. Au bout de quelques années, on apprend que la quasi totalité des gens sont morts, victimes de malnutritions et d'épidémies (choléra, dysentrie, leucémie). Le téléfilm devient de plus en plus difficile à regarder.
Il montre par exemple que les morts, de plus en plus nombreux, ne sont plus enterrés. Il y a des pillards et des violeurs. Il n'est plus question de vivre mais plutôt de survivre. Le ciel assombri par les poussières des bombes est symbolique de ce monde qui a sombré dans les ténèbres.
Pour les survivants, le monde se transforme en une sorte de loi de jungle, faisant disparaître les fils (threads en anglais) sociaux de notre société. L'homme revient quasiment à l'âge de pierre. Sur ce point, on notera que l'homme a de plus en plus de mal à parler anglais. Un des moyens essentiels pour communiquer est donc en train de disparaître.
Les personnages qui sont les référents du spectateur ne prêtent pas non plus à une quelconque joie, dans la mesure où ils sont victimes de la dislocation de la société et ont à subir entre autres des malnutritions, décès et viols. Threads propose à cet égard une conclusion sans concession, à des années-lumière des happy -end hollywoodiens, avec notre dernière héroïne qui donne naissance à un enfant qui est aussitôt mort-né.
Aussi bien par une image grisâtre que par une thématique très alarmiste, ponctuée d'images-chocs, Threads est un téléfilm très difficile à regarder. Il faut vraiment avoir le cœur bien accroché, et voir cette fiction aux allures de documentaire de fin du monde, en toute connaissance de cause.
Dans tous les cas, même si ce n'est pas franchement une partie de plaisir de voir un tel téléfilm, il n'empêche qu'il faut bien constater qu'il s'agit d'une œuvre forte, au propos très adulte, qui pose de vraies questions sur notre monde et la façon dont on le gère. La bombe atomique reste sans conteste un danger permanent. Le téléfilm prend une résonance particulière à l'heure actuelle, quand on voit ce qui arrive au Japon avec le danger du nucléaire.

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18.05.11

05:25:00, Catégories: Nouveautés  

par Nicore

Zift
Zift

Curiosité bulgare étonnante, parfois surréaliste et grisante, ce Zift aura la chance d'arriver chez nous grâce à l'éditeur Emylia qui a mis le métrage en vente en combo Blu-ray/DVD et en DVD depuis le 3 mai dernier.

Zift

Le script va reprendre le principe apparemment classique du type qui sort de prison après avoir purgé une peine pour un crime qu’il n’a pas commis et qui n’a qu’une envie : se venger. Dans le cas de Moth, les choses sont plus complexes. Ce Bulgare a été incarcéré en 1944 avant le coup d’État communiste et recouvre sa liberté en 1960. Il ne reconnaît plus Sofia, totalitaire, violente, peuplée d’individus louches, ouverte à toutes les bassesses.

Zift

Peuplé par des personnages excentriques et des petits intermèdes grotesques mais toujours excellent, le métrage va suivre une intrigue parfois déroutante mais aussi poignante et n'hésitant pas à verser dans un graphisme volontaire et décomplexé que le splendeur noir et blanc utilisé va magnifier pour ainsi donner encore plus d'impact en nombreux temps forts de ce film étrange, hors-norme mais toujours prenant et envoûtant, sans oublier cet aspect décadent et délirant toujours présent.

Zift

Le DVD édité par Emylia avancera une image en 2.35 (16/9 anamorphique) pour une bande-son en français en DD5,1 et en DTS, la version originale bulgare sera quant à elle disponible uniquement en DD5.1. Mais hélas, aucun bonus viendra accompagner le film.
Le Blu-ray disposera d'une image également en 2.35 (AVC1080p/24) pour proposer la bande-son en français et en bulgare en DTS-HD, sans proposer non plus de bonus.

Zift

Donc, c'est depuis le 3 mai dernier que nous avons la chance de pouvoir découvrir ce film atypique et franchement étonnante dans son univers si spécial !

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15.05.11

05:00:00, Catégories: Nouveautés, Test / Critique  

par Nicore

Zombie lover

Malgré son titre quelque peu trompeur, ce Zombie lover ne sera pas un film de morts-vivants classique mais offrira plutôt à son spectateur une plongée dans l'univers adolescent en évitant tout esprit potache pour au contraire cerner ses protagonistes avec justesse et réalisme mais tout en conservant une part surnaturelle qui servira de toile de fond et avancera quelques situations sinistres et rudes
Le script va suivre l'été de quelques adolescents, été perturbé par la disparition de Wendy, une demoiselle retrouvée zombifiée par deux frères jumeaux qui vont décider de garder le cadavre vivant en cachette.

Zombie loverD'entrée le métrage va mettre en avant la disparition de Wendy cette jeune femme qui malgré des recherches demeurera introuvables, comme nous le contera en voix-off le jeune Beetle, le plus jeunes de trois frères composés de lui et de deux jumeaux, Carol et Patrick, ce dernier étant secrètement amoureux de Wendy. Cette première partie se déroulera essentiellement en flash-backs pour nous présenter ces jeunes gens profitant de leur été insouciant mais sans jamais se montrer léger ou potache, animant les personnages d'une vie sincère et tout à fait crédible. Bien entendu, passée un moment de deuil qui lui aussi restera humain et éprouvant, la découverte du cadavre attaché entre deux arbres de Wendy sera un temps fort malicieusement préparé par le réalisateur.

Zombie loverEn effet, sans effet d’esbroufe l'intrigue va avancer cet état de fait sans chercher à nous donner la moindre explication sur l'état de Wendy, morte-vivante guère dangereuse que Carol et son frère Beetle vont pouvoir ramener dans la maison de l'un de leurs amis partis en vacances pour tout l'été et bien entendu prévenir Patrick de cette découverte macabre et pour le moins surprenante, mais sans que cela ne semble choquer outre mesure les personnages. La suite de l'intrigue va conjointement suivre l'attachement de Patrick au cadavre animé de celle qu'il aimait, mais sans jamais tomber dans un quelconque aspect sordide comme dans Dead girl au sujet presque similaire mais au traitement radicalement différent, et le parcours de deuil et de dépit amoureux de Carol qui se sera enticher d'Addy, la meilleure amie de Wendy du temps de son vivant.

Zombie loverBien entendu, ce mélange de comédie sentimentale juste et d'horreur (qui ne se montrera réellement que lors de quelques passages écœurants d'apprentissage de la nouvelle condition de Wendy par les deux jumeaux (le rat, par exemple) ou lorsque Wendy se mettra en mouvement de manière douloureuse) aura de quoi surprendre mais demeurera intéressant et même passionnant de bout en bout puisque l'issue finale sera toujours incertaine aussi bien pour le sort de Wendy (ce qui nous vaudra un final d'une beauté macabre incroyable) que pour celui de Carol et de son amour pour cette Addy ambiguë et qui va jouer un rôle important dans l'ensemble du métrage malgré une relégation régulière au second plan.

Zombie loverL'amateur de zombies trouvera quand même son compte au cours de certaines séquences du film, séquences bien graphiques (mais sans verser vraiment dans le gore pour autant) et plutôt centrées sur cette Wendy zombifiée, le plus souvent amorphe mais sachant se mettre en mouvement de manière crispante et avec toujours ce danger patenté mais jamais surexposé, L'origine de la mort et de la résurrection ce la demoiselle sera grandement éludée, même si quelques petits éléments épars viendront faire travailler l'imagination du spectateur, et ce même si les réalisateurs ne voudront pas s’appesantir sur la question.

Zombie loverEt donc ce sera par le biais de personnages ayant une vie intense au cours du film que des sentiments forts, parfois contradictoires seront véhiculés, entre peine, douleur, amour et désillusion dans un mélange prenant, largement émouvant et qui donnera au métrage toute son ampleur quelque part inattendue dans un film de zombies. Mais cette intrigue surprise sera agréable et même passionnante à suivre, avec en plus une interprétation toujours convaincante et appropriée, sans aucun surjouage et tandis que la réalisation sera intimiste, déroulant malgré tout les situations sur un rythme vif et ne laissant pas traîner les événements. Les effets spéciaux sont largement probants aussi bien pour les maquillages stupéfiants du zombie du film que pour de rares plans sanglants ou horrifique réussis.

Donc, ce Zombie lover s'avérera être une excellente surprise, émouvante, parfois cruelle dans l'exposition des sentiments, mais toujours captivante et bouleversante !

Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur le combo Blu-ray/DVD édité par Emylia, une présentation est disponible ici !

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14.05.11

05:00:00, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : Calibre 9

Réalisateur
: Jean-Christian Tassy

Durée du film : 1h20

Date de sortie au cinéma : 2011 (vu en avant-première au festival Hallucinations collectives à Lyon le 23 avril 2011)

Avec : Laurent Collombert (Yann Moreau), Phillippe Burel (Richard Wolfhound), Philippe Bussière (le maire), Christophe Larfargue (Frédéric Pontamousseau), Nathalie Hauwelle (Sarah), etc.

Par Nicofeel

Tourné pour un budget dérisoire et marqué de facto du sceau de l'amateurisme, Calibre 9 est pour autant ce que l'on appelle communément un film coup de poing.
Disons-le d'emblée, Jean-Christian Tassy a voulu faire un film anarchiste et critiquer notre société actuelle où il y aurait d'un côté les nantis, qui ont le pouvoir et l'argent et de l'autre les pauvres, qui seraient exploités par les nantis, vivent dans de grands immeubles vétustes et n'ont finalement que leurs yeux pour pleurer.
Le rôle principal du film, tenu par un excellent Laurent Collombert, est celui de Yann Moreau (clin d'oeil à l'un des copains de lycée de Jean-Christian Tassy), qui est recruté comme urbaniste dans une commune. Une voix off, où l'on entend parler Laurent Collombert, présente son personnage qui est un cadre moyen avec des rêves moyens. Un bon Français en somme dixit la voix off.
Yann Moreau nous fait rentrer dans le quotidien de la mairie qui l'emploie. Et là, franchement, ce que l'on voit est tout bonnement hallucinant. Le maire se prend pour un grand seigneur. Il entend avoir des relations sexuelles avec sa secrétaire. Comme cette dernière refuse, il lui urine dessus ! De la même manière, pour montrer sa pseudo supériorité, le maire traite sa femme de ménage comme une moins que rien. Selon lui, cette « négresse » est mieux ici qu'à se prostituer dehors. Dans le genre antipathique et fasciste, on a un poids lourd. Alors même si le jeu de Philippe Bussière qui interprète le rôle du maire paraît quelque peu forcé, cela n'est pas très grave car le réalisateur entend avant tout s'attaquer à l'un des piliers de notre République, le personnage de maire. Au niveau des symboles, on est également bien servi avec un maire qui fait éclater le portrait de Nicolas Sarkozy (portrait qu'ont chacun des maires dans leur commune, puisqu'il s'agit du président de la République) en jouant au golf dans son bureau. Le clou de ce spectacle anarchiste et revendicatif est atteint lorsque le réalisateur décide de reprendre une des plus célèbres déclarations de Nicolas Sarkozy le 25 octobre 2005 et de l'adapter à son sujet.
Du côté de Yann Moreau, s'il veut rentrer dans le système dans lequel fait partie son maire, il doit, dans le cadre de son travail d'urbaniste, falsifier des documents et accepter des pots de vin (la réduction du trottoir de 50 centimètres qui permettrait des économies de l'ordre de 200 000 €). Ce sont notamment les patrons du BTP qui sont dans le film les personnes qui donnent pots de vin afin d'obtenir diverses autorisations. Comme l'indique la voix off, ces gens ne cherchent qu'à faire du profit.
La description de notre société actuelle par Jean-Christian Tassy n'est pas piquée des hannetons. On prend un sacré uppercut en pleine tête. Et ce n'est pas fini.
Manifestement fan de films organiques tels que Videodrome de Cronenberg, Tetsuo de Tsukamoto, voire même Baby blood d'Alain Robak, le réalisateur du film a l'idée d'adjoindre dans la main de Yann Moreau, lorsqu'il décide de se rebeller, un calibre 9 millimètres (d'où le titre du film), lui permettant ainsi de supprimer moults personnes peu recommandables. A ce moment, on pense inévitablement au salary man de Tsukamoto qui en marre de sa condition et devient un homme-machine. La voix off prend cette fois la voix de Nathalie Hauwelle qui interprète Sarah, une prostituée décédée et dont l'âme est venue se loger dans un calibre 9 millimètres. La voix de Sarah guide Yann Moreau dans ses faits et gestes. L'influence au sympathique Baby blood (où une chose s'était logée dans le ventre d'une femme et la commandait plus ou moins) est évidente. D'ailleurs, comme dans Baby blood, le film est traversé de quelques scènes humoristiques, avec ce Yann Moreau qui parle à son arme et est pris pour un fou (voir la scène il décide d'acheter un sandwich).
Entre des personnages hauts en couleurs, une position anarchiste jusqu'au boutiste et un brin d'humour, le film de Jean- Christian Tassy vaut le détour.
Pour autant, malgré ces qualités indéniables, le film est assez loin d'être parfait. Hormis Laurent Collombert qui est toujours dans le bon ton, les autres acteurs sont souvent dans une sorte de sur-jeu. Cela dit, peut-être est-ce délibéré pour accroître le côté foutraque de l'ensemble ?
Surtout, l'utilisation de nombreux accélérés pendant les scènes d'action aboutit à un manque certain de lisibilité de celles-ci. Le montage est par ailleurs un peu trop « cut ». Sans vouloir faire du Jean Rollin, le réalisateur aurait pu être un peu plus posé dans ses scènes d'action.
Et puis, comme le reconnaît le réalisateur, certaines scènes dans l'obscurité sont vraiment très sombres, à tel point que l'on a un peu de mal à distinguer ce qu'il se passe à l'écran.
Au final, malgré des défauts qui résultent sans doute du manque de moyens du film, Calibre 9 demeure un film unique, notamment par son incroyable charge politique. On n'est pas forcé d'adhérer au propos, mais toujours est-il que le cinéaste, qui n'y va pas avec le dos de la cuillère, a réussi une œuvre qui marque les esprits.
Le film reste tout à même à conseiller à un public averti, d'autant que certaines scènes sont sacrément violentes.

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13.05.11

05:00:00, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : Panic sur Florida beach

Réalisateur : Joe Dante

Durée du film
: 1h39

Date de sortie au cinéma : 1993 (film vu en 2011 au festival Hallucinations collectives à Lyon)

Avec : John Goodman (Lawrence Woolsey), Cathy Moriarty (Ruth Corday / Carole), Simon Fenton (Gene Loomis), Jesse Lee Soffer (Dennis Loomis), Omri Katz (Stan), Lisa Jakub (Sandra), Kellie Martin (Sherry), etc.

Par Nicofeel

Bien connu des fans de films d'horreur (Piranhas, Hurlements, Gremlins 1 et 2, Vote ou crève), Joe Dante est pourtant bel et bien un auteur à part entière. S'il utilise les films de genre, avec souvent un ton comique, ce n'est que pour mieux faire passer ses idées.
Dans Panic sur Florida beach (Matinee en version originale), qui est sans nul doute un de ses films les plus personnels, Joe Dante a choisi tout à la fois de rendre hommage aux films d'horreur des années 50 et de glisser un message politique.
Le film se déroule en 1962, en pleine crise des missiles de Cuba. Pour un réalisateur de films à petit budget, Lawrence Woolsey, c'est le moment idéal pour présenter son nouveau film, Mant, avec comme principal protagoniste un homme devenu un homme-fourmi, suite à des radiations nucléaires.
On voit bien dès le départ que le cinéaste fait un parallèle audacieux entre le film dans le film (l'homme victime de radiations atomiques) et les événements qui ont lieu pour les protagonistes du film. Ainsi, les principaux personnages craignent fortement le risque nucléaire qui est réel. On a droit dans les premières minutes du film à une intervention de Kennedy par le biais d'un flash spécial à la télévision et à la fin du film à un communiqué des soviétiques. La peur de la bombe atomique apparaît à plusieurs reprises et se traduit par des actions collectives, comme le fait de dévaliser des magasins. Fidèle à sa méthode, Joe Dante fait passer son message en utilisant l'humour, en montrant par exemple des gens qui achètent de tout en masse, et même du PQ ! Dans le même ordre d'idée, les règles qui sont données aux enfants en cas d'attaque nucléaire, à savoir mettre les mains derrière la tête et se recroqueviller, tient du ridicule ! Et puis le coup de l'abri anti-atomique dans le cinéma, qui fait quasiment carton-pâte, est vraiment une bonne grosse blague. On n'y croit pas une minute. D'ailleurs, dans cet abri, on retrouve deux jeunes qui pensent uniquement à s'embrasser. Comme quoi, on en reste à l'essentiel !
Cela dit, à sa façon, Joe Dante évoque le climat paranoïaque qui atteint les Etats-Unis à cette époque. Une des paroles au début du film dans le film résume très bien la situation ressentie alors en Amérique : « Où est-on en sécurité aujourd'hui ? ».
Le réalisateur s'attaque également au côté puritain des américains avec par exemple tous ces gens qui se liguent contre les films d'horreur, qu'ils considèrent comme des films anti-moraux. Ici, les parents d'élèves, les associations religieuses et les « citoyens pour les distractions saines » s'en prennent à Lawrence Woolsey, le réalisateur de films que l'on voit dans Panic sur Florida beach.
D'ailleurs, par ce film, Joe Dante fait une véritable déclaration d'amour au cinéma, et notamment au cinéma d'horreur d'antan. Les références au cinéma d'horreur avec de grosses bestioles sont multiples. La plus évidente est l'excellent Des monstres attaquent la ville (qui lui-même était une façon de représenter la menace communiste) de Gordon Douglas avec des fourmis géantes. Surtout, par le biais du réalisateur de films d'horreur, le truculent et opportuniste Lawrence Woolsey (interprété par un détonant John Goodman), Joe Dante entend nous parler d'un cinéma révolu où le spectateur était placé au centre de l'action. Ainsi, on a droit à une présentation de Mant (le film dans le film) en atomo-vision – façon humoristique de rappeler le risque nucléaire – et à de nombreuses interactions entre le film et le spectateur (les fauteuils qui bougent, un homme déguisé en costume d'homme-fourmi). Sans compter, l'affiche de Mant qui joue sur la crédulité du spectateur : « 50 % homme, 50 % fourmi, 100% terreur ».
De plus, le film nous offre quelques dialogues savoureux : « Il [l'homme-fourmi] est dans un no man's land biologique entre l'homme et la fourmi. » ; un personnage à Lawrence Woolsey : « Merci mister Hitchcock ! ».
Avec Panic sur Florida beach, le réalisateur Joe Dante évoque tout bonnement son enfance par le biais notamment du jeune garçon, qui passe sa vie au cinéma, et prend plaisir à regarder des films d'horreur. Joe Dante se plaît aussi à reconstituer une époque aujourd'hui révolue, en l'abordant par le biais des amours adolescentes. Comme dans son film Gremlins, les principaux personnages du film sont des adolescents, et l'humour reste omniprésent. La musique du film, qui joue bien sur ce côté rétro, est signée par l'excellent Jerry Goldsmith.
Joe Dante n'en n'oublie pas pour autant d'évoquer de manière directe durant tout son film le danger du nucléaire. Ce n'est pas un hasard si le début du film commence par une image de la bombe en noir et blanc et si le film dans le film se termine par la bombe. C'est une façon de nous dire que si l'on dérape sur le plan politique, on risque de grands dangers.
Au final, voilà une belle comédie qui constitue un véritable plaidoyer sur un cinéma aujourd'hui révolu (quoique, le coup du caddie qui bouge tout seul est en fin de compte un Rubber avant l'heure !) et dans le même temps se permet de faire passer un message politique très clair. Sans conteste, il s'agit de l'un des films majeurs de son auteur, qui comporte plusieurs degrés de lecture.

Le film Panic sur Florida beach va ressortir d'ici peu, a priori le 1er juin 2011, chez l'éditeur Carlotta.

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12.05.11

05:00:00, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : Devil

Réalisateur : John Erick Dowdle

Durée du film : 1h20

Date de sortie au cinéma : 20 avril 2011

Avec : Chris Messina, Joshua Peace, Logan Marshall-Green, Jenny O'Hara, Aaron Berg, Joe Cobden, Bojana Novakovic, Jacob Vargas, etc.

Par Nicofeel

Réalisé par John Erick Dowdle, Devil est un petit film d'horreur qui, comme son nom l'indique va mettre en scène le diable. D'ailleurs, le film débute, avant le générique, par une citation biblique qui rappelle que le diable fait partie des anges déchus du paradis.
Ce long métrage commence avec une idée intéressante, à savoir filmer le générique avec les choses qui sont présentées à l'envers. Cela signifie tout bonnement que le diable est présent. Il est en effet l'envers de la perfection, et une carte du jeu de tarot le représente à l'envers.
Notons par ailleurs que si le film n'est pas réalisé par un cinéaste connu, Devil est tout de même produit et scénarisé par Night Shyamalan, auteur entre autres des excellents Sixième sens et Incassable.
Seulement, une fois que l'on a passé le générique, le film est marqué par un manque certain de finesse. Ainsi, une voix off indique que la présence du diable se caractérise par un suicide et immédiatement après on assiste, comme par hasard, à un suicide (la personne s'étant au demeurant suicidé avec un chapelet à la main).
Le scénario de Devil est très simple : cinq personnes sont retenus dans l'ascenseur d'un grand immeuble américain. Ces personnages, tous très différents et dont on ne sait pas grand chose, sont rapidement nerveux de se retrouver enfermés sans explication claire et nette. Et puis vient ensuite la vraie bonne idée du film, à savoir que le film comporte plusieurs moments où les protagonistes sont plongés dans le noir. Le noir est ce qui fait peur. C'est d'ailleurs à ce moment précis où des personnages sont soit blessés soit carrément tués. Il y a donc un climat de suspicion qui naît, chacun renvoyant aux autres la responsabilité des meurtres.
S'il y a de la tension entre les principaux protagonistes du film, le réalisateur a fait le choix de montrer tour à tour ce qui se passe à l'intérieur de cet ascenseur et les efforts déployés à l'extérieur pour libérer ces gens. On a ainsi des discussions qui ont lieu du côté de la cabine de contrôle qui filme l'ascenseur.
Si l'idée de mettre le diable dans cet ascenseur (ce que ne comprendrons que relativement tardivement les personnages, bien que le spectateur le sait depuis un moment) est digne d'intérêt, il faut reconnaître qu'il ne se passe pas grand chose mis à part ces scènes de noir.
A fortiori, la mise en scène n'est pas extraordinaire et surtout le jeu des acteurs est vraiment peu inspiré. On sent qu'ils sont là pour faire leur boulot, point barre. A leur corps défendant, il faut dire que les personnages qu'ils interprètent ne sont pas du tout approfondis.
Et puis autre faiblesse de ce film, c'est le propos religieux. On frise par moments le ridicule avec par exemple cet agent de sécurité qui se met à réciter un Je vous salue Marie. Pire, il y a la fin du film, qui est cousue de fil blanc, et est vraiment limite par son côté moralisateur.
Dans ces conditions, on comprend aisément qu'avec de tels défauts, Devil n'est pas du tout un film inoubliable. Sans être un très mauvais film, c'est un long métrage horrifique parfaitement inoffensif.
A l'instar de ses derniers films, Shyamalan qui officie dans le cas présent en tant que producteur et scénariste, rate sa cible (en raison notamment de personnages qui manquent de profondeur et d'éléments religieux par trop moralisateurs), malgré l'intention louable de refuser le spectaculaire et de lui préférer la suggestion. A voir éventuellement, si vous ne trouvez rien de mieux au cinéma.

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11.05.11

05:00:00, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : 2019, après la chute de New York

Réalisateur
: Sergio Martino

Durée du film : 1h31

Date de sortie au cinéma
: 1983 (inédit en DVD en France)

Avec
: Michael Sopkiw (Parsifal), George Eastman (Big Ape), Edmund Purdom (le président de la confédération pan-américaine), Valentine Monnier (Giara), Serge Feuillard (le commandant Eurak), Anna Kanakis (Ania), etc.

Par Nicofeel

Capable de réaliser d'excellents giallo et films policiers (La queue du scorpion, Torso), Sergio Martino, en véritable yes man, est aussi capable du pire (Le continent des hommes-poissons, Le grand alligator).
Avec 2019, après la chute de New York, on a largement dépassé le stade du pire pour entrer dans une nouvelle dimension.
Le pitch du film est loin d'être inintéressant, surtout aux heures actuelles où la question du nucléaire est mise en avant avec les problèmes rencontrés par le Japon. On apprend au début du film que 20 ans se sont écoulés depuis la guerre nucléaire et que la Terre est devenue un désert putride et radioactif. Certaines personnes ont subi des transformations. Et plus grave encore, la stérilité est générale : il n'y a plus de naissances sur Terre. La ville de New York est aux mains de la monarchie des Euraks, sortes de nazis, qui sont tout de noir vêtus.
Avec la complicité de mercenaires, les Euraks prennent des cobayes pour tenter de remédier à la stérilité. Car il existerait une femme au monde qui pourrait encore enfanter.
Voilà donc pour le scénario qui se situe parfaitement dans un univers post-apocalyptique. Sur le papier, cela tient à peu près la route.
Sauf que la transcription à l'écran de ces idées est loin d'être au même niveau. Tout est ringard dans ce film et fait sans conteste de 2019, après la chute de New York un des plus grands nanars que le monde ait connu.

Ainsi, les décors paraissent bien souvent en carton-pâte quand ils n'ont pas la chance de se limiter à filmer des usines désaffectées et des sous-sols de centrales nucléaires. Quand aux vaisseaux qui ont été imaginés, ils font vraiment cheap et sont dignes d'une série télévisée telle que San Ku Kai. Les voitures ont été quelque peu transformées pour donner un aspect moyen-âgeux, comme si l'on se trouvait dans Mad Max. Le cinéaste Sergio Martino ne s'est d'ailleurs pas gêné pour pomper allégrement sur deux films sortis juste avant celui-ci : Mad Max 2 de George Miller (1982) pour le côté post-apocalyptique et New York 1997 de John Carpenter pour le héros qui doit récupérer une personne importante. Ici, ce n'est pas Snake Plissken qui se rend à New York pour retrouver le président mais un certain Parsifal qui doit partir à la recherche de la dernière femme en mesure d'avoir des enfants.
S'il n'est pas très fin de faire référence à des films cultes de manière très explicite, 2019, après la chute de New York doit son statut nanar par son incapacité à faire mieux que du sous-Mad Max 2 et du sous-New York 1997.
Les combats, qui sont si nombreux dans les films cités précédemment, sont ici d'une ringardise totale. Les acteurs se battent ridiculement avec des mouvements qui vont à deux à l'heure. On se croirait dans un film d'Andy Sidaris (le côté érotique en moins) tellement c'est mal fait et mal filmé. Et puis pour achever ces combats il y a des rayons lasers ou des rayons paralysants qui font vraiment tocs.
Côté acteurs, ne rêvons pas d'un Kurt Russell ou d'un Mel Gibson. Pour ce long métrage, le réalisateur a dû faire avec les moyens du bord et proposer un acteur de deuxième zone avec Michael Sopkiw dans le rôle principal. L'acteur est loin d'être crédible dans le rôle principal de parsifal mais il y a nettement pire que lui. George Eastman, connu pour son rôle dans le film Anthropophagous (1982) de Joe d'Amato, interprète rien de moins qu'un homme-singe. Et côté cabotinage il en fait des tonnes. Il réussirait presque à éclipser les interprétations pour le moins hasardeuses des autres acteurs.
Si le film est aussi débile, il le doit aussi sans nul doute à une succession de scènes et d'explications plus grotesques les unes que les autres. Au rang des meilleurs morceaux choisis, citons tout d'abord le fait que notre héros, Parsifal, gagne un combat en voiture dont le trophée est une personne hermaphrodite. Par ailleurs, lorsque l'on apprend qu'une femme vit saine à New York, il est indiqué qu' « elle peut avoir 500 ovulations » ! De son côté, Parsifal est engagé par la confédération pan-américaine qui est terrée de manière secrète en Alaska, car à cet endroit, la Terre serait peu radioactive. Le président de cette confédération promet à Parsifal de lui garder une place pour une autre planète où l'air sera respirable s'il lui ramène la femme qui peut enfanter. On voit bien que plus le scénario avance, plus cela devient abracadabrantesque. D'autant que nos héros s'en sortent toujours, même quand la situation semble des plus compromises.
Il y a vraiment matière à rigoler en regardant ce film. Surtout que les dialogues sont par moments vraiment grandioses : « Nous avons une vingtaine de sous-marins qui sont en alerte constante » (dixit un eurak) ; « J'ai fait à une femelle chimpanzé deux enfants » (Big Ape, joué par un George Eastman au sommet de sa forme) ; « Celle qu'on recherche est comme le conte de la belle au bois dormant » (dixit le nain de l'histoire, eh oui il y a même un nain !).
Au final, 2019, après la chute de New York constitue un film certes complètement raté à tous points de vue mais un film fun, décomplexé et franchement très marrant. Pour les amateurs de nanars, ce long métrage reste un modèle du genre.

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10.05.11

05:00:00, Catégories: Interview  

Dans le cadre du festival Hallucinations collectives qui s'est déroulé à Lyon, j'ai eu la chance d'interviewer deux jeunes cinéastes, François Gaillard et Christophe Robin, auteurs des films Blackaria et Last caress, ainsi qu'Anna Naigeon, leur chef opérateur.
En plus de communiquer des informations sur leurs films, ces trois amis ont livré plusieurs pistes de réflexion sur leur passion : le cinéma.
Cette interview fleuve est donc intéressante à plus d'un titre.

L'interview s'est déroulée en deux temps : des questions furent d'abord posées à Anna Naigeon puis aux cinéastes François Gaillard et Christophe Robin.

1°) Interview d'Anna Naigeon, chef opérateur sur les films Blackaria et Last caress :

Es-tu déjà venue sur des festivals de cinéma ?
J'étais venue l'an dernier à l'Etrange festival de Lyon [l'équipe du film Blackaria avait été invitée à présenter son film à Lyon en 2010, ndlr] mais je n'avais malheureusement pas eu la possibilité de rester très longtemps après la projection.
Sinon je fais beaucoup de festivals mais pas forcément des festivals de genre. Je me rends tous les ans au festival méditerranéen qui a lieu à Montpellier. Cela fait aussi plusieurs années que je vais à Belfort. Et puis j'ai la possibilité d'aller à des festivals à Paris.

Es-tu sensible au fait de pouvoir présenter dans le cadre du festival Hallucinations collectives un film sur lequel tu as travaillé ?
C'est une chance extraordinaire de pouvoir présenter son film à un tel festival car on rencontre un public de connaisseurs. Donc si les spectateurs sont contents après la projection, on le sera également.
En plus, c'est le seul moment où on a l'occasion de rencontrer des personnes qui voient habituellement nos films sur support DVD.

Pour devenir chef opérateur, as-tu fait des études spécifiques ?
Non, pas vraiment. J'ai appris sur le tas, notamment en devenant assistant caméra sur des tournages beaucoup plus importants que ceux auxquels je participe avec des membres de l'association School's out [association qui regroupe des jeunes réalisateurs, ndlr].

Sur combien de films as-tu déjà travaillé en tant que chef opérateur ?
J'ai fait une dizaine de court métrages et trois longs métrages : The hunt de Thomas Szczepanski, Blackaria et donc Last caress de François Gaillard et Christophe Robin. J'ai fait aussi de la lumière pour de l'animation.

Comment s'est passée ta première rencontre avec François Gaillard ?
C'était il y a trois ans maintenant. C'est un ami de François qui tournait à côté de chez moi. On a immédiatement sympathisé. Je leur ai filé un coup de main pour le tournage. Comme le groupe de réalisateurs cherchait un chef opérateur, ça s'est fait très naturellement. Après on a fait un premier film ensemble avec François, le fameux Blackaria.

As-tu regardé des films en particulier pour devenir chef opérateur sur des films d'horreur ?
Comme on a les mêmes références avec François, je n'avais pas besoin de regarder des films en particulier.

De qui vient l'idée de te faire passer devant la caméra et donc de jouer le rôle d'actrice ? J'imagine que c'est celle de François Gaillard ?
Oui c'est son idée, c'est même précisément l'idée de François et de Christophe [Robin]. Un jour, Christophe, tout penaud, m'a dit : « Tu ne voudrais pas par hasard tourner dans Blackaria ? » Apparemment il avait prévu trois pages d'argumentation !
Rires de François et de Christophe.
Je lui ai répondu OK. Il avait l'air un peu surpris par ma réponse aussi soudaine.
Christophe : Il n'y avait pas trois pages d'argumentation et puis non je n'étais pas penaud quand même.
François : On en avait discuté toute une soirée. On avait préparé toute l'argumentation. Alors petit a, on lui dit que..., petit b, on lui dit que..., etc. Au final elle a tout simplement dit oui.

Pour Last caress, comme il s'agissait de ton deuxième film en tant qu'actrice après Blackaria, t'es-tu sentie plus à l'aide ?
C'est beaucoup plus dur pour Last caress parce que cet enfoiré de camarade, là [en regardant François Gaillard], il m'a mis une tartine de dialogues, comme c'est même pas permis. Comme je ne suis pas actrice, c'est dur pour moi et c'est stressant. En fait, ça me demande plus de travail que la lumière.
Dans Blackaria, le fait de me dénuder ne me posait pas vraiment de problèmes. Sur Last caress, je devais au départ jouer le rôle d'une muette et finalement, à la toute dernière minute, je me suis retrouvé avec cinq pages de dialogues !
François : Et quels dialogues !
Anna : Je te déteste pour ça, mais bon ! [rires]

Es-tu satisfaite à 100 % du résultat de ton travail en tant que chef opérateur sur Last caress ?
Le principe d'un chef opérateur est qu'il n'est jamais content. Toutes mes erreurs me sautent à la gueule ! Cela dit, je suis satisfaite d'avoir pu expérimenter des choses que je n'avais encore jamais faites. C'est le cas par exemple des intérieurs jour qui n'étaient pas évident à rendre. Au départ les trois quart du film devaient se passer à l'extérieur. Mais comme il a plu pendant toute la durée du tournage, on a décidé de tout faire à l'intérieur. Il fallait quand même que cela soit de l'intérieur jour, ce qui est plus difficile à faire que de l'intérieur nuit.
Il faut dire aussi que l'on a tourné en seulement 20 jours. C'était difficile de faire autrement. Au final, je suis contente du film. Je l'aime beaucoup et notamment l'ambiance qui s'en dégage.

Donc tout le tournage a eu lieu dans une seule maison ?
Oui, et du coup pour moi c'était un sacré challenge pour ça. Il y a eu notamment le fameux lever de soleil dans le plan où je n'en ai pas dormi pendant trois jours tellement ça m'a angoissé. Mais finalement je suis contente de l'avoir fait. Car je sens que j'ai progressé en ayant fait des choses nouvelles.

Quels sont tes projets en tant que chef opérateur ? Une nouvelle collaboration avec François et Christophe ?
Oui, j'espère retravailler avec eux. Je n'ai rien de précis pour l'instant puisque je suis dans d'autres projets plus alimentaires. Je vais bosser sûrement sur des projets en tant qu'assistant caméra.
Je travaille aussi sur un projet qui consiste à monter des studios de cinéma à Montpellier, donc ça me prend du temps.
Actuellement, je suis au chômage et donc disponible pour de nombreux autres films, si quelqu'un souhaite m'embaucher !

Parce que tous les trois vous êtes de Montpellier ?
On vient effectivement tous de Montpellier.
François : En fait, toute l'association School's out [qui co-produit Last caress avec Le chat qui fume] est de Montpellier.
Anna : Si je m'écoutais je tournerais tout le temps. C'est hyper frustrant de ne tourner qu'une à deux fois par an. Je vais essayer de multiplier les projets si je peux.

En tant qu'un chef opérateur, si un grand réalisateur te demande de travailler pour lui, tu souhaiterais qu'il s'agisse de qui ?
Christophe :John Ford ?
Il me semble qu'il risque d'être difficile de tourner des films avec John Ford !
Anna : Alors y a deux réalisateurs pour lesquels j'aimerais tourner. Le premier est Clint Eastwood et le deuxième est Stallone. Pour moi, le dernier Rambo est un chef d'oeuvre ! Je suis ultra fan !
François : Après avoir vu Expendables, je crois que Stallone aurait vraiment besoin d'Anna ! Par ailleurs, ce n'est pas pour flatter notre ego masculin, mais tu remarqueras qu'il s'agit de choix sévèrement burnés !
Christophe : Elle n'ose pas trop citer Woody Allen mais...
Anna : Pour tourner avec Carla Bruni, non merci !

2°) Interview de François Gaillard et de Christophe Robin, co-réalisateurs des films Blackaria et Last caress :

Appréciez-vous le fait de pouvoir présenter vos films au public dans le cadre d'un festival, comme celui d'Hallucinations collectives ?

François : Pour ma part, j'apprécie ces festivals. Cela fait longtemps que je tourne mais mes trois premiers films sont vraiment foireux ! Cela n'est pas de la fausse modestie. Il faut bien démarrer à un moment donné. Et comme j'ai coutume de le dire : le bas de l'échelle est le meilleur endroit pour démarrer ! On ne peut pas aller plus bas. Pour moi, les choses ont vraiment commencé à décoller en travaillant avec Anna, Christophe, et bien sûr David Scherer, le maquilleur. D'une certaine manière, ils constituent ma famille.
C'est à partir du film Blackaria qu'on nous a remarqué et qu'on nous a invité en festival. Cela prouve que c'est une équipe qui gagne et qu'il ne faut pas la changer.
Donc oui j'apprécie les festivals car je rencontre des gens dont j'entendais beaucoup parler. Je retrouve aussi des vieux potes qui ont déjà fait des films comme Jean-Christian Tassy [qui a présenté au festival hallucinations collectives son film Calibre 9, ndlr]. Rien que pour cela c'est cool de voir que des vieux copains ont continué. Finalement c'est un cercle très restreint de réalisateurs qui vont au bout de leur long métrage avec trois francs six sous comme nous.
Pour moi l'idéal est de se serrer les coudes. Ce genre de festival permet de renforcer cette impression.
Surtout qu'à Lyon, il y a un côté plus détendu qu'ailleurs. On a été à l'Absurde séance de Paris. Les gars étaient supers mais l'ambiance était électrique dans la salle ! Le public était complètement déchaîné : ça braillait, ça s'insultait. Ici à Lyon les gens sont polis, ils regardent le film. Enfin je dis ça, ça se trouve on va se prendre des tomates ! [l'interview a eu lieu juste avant la projection de Last caress] Mais jusqu'ici, les gens étaient cool. Pour Blackaria, l'année dernière, ça c'était très bien passé.
Je pense qu'il faut encourager ce genre de manifestation. En plus, les organisateurs ne se prennent pas la tête. Il n'y as pas un côté grande gueule donc c'est très appréciable.

Est-ce que tu as eu l'occasion de faire des festivals en tant que simple spectateur ?
Je me suis rendu au festival du film fantastique de Gérardmer de 1998 à 2001. Je trouvais ça plutôt sympa mais je ne retiendrai qu'un seul moment de Gérardmer où je me suis dis : putain c'est incroyable !
C'était lors de la projection de Versus de Kitamura, qui était un peu bordeline. D'abord j'étais allé en boîte avec toute l'équipe de Kitamura. Ces gens étaient abordables, gentils. Personne à l'époque ne les avait calculés à Gérardmer. L'organisation avait fait venir l'acteur Bill Pullman à la projection de Versus. Il a mis une telle ambiance dans la salle que ça en a été impressionnant. Il a même lancé à un moment une hola. C'était un truc hallucinant. Il a été voir à un moment donné Kitamura et a dit en anglais à Kitamura que son film était génial. Kitamura en tremblait. Voilà pour moi un moment fort de Gérardmer. C'est ce qui te donne vraiment envie de faire des films.
Pour le reste, Gérardmer, c'est du public système.

Et toi, Christophe, que penses-tu d'un festival comme celui d'Hallucinations collectives ?
Moi ce que je trouve appréciable dans ce genre de festival c'est qu'on nous diffuse. La programmation brasse beaucoup de films différents, comme Howard le canard cette année ou La course à la mort de l'an 2000 l'an dernier. Il y a tout à la fois des classiques du cinéma et des nouveautés. Donc c'est très plaisant de pouvoir se présenter par rapport à d'autres films du même genre. Après s'il est vrai qu'il y a un public qui apprécie ce genre-là, on aimerait bien que des gens qui aiment Argento ou d'autres auteurs essaient de se fixer sur des films qui sont encore peu connus. Et je ne parle pas que des nôtres. Ce qui serait bien de déborder de ce genre qui est un peu sclérosé.
François : Alors si je puis me permettre, ça n'est pas qu'une question de genre. Je pense que c'est aussi une question de connexions. Je te donne un exemple tout con. J'avais vu un film dans lequel un de mes vieux potes avait joué. Le film s'appelait Dehors. C'était un film d'auteur sur un mec qui n'arrivait pas à sortir de chez lui. Cela reprenait le principe de L'ange exterminateur de Bunuel. Lorsque j'ai vu ce film, je l'ai trouvé génial. Je n'ai jamais compris que ce film ne soit pas diffusé. Il est super bien écrit et hyper bien réalisé. Et l'acteur principal, c'est pas parce que c'est un de mes amis, mais il « déboitait » vraiment ! Donc je ne crois pas que c'est une question de genre. Mais une question de connexions. Pour moi ce qu'on est en train de créer avec ce festival Hallucinations collectives, c'est presque un courant parallèle de gens qui n'ont pas la thune du CNC, qui ne sont pas copains avec Beigbeder.
Christophe : Il y a aussi à mon sens la question du public. On en parlait tout à l'heure avec Nicolas. Le cinéma d'horreur est vraiment catalogué. On ne peut pas dire qu'un cinéphile va tout de suite se brancher sur un film d'horreur.
François : Les films qu'on fait, et je ne dis pas que les nôtres, ne disposent d'aucune publicité. A part le Net maintenant. Si d'ailleurs on arrive tous aujourd'hui à se retrouver c'est grâce au Net.
Christophe : Et c'est bien ça qui est dommage qu'il n'y ait que le Net.
François : Tu vois, tout cela constitue presque une communication clandestine. Les films de genre « officiels » qu'on se bouffe au cinéma, je trouve qu'ils ressemblent à une caricature de ce qu'on imagine des fans de films de genre. Quand on voit des films comme « le dernier film français super trash, archi gore », je trouve que c'est une façon de réduire le cinéma fantastique à du bourrin. Autant j'ai aimé un film comme Haute tension, autant j'ai vu pleins de trucs après que j'ai trouvé merdique. Alors quand je vois comme hier des films comme Calibre 9 de Jean-Christian Tassy, ou Mirage de Talal Selhami, qui comportent des plans géniaux, je me dis que ce sont des mecs comme ça que Canal Plus devrait produire. Quand Selhami fait Mirage, il va faire un film fantastique dans le désert à Ouarzazate ! Je préfère ça qu'un film comme A l'intérieur dans un deux pièces avec Béatrice Dalle et Alyson Paradis. Et pourtant le film A l'intérieur a coûté 2 millions d'euros et celui de Selhami 100 000...
Donc je ne pense même pas qu'il y ait un mépris du public. Je pense qu'il y a une mésentente sur la communication qui continue à enfermer les fans de films de genre en disant : c'est des débiles, ils aiment que le gore, et voilà. Et on ne produit que ça. Alors que pour moi Talal Selhami vient de réaliser La maison du diable de Robert Wise dans un désert ! C'est dommage que l'on n'axe pas la communication sur des gens comme lui.
Anna : En plus, le public de films de genre est beaucoup plus intelligent que ça. Il a des goûts très différents. Il aime pleins de choses. Si on aime les films de genre, on aime chercher les perles. Ce public existe et il est complètement nié.
François : Si ce public n'existait pas, il n'y aurait pas de festival comme ici. T'aurais personne qui viendrait.

Pouvez- vous me citer vos films et réalisateurs préférés ?
François : Si je ne devais citer que trois films, ça serait Le masque du démon de Mario Bava, Peur sur la ville d'Henri Verneuil et Phantom of the paradise de Brian de Palma.
Christophe : Pour ma part, il est très difficile de classer trois films en premier. Je citerai donc plusieurs réalisateurs. Il y a bien sûr Mario Bava et Dario Argento dans le côté fantastique italien pour ne citer qu'eux. Mais je pourrais aussi citer des réalisateurs qui ont œuvré dans le fantastique, en jouant sur le suggéré. J'aime beaucoup Robert Wise avec La maison du diable (François : c'est un chef d'oeuvre, ce film), Les innocents de Jack Clayton, Kwaïdan de Kobayashi (François : Kwaïdan est un film hyper graphique, un film dont les décors sont repeints sur les murs, et puis l'oeil dans la neige !). On peut aussi citer Le locataire de Polanski que j'aime énormément.
Anna : Pour ma part, j'ai deux genres de prédilections, le giallo et le western.

Comment vous-est venue l'idée de vous lancer dans la réalisation de films ?
François : A la base j'ai commencé par la BD. J'ai beaucoup dessiné quand j'étais jeune. Au fur et à mesure, je me suis rendu qu'en BD j'essayais de reproduire ce que je voyais dans les films. J'avais un pote au lycée qui faisait des courts-métrages qui s'appelait Yann Moreau, auquel Jean-Christian Tassy a d'ailleurs rendu hommage dans Calibre 9. J'ai beaucoup rigolé quand j'ai vu que son personnage principal s'appelait Yann Moreau car on l'a connu ensemble au lycée. Et donc ce Yann Moreau faisait des courts métrages en vidéo. En le voyant faire, je me suis dit que c'était quelque chose de possible. C'était l'époque où je montais de magnéto à magnéto. Après j'ai essayé des courts métrages. Ils étaient bien foireux les courts ! Et puis un jour je me suis dis : allez, je vais passer au long. C'était à l'aube de la DV, à la fin des années 90, début des années 2000. Tout le monde voulait à l'époque tourner son film en caméra DV. Ainsi je suis parti pour le long métrage en caméra portée amateur.
Christophe : Je ne vais pas faire comme Lelouch et dire je vais faire ça papa, plus tard. J'ai vraiment été nourri par le cinéma quand j'étais petit. J'ai toujours été fasciné par cet univers. Depuis le lycée j'ai fait des courts métrages soit pour les diplômes soit pour le plaisir. Mais j'ai toujours été animé par la volonté de raconter des histoires à la base. Étant donné que je suis nul à l'écrit et en dessin, j'ai toujours tenté de raconter ces histoires en les filmant.

Vivez-vous du cinéma ou avez-vous des professions à côté ?
Christophe : On vit pour le cinéma.
François : C'est beau comme il le dit. C'est très Chateaubriand les cheveux au vent. Personnellement je n'en vis pas. Je suis veilleur de nuit depuis quinze ans. Comme je le dis dans le commentaire audio de Blackaria, j'ai besoin de thunes !
J'ai acheté le DVD de Blackaria !
François : Merci, grâce à toi, je vais pouvoir me payer un Quick ! [rires]

Comme vous êtes co-réalisateurs sur Blackaria et Last caress, comment se répartissent vos tâches ?
Christophe : Justement, on s'est bien réparti les tâches. François est l'instigateur des deux projets, Blackaria et Last caress. En gros c'est lui qui s'occupe de tout : technique, cadre, etc. Moi je me suis occupé d'un poste qu'il a voulu « délaisser », c'est-à-dire celui de directeur d'acteurs. J'ai tenté de faire le mieux possible pour m'en sortir. Ne rigolez pas à côté !
Anna : Non c'est pas ça. C'est juste que c'est mignon la façon dont tu l'as dit.
Christophe : Diriger c'est un bien grand mot car ce ne sont pas des acteurs à la base qui sont venus sur le tournage. Ce sont des amis qui ont bien voulu participer au projet. Cela reste quand même des acteurs au final car ils se sont donnés à fond, ils se sont démenés pour arriver jusque-là, pour un résultat plutôt convenable. Je parle en tout cas pour Blackaria. Pour Last caress, je suis encore plus content du jeu des acteurs. On est un cran au dessus.

Mais Christophe, est-ce que tu es à un moment donné derrière la caméra ?
Christophe : Oui on va dire que je suis toujours derrière la caméra. Entre les prises je navigue entre les acteurs pour leur dire soyez plus « dynamiques » ou pour leur relire avec eux des textes car certaines fois ils ont des petits oublis. Je me suis attelé à cela.

Avant d'évoquer Last caress, je souhaiterais revenir sur un élément qui m'a beaucoup intrigué : le film est entre autres dédié à Marilyn Chambers. J'imagine que ça n'est pas pour son rôle dans Rage de Cronenberg ?
François : Ah mais j'adore son rôle dans Rage. Je la trouve géniale dans ce film. D'abord, je suis fan de Marilyn Chambers, c'est vraiment mon actrice de porno préférée. Elle n'était pas particulièrement jolie mais elle avait un charisme, elle dégageait quelque chose. Elle avait même un certain humour dans son jeu. Et elle est morte l'année où on a tourné Blackaria.
Donc c'est c'est une forme d'hommage de lui avoir dédié le film.
François : Oui, absolument. Franchement c'est une actrice de porno qui a réussi à beaucoup me toucher. Mais son rôle dans Rage est vraiment très bien. Il paraît que Cronenberg lui avait dit qu'elle aurait pu continuer à tourner dans des films traditionnels parce qu'elle avait vraiment le niveau. En plus, elle a une gueule cette nana-là. Et puis elle a fait Derrière la porte verte, film porno psychédélique où elle est mimi. Vraiment, elle était trop belle !

Pour Last caress, est-ce que le film est comme Blackaria en DV ?
François : Non. On a tourné avec le canon 5 D. On a utilisé des filtres soft qu'on avait aussi utilisé sur Blackaria. Sachant que maintenant tout le monde tourne en 5D et va avoir dès lors une super définition d'image. Jusqu'au prochain format...
Anna : Mais ce matériel, utilisé tel quel, est nul. On voit tous des acteurs, jusqu'aux poils du nez et aux rides ! Et les boutons !
François : Je suis d'accord avec Anna. C'est exactement ça. L'idée pour nous n'est pas de filmer les moustaches d'une actrice si elle est d'origine portugaise. L'idée est de la rendre jolie et d'utiliser des filtres pour embellir l'image. Ce qui compte pour nous c'est de faire un beau truc. Si tu vois un autre film en 5D sans filtres, tu vas te dire, c'est bizarre, c'est pas du tout la même définition. Mais c'est volontaire parce que ce qui compte pour nous c'est les couleurs, que ça pète et que l'on voit cet aspect rétro, très seventies, que j'adore. Si j'aime Lucio Fulci, c'est aussi parce qu'il utilisait beaucoup ces filtres sur L'emmurée vivante et La guerre des gangs.
Anna : Tu voulais dire dans Voix profondes.
François : Voilà ce que me dit Anna pour me charrier : Je crois que c'est vrai que tu es influencé par Fulci, mais Fulci fin de carrière !
Christophe : Non, c'est Conquest, c'est mieux [film d'heroic-fantasy de Lucio Fulci, culte par son aspect nanaresque].

Sur Blackaria l'influence du giallo est évidente avec un côté fétichiste, des couleurs flashy et notamment une prédominance du rouge. Est-ce qu'on retrouve cette influence dans Last caress ?
François : Énormément, et même beaucoup plus. Last caress est moins expérimental dans la mesure où sur Blackaria on s'est permis des séquences, sachant que c'était de la DV et que je connaissais le matos par cœur. On pouvait se permettre des séquences plus expérimentales, comme par exemple l'idée de l'ascenseur avec Anna et Clara Vallet [l'actrice principale de Blackaria].
Last caress comporte un côté plus AC/DC dans le sens où c'est beaucoup plus carré. Il y a plus de meurtres. Et beaucoup moins d'envolées lyriques. L'idée est de faire un film où on se fait pas chier et qui reste visuellement très abouti.

Après avoir vu des photos de Last caress, il m'a semblé que le film était influencé par le cinéma d'exploitation japonais, et notamment par Le couvent de la bête sacrée de Norifumi Suzuki. Est-ce le cas ?
Il y avait déjà des influences de ce cinéma dans Blackaria, mais beaucoup plus transparentes. Comme par exemple le rôle de la tueuse au manteau rouge qui était inspiré du film Les menottes rouges de Yukio Noda. J'adore le giallo mais l'exploitation japonaise reste toujours un peu présente dans nos films.
Sur Last caress, Le couvent de la bête sacrée est cité lors de la scène de flashback de flagellation. Je la trouve incroyable. Ce qui est rigolo c'est que les japonais avaient repris la religion occidentale pour la réinterpréter dans Le couvent de la bête sacrée. Et je me suis dit que cela serait marrant de réinterpréter la récupération faite par les japonais et de la remettre en Occident.
Par ailleurs, pour le personnage du tueur de Last caress je me suis beaucoup inspiré d'un film d'animation : Golgo 13 d'Osamu Dezaki, dont on aurait pu dédier le film d'ailleurs. Le personnage a vraiment le cool dans l'animé : les lunettes sont peintes, le costard tiré à 4 épingles et il ne sourit jamais.

Sur le DVD de Blackaria, j'avais compris que le tournage de Last caress avait été beaucoup plus éprouvant que pour Blackaria, pourquoi ?
François : Déjà en raison la faible durée du tournage, à savoir 20 jours. Le temps est dans ce cas-là ton pire ennemi. Pour Blackaria, on avait utilisé mon argent. Je n'avais donc de comptes à rendre à personne. On se disait qu'on tournerait quand on tournerait quand on aurait le temps. Sur Last caress, il fallait rendre la 5D au chat qui fume [le co-producteur] quand on avait terminé le film.
Bien sûr on est super pote avec Stéphane [Bouyer, du chat qui fume] et on sait très bien qu'il nous aurait aidés, mais c'était déjà plus compliqué d'aller le voir sur Paris alors que nous on est sur Montpellier.
Et puis y a plus de meurtres dans Last caress, plus de « morceaux de bravoure ». Dans Blackaria on s'est permis de longs blabla dialogués. Au niveau de la mise en scène on s'est un peu moins fait chier.
Alors que dans Last caress chaque meurtre demandait une mise en place vraiment casse-tête.
Anna : Last caress est beaucoup plus ambitieux. Il y a beaucoup plus de décors, beaucoup plus d'ambiances différentes.
François : Et il y a aussi la question des costumes vu qu'il y a des flashbacks.
Anna : Un film comme Last caress demande à la base beaucoup plus de temps pour le tourner que pour Blackaria, alors qu'au final il y a eu moins de jours de tournage.

On retrouve quasiment la même équipe sur Last caress que sur Blackaria. Est-ce à dire qu'il y a un côté familial dans vos réalisations ?
François : Ah oui, total.
Christophe : Il y a une confiance extraordinaire en chacun. Même si on sait que le tournage peut être assez long et assez difficile pour certaines scènes, on sait que les uns peuvent comptent sur les autres. Il y a un côté familial aussi dans le plaisir que chacun donne dans ses tâches.

Est-ce que du coup il est plus évident de tourner avec des acteurs avec qui on a déjà travaillé ? Est-ce qu'il est plus facile de leur faire tourner certaines scènes ?
Christophe : Vu que je connaissais la plupart des acteurs de Blackaria sur Last Caress – la plupart sont des amis, d'autres ont joué pour la première fois un grand rôle, je pense en particulier à Julie Baron – il fallait qu'il y ait une bonne symbiose entre nous, ce qui a été le cas. Du coup ça a marché très bien.

Si vous deviez être particulièrement fier Dans Last caress, ou d'une scène dans Last caress, ça serait laquelle ?
Christophe : Si je puis me permettre, je suis particulièrement fier de la linéarité et de la fluidité du film. Blackaria comporte beaucoup de flashbacks et une narration assez longue, qui a pu rebuter certaines personnes. A l'inverse, Last caress va d'un point A à un point B avec une histoire qui s'échelonne du début à la fin. Le rendu est beaucoup plus fluide et attirera plus le public.
François : Pour moi c'est la lumière. Je pense que c'est ce qui fait la force du film. C'est le truc dont je n'ai vraiment aucun doute. Peut-être aussi parce que ça n'est pas mon travail, c'est toujours plus facile d'apprécier le travail d'un autre. En tout cas, à chaque fois que je vois les images, je me dis : putain c'est beau, putain elle [Anna] a assuré !
Christophe : En deux mots, ce qui pourrait relier le travail de François et d'Anna au niveau des satisfactions, c'est ce qui a été fait sur le lever du jour. C'est vraiment LA scène du film.

Aura-t-on un jour la chance de voir une sortie en salles en Last caress, hors festival ?
François : En fait, je pense que si sur cette projection on a de bons retours, on pourra peut-être compter sur un bouche à oreille qui pourrait nous aider. Moi je suis content de Last caress mais je ne sais pas comment ça se passera demain. C'est comme si toi tu prenais un film de Mario Bava, pas le plus accessible, genre La fille qui en savait trop. Tu vas le montrer à des gens en salles. Même si toi t'aimes beaucoup Bava, forcément y a des gens qui peuvent s'emmerder devant. Tu vois c'est là que ça se joue. On est tellement parti dans notre tripe. Je ne connais personne qui a des références aussi rétro que les nôtres. Maintenant on va confronter ça à la réaction du public. Moi j'espère que cette différence fera notre force. Parce que c'est ce que j'aime.

Lors de la commercialisation en DVD de Last caress, vous avez eu l'excellente idée de mettre la BO en bonus. Est-ce que l'on retrouvera également la musique de Last caress avec le DVD ?
François : Il y aura sans doute le film, la bande son, les culottes des actrices. Eh oui si ça fait vendre !
Anna : Culottes en édition limitée !
François : Il y aura aussi une édition limitée avec le slip de Stéphane Bouyer.

Avez-vous une idée de votre prochain film ?
C'est un petit peu flou à l'heure actuelle. Avec Anna, on avait parlé d'un film d'action pour passer à autre chose tout en utilisant la grammaire giallo. Après le truc c'est que tout va dépendre au niveau des financements des retombées de Last caress. La grande question est : est-ce que tout cela va nous amener à quelque chose ? Au-delà de savoir si notre film est bien ou pourri. Je sais par exemple que Le chat qui fume aimerait bien produire plusieurs films dont le film d'action que l'on a en projet, qui serait une sorte de Golgo 13 au féminin. Mais je n'ai même pas encore écrit un synopsis pour ce film. J'ai été tellement speedé par la fin de Last caress.

Et ça ne vous dirait pas de faire un film dans le style d'Orgasmo d'Umberto Lenzi ?
François : Un nouveau giallo. Pourquoi pas. Pour moi, il y a toujours un film qui sert de matrice, de moteur. Pour Blackaria c'était Le venin de la peur de Lucio Fulci. Pour Last caress c'est plus Torso de Sergio Martino. Moi j'aimerais bien explorer d'autres éventails du giallo.
Stéphane [Bouyer] souhaiterait plus nous voir évoluer vers autre chose. Il a peur que le côté rétro années 70 n'amène pas assez de public.
Anna : Je voudrais faire un film mystique sur les zombies avec François. Pas des zombies mangeurs d'hommes, des zombies vaudous.

François, si on te donne carte blanche au niveau des financements, tu tournes quel film ?
François : Moi ça reste un giallo. Ah il y a aussi un film que je rêverais de faire, mais qui endort tout le monde. Il s'appelle Mother of mercy. C'est un mélange entre le film d'action, le giallo et surtout le film d'horreur gothique dans le style du masque du démon. Voilà, ça serait mon Citizen Kane. Après je pourrai mourir ! [rires]

Merci beaucoup à François, Christophe et Anna de m'avoir consacré une partie de leur temps pour cette passionnante interview !

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09.05.11

06:00:00, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : Last caress

Réalisateurs
: François Gaillard et Christophe Robin

Durée du film
: 1h18

Date de sortie au cinéma : non prévue à l'heure actuelle (film vu en avant-première mondiale à Lyon le 24 avril 2011 dans le cadre du festival Hallucinations collectives)

Avec : Julie Baron, Antony Cinturino, Guillaume Beylard, Ioanna Imbert, Yannis El Hajji, Anna Naigeon, Clara Vallet, Rurik Sallé, Aurélie Godefroy.

Par Nicofeel

Genre très en vogue en Italie dans les années 60 à 80, correspondant à un mélange de d'horreur (des meurtres violents), de policier, d'érotisme, et parfois de fantastique, le giallo a quasiment disparu au cinéma.
Et pourtant, quelques cinéastes entendent bien faire renaître ce genre. C'est le cas des belges Hélène Cattet et Bruno Forzani avec l'expérimental Amer (2009) ou encore avec les français François Gaillard et Christophe Robin avec le poétique Blackaria, hommage au venin de la peur de Lucio Fulci.
Justement, les camarades Gaillard et Robin nous reviennent avec leur nouveau film, sobrement intitulé Last caress. Tourné avec un budget relativement restreint, Last caress est comme Blackaria, un giallo.
Si Blackaria jouait sur une ambiance quasi psychédélique et sur une narration éclatée, la donne est très différente dans Last caress. Le scénario est en effet beaucoup plus linéaire, même si des flashbacks sont toujours présents.
Par son titre, le look de son tueur (un homme avec de grosses lunettes de soleil) et l'arme principale de celui-ci (un gant serti de pointes) font clairement penser à un giallo, le film La mort caresse à minuit de Luciano Ercoli.

Mais la principale référence du film reste le jubilatoire Torso de Sergio Martino avec ce tueur qui recherche un mystérieux tableau dans un manoir et en vient du coup à éliminer un à un les différents personnages qui se dressent sur sa route. Comme dans Torso on assiste dans Last caress à des meurtres brutaux (le maquillage et les SFX de David Scherer sont plus que probants) qui se révèlent très graphiques. L'une des forces de ce néo-giallo réside dans sa capacité à mettre en scène des meurtres aussi violents que soudains. Le tueur qui paraît gigantesque à l'écran (beau travail sur le cadrage) n'est pas là pour plaisanter et il massacre méthodiquement, avec un sadisme certain, ses victimes.
Le film ne joue pourtant pas uniquement sur un côté sérieux. En effet, les deux réalisateurs ont eu l'idée d'alterner, avec une réussite globalement au rendez-vous, des scènes tendues avec des scènes plus décontractées. A l'instar de Torso, le film Last caress fait montre d'un second degré évident avec des victimes qui paraissent pour le moins assez décérébrées et un tueur qui est souvent inquiétant, mais parfois amusant par ses réactions (la fois où il se prend pour un sommelier, l'idée de jouer avec ses futures victimes comme le coup de la clé).
Et puis les dialogues suivent cette même impression avec une volonté certaine d'amuser le spectateur. A titre non exhaustif citons les deux phrases suivantes prononcées par nos personnages qui s'apprêtent à subir les sévices de notre tueur, et qui ont le mérite de divertir le spectateur : « Calme-toi Greg, tu te conduis comme un capitaliste individualiste » ; « T'es chiante, t'es conne et t'es agressive ».
Les acteurs se sont manifestement faits bien plaisir à jouer le rôle de personnages superficiels, qui ne sentent jamais que le danger est omniprésent. Ils ne pensent qu'à s'amuser, à boire ou à baiser (voir cette belle séquence où une relation sexuelle a lieu en même temps qu'un meurtre, mélange d'Eros et de Thanatos).
Si le côté slasher est bien réel (Torso, le film qui a constitué la trame narrative de Last caress, est considéré comme l'un des ancêtres du slasher), il n'en demeure pas moins qu'une partie du film se démarque complètement de cette tendance par le biais d'autres sources d'inspiration. L'autre source majeure d'inspiration du film est le chef d’œuvre de poésie morbide que constitue L'au-delà de Lucio Fulci, qui fait l'objet ici d'une citation récurrente (la femme aux yeux blancs) et surtout d'une réinterprétation intéressante de sa fin lors d'une scène onirique qui vaut le détour.
Les réalisateurs François Gaillard et Christophe Robin rendent également hommage dans Last caress à d'autres films du cinéma horrifique. On pense particulièrement au couvent de la bête sacrée de Norifumi Suzuki avec ces séquences de flagellation par des nonnes qui sont bien réussies sur le plan visuel. On peut aussi penser à La terreur des morts-vivants de Norman J. Warren avec cette femme brûlée vive sur un bûcher et aussi par ce film qui oscille entre sorcellerie et giallo.
Rempli de citations de films d'horreur d'antan, Last caress ne se contente pas de rendre hommage à ces films. Ce long métrage dispose de son identité propre qui lui permet de justifier sa raison d'être.
Il faut dire qu'outre des meurtres bien graphiques, le film peut se targuer d'une belle photographie signée Anna Naigeon (qui interprète également une des victimes du tueur dans le film). L'éclairage du film est soigné et donne au film son aspect volontairement rétro. Plusieurs couleurs sont mises en avant, notamment le rouge, couleur du sang et le bleu qui participe quant à lui à l'aspect onirique du film.
La musique du film, signée par le groupe Double Dragon, apporte également sa pierre à l'édifice. En effet, le film se marie bien avec cette musique électro qui est tantôt inquiétante, avec des morceaux qui rappellent les musiques de John Carpenter, tantôt atmosphérique.
Au final, si Last caress constitue un film très référentiel pour les amateurs de films d'horreur, il n'en demeure pas moins un long métrage de qualité. Son budget relativement modeste ne s'en ressent nullement à l'écran. Les films d'horreur de qualité n'étant pas légion par les temps qui courent, voilà un film à regarder pour toute personne fan de bon cinéma.

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06.05.11

04:45:00, Catégories: Nouveautés  

par Nicore

Zombie lover

Malgré son titre expressif, ce Zombie lover ne sera pas qu'un film de morts-vivants classiques et sur un sujet proche du sordide Dead girl, le métrage va plutôt s'attacher à ses protagonistes pour créer un univers humain et réaliste au sein duquel l'élément horrifique au sein duquel l'élément horrifique s'exprimera avec justesse et de manière crispante pour une œuvre qui arrive chez nous directement en combo Blu-ray/DVD/ copie digitale grâce à l'éditeur Emylia.

Zombie lover

Le script va suivre Patrick et Carol, deux frères jumeaux venant juste de terminer leurs études universitaires. Ils vivent dans une petite ville américaine de banlieue avec leur jeune frère Beetle. Un jour, la belle Wendy, une amie de l’université, disparaît. Un moment difficile pour les deux jumeaux, secrètement amoureux de la jeune femme. En se baladant dans les bois, les frères vont tomber sur le cadavre de Wendy. Un cadavre, mais vivant… Les jumeaux vont alors ramener la jeune femme chez eux et essayer d’en prendre soin en secret.

Zombie lover

Le métrage va réussir de manière parfaitement dosée son mélange d'études de mœurs parfois légère
mais jamais potache pour au contraire devenir émouvant et même parfois grave dans ses situations douloureuses, mais sans pour autant délaisser l'aspect horrifique bien présent avec cette demoiselle zombifiée dont les actes et postures feront froid dans le dos sans pour autant dériver vers une volonté sanglante qui ne pointera que rarement le bout de on nez dans ce métrage original, étonnant mais aussi poignant tout en demeurant régulièrement souriant.

Zombie lover

Le combo Blu-ray/DVD/Copie digitale édité par Emylia avancera une image en 1,78 (16/9 anamorphique) et un bande-son en français en DD5,,1 et en anglas sous—titré en DTS pour le DVD, tandis que le Blu-ray disposera d'une image également en 1,78 (AVC 1080p/24) et d'une bande-son en français et en anglais en DTS-HD. Au niveau des bonus, on retrouvera, outre un commentaire audio, quelques partitions musicales supprimées et commentées ainsi que des scènes supprimées également commentées.

Zombie lover

Donc, c'est depuis le 3 mai qu'il nous est possible grâce à Emylia de découvrir cette œuvre atypique,drôle mais aussi émouvante et parcourue d'instants douloureux au travers de son sujet horrifique remarquablement exploité pour un mélange des genres réussi !

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05.05.11

05:13:00, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : La nostra vita

Réalisateur
: Daniele Luchetti

Durée du film
: 1h33

Date de sortie au cinéma
: 6 avril 2011

Avec : Elio Germani (Claudio), Raoul Bova (Piero), Isabella Ragonese (Elena), Luca Zingaretti (Ari), Stefania Montorsi (Loredana), etc.

Par Nicofeel

Après le très intéressant Mon frère est fils unique (2007), beau drame mâtiné d'histoire, Daniele Luchetti fait son retour au cinéma avec son nouveau film, La nostra vita, auréolé en 2010 à Cannes du prix d'interprétation masculine pour son acteur principal, Elio Germani.
Les premières minutes du film rappellent La chambre du fils n'est pas étonnant dans le sens où Luchetti est un quasi disciple de Moretti.
Ainsi, au bonheur familial de deux parents et de leurs deux enfants, succède le drame du décès de la jeune mère suite à l'accouchement de son troisième enfant, qui s'est mal déroulé.
Daniele Luchetti évoque parfaitement la détresse de cet homme, Claudio (Elio Germani) lors des obsèques de sa femme. Sur la très belle chanson Anima fragile de Vasco Rossi qu'il avait naguère chanté paisiblement en complicité avec sa femme (c'était leur chanson), il crie cette fois sa douleur. La scène est forte et est certainement l'une des meilleures du film.
Il est bien difficile de se remettre du décès d'un être proche. La chose est d'autant plus vraie pour Claudio (Elio Germani) qui se retrouve seul avec ses trois enfants et dans une situation économique pour le moins tendue.

Claudio, qui travaille dans le bâtiment, fait alors le choix de rentrer dans un système de magouilles pour augmenter ses revenus. Une bonne partie du film va alors consister pour Daniele Luchetti à présenter cette descente aux enfers d'un Claudio devenu aussi peu scrupuleux que son désespoir sur le plan moral est grand. Claudio ne déclare par le décès d'un travailleur immigré sur un chantier pour pouvoir mieux obtenir des faveurs de son patron véreux ; il demande de l'argent à un de ses copains qui fait du business dans le milieu de la drogue et de la prostitution. Et puis, il confie son nouveau-né à une prostituée, en l’occurrence l'épouse du dealer qui lui prête de l'argent. En outre, lorsqu'il a pour lui un chantier, Claudio n'hésite pas à faire travailler au noir de nombreux travailleurs immigrés.
Dans un style proche du documentaire, Daniele Luchetti livre un portrait saisissant du milieu du BTP où les magouilles semblent légion et où le nombre de travailleurs sans papiers est conséquent.
En parallèle, le réalisateur évoque le racisme d'Italiens qui ne supportent pas le fait de voir débarquer dans leur pays des Roumains, des Marocains, ou tout simplement des Africains. Les patrons peu scrupuleux que l'on voit dans le film sont pour autant bien contents d'embaucher de la main-d’œuvre à bon marché.
Évidemment, comme on peut s'en douter, le fait de rentrer dans l'illégalité finit bien souvent par se retourner contre soi. Ainsi, le cinéaste étaye bien l'engrenage infernal dans lequel est rentré Claudio. Entre les difficultés à boucler dans les temps le chantier dont il s'occupe, le manque de moyens financiers pour payer ses ouvriers qui travaillent de nombreuses heures, Claudio est complètement dépassé par les événements. Il est rentré dans un jeu dangereux dont les enjeux le dépassent complètement. A un drame personnel (la perte de l'être aimé), succède un drame économique pour un Claudio qui ne sait plus quoi faire.
Le cinéaste Daniele Luchetti fait un constat pour le moins amer d'une Italie actuelle où les petites gens ont du mal à s'en sortir et où les valeurs morales semblent en perte de vitesse.
La seule solution semble être donc de s'en référer à la famille, valeur ancestrale et toujours fondamentale. Les belles scènes de fin avec la famille, qui évoquent la rédemption d'un Claudio qui comprend les fautes qu'il a commises, font écho à l'émotion véhiculée au début du film.
Le problème est que dans La nostra vita, l'émotion n'est pas toujours présente. Le milieu du BTP qui est décrit est intéressant pour se faire une idée de la société actuelle, mais pour autant le spectateur ne peut se retrouver dans ces moments en situation d'empathie avec le personnage principal.
Daniele Luchetti n'a pas réussi à faire l'alchimie entre drame personnel, chronique sociale et description économique de son pays. Du coup, il s'est pris un peu les pieds dans le tapis. On regrettera particulièrement que l'émotion soit branchée sur courant alternatif et se limite à quelques (très) belles scènes intimes.
C'est d'autant plus dommageable que les acteurs, en particulier un excellent Elio Germani qui a mérité son prix d'interprétation masculine à Cannes, sont tous très bons et ne sont pas à mettre en cause.
Au final, La nostra vita est un film qui est certes largement regardable mais qui s'avère assez décevant d'un Daniele Luchetti qui nous avait habitué à bien mieux, notamment lors de son précédent long métrage (Mon frère est fils unique). Gageons que son prochain film soit de meilleure qualité.

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04.05.11

05:45:00, Catégories: Nouveautés, Test / Critique  

par Nicore

The coffin

Film thaïlandais profitant d'un rituel local assez spécial pour nous livrer une histoire de fantômes assez classiques mais heureusement régulièrement stressante et sachant parfaitement gérer sa tension, ce "The coffin" arrivera donc à se démarquer en partie du commun de la production orientale sur le sujet tout en injectant une petite dose de sentiments venant donner une ampleur supplémentaire à l'ensemble, notamment lors du final.
Le script va laisser deux individus participer au rituel du cercueil consistant à passer un certain temps, pour des personnes dont les jours sont comptés pour eux-mêmes ou l'un de leurs proches, dans un cercueil afin de chasser le mauvais karma. Mais après cette cérémonie de groupe, ces deux individus vont connaître le malheur et avoir des visions fantomatiques les conduisant à chercher à percer un mystère macabre.

The coffinL'introduction du métrage se voudra et réussira à être impressionnante avec les préparatifs de cette cérémonie du cercueil au cours de laquelle de nombreuses personnes vont "jouer" aux morts pour chasser leurs maux, et c'est ainsi que nous allons faire la connaissance de Chris et de Sue qui, pour des raisons bien différentes, vont décider de se joindre à la masse des gens se couchant dans des cercueils. Mais déjà, les choses vont mal tourner, nous valant au passage une bonne séquence de "flippe", claustrophobe en diable et parvenant à mettre mal à l'aise le spectateur, sans pour autant tomber dans les clichés du genre.

The coffinMais la suite nous réservera encore bien des surprises désagréables pour les deux protagonistes principaux, arrivant à étonner et à dérouter parfois dans un onirisme splendide, tandis que le réalisateur se jouera des situations pour agencer des séquences propices à l'attente d'apparitions spectrales qui se marieront avec de fausses alertes bien suffocantes et semant le trouble dans l'esprit du spectateur pour mieux ensuite avancer ces spectres régulièrement sanguinolents (mais sans jamais réellement verser dans le gore) qui auront le don de surgir et d'effrayer les protagonistes vivants et d'angoisser le spectateur, et ce même si l'arrivée de cet "expert" en manifestations surnaturelles suite à la cérémonie du cercueil pourra sembler quelque peu incongrue, tout en permettant à l'intrigue de rebondir vers une seconde partie plus explicative.

The coffinEn effet, le métrage, tout en continuant à jouer sporadiquement avec nos nerfs, va alors trouver une raison et un motif valable à ces apparitions fantomatiques venant hanter les deux personnages principaux, sans pour aussi déboussoler le spectateur occidental en prenant soin de ne pas sombrer dans le folklore local pour rester bien plus généraliste et donc bien plus accessible à tous. Cette seconde partie du métrage pourra quand même apparaître commeplus classique avec ce spécialiste osant même montrer des images de cas antérieurs de personnes ayant connus des déboires morbides après avoir participé à la cérémonie du cercueil, mais cela ne viendra pas entâcher la bonne marche de l'ensemble puisque le réalisateur aura l'intelligence de ne pas s'attarder sur cet aspect de l'intrigue pour rester concentré" sur ces deux histoires qui vont finir par se rejoindre dans un aspect macabre savamment étudié et débouchant sur un final non pas sanglant ou effrayant mais jouant plutôt sur les sentiments de manière aussi inattendue qu'efficace.

The coffinLes personnages principaux seront travaillés juste ce qu'il faut pour que les péripéties se suivent avec un intérêt réel, arrivant même à nous impliquer dans la quête mystérieuse qui va animer le métrage sur sa longueur, révélant peu à peu et de façon morbide la teneur des tourments rongeant les protagonistes alors d'une séquence particulièrement réussie et faisant même oublier la certaine banalité de l'élément déclencheur du malheur des personnages, puisque cela va se fondre de manière cohérente et fluide dans la suite des événements.

The coffinL'interprétation est ici performante, crédible avec des acteurs impliqués dans leurs rôles et arrivant sans mal à faire passer leurs émotions palpables et communicatives, tandis que la mise en scène du réalisateur est adaptée, jouant avec perspicacité sur les fausses alertes et les véritables apparitions spectrales qui elle seront presque toujours réussies et parfois même marquantes (les miroirs par exemple) Les effets spéciaux sont probants pour quelques maquillages cadavériques réalistes et de brefs plans avançant un côté sanglant qui n'osera pas dire son nom, puisque le métrage ne cherchera pas du tout à verser dans un quelconque aspects gore pour plutôt préférter cette ambiance macabre bien plus édifiante et lancinante.

Donc, ce "The coffin" constituera une bonne surprise au sein de la production orientale bien trop souvent calibrée en trouvant un prétexte original, spectaculaire pour animer ces fantômes dont les apparitions auront souvent de quoi surprendre et intimider son spectateur pris dans cette intrigue aux diverses facettes !

Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur les éditions en DVD ou en combo Blu-ray/DVD proposées par Emylia, une présentation est disponible ici !

Permalink 879 mots par nicore, 643 vues • Réagir

03.05.11

04:45:00, Catégories: Nouveautés  

par Nicore

The coffin
The coffin

Film de fantômes, en coproduction entre la Thaïlande, la Corée du Sud, Singapour et les U.S.A., partant d'un prétexte original pour assurer un spectacle angoissant mais non dénudé de sentiments et d'originalité, ce The coffin va bien entendu directement arriver chez nous en DVD et en combo blu-ray/DVD/ copie digitale, grâce à l'éditeur Emylia qui une fois encore vient de nous dénicher une petite perle du cinéma oriental.

The coffin

Le film s’inspire d’un rituel thaï, qui consiste à s’endormir dans un cercueil pour un nombre déterminé de jours afin de se débarrasser de la malchance et d’éloigner le mal. Chris, dont la fiancée se meure, et Sue, atteinte d’un cancer en phase terminale, décident d’accomplir ce rituel pour changer leur vies. Chris et Sue sont rapidement confrontés à une série d’incidents paranormaux durant le rituel mais décident de poursuivre l’expérience. Bientôt, ces évènements terrifiants viennent les hanter, et avec l’aide d’un professeur spécialisé dans les rituels et événements paranormaux, ils partent exorciser les fantômes qui les hantent, pour tenter de conjurer la mort.

The coffin

Après son introduction d'une belle ampleur et surfant sur une ambiance étrange avec ce rituel de masse quand même macabre, l'intrigue va se jouer de son spectateur pour peu à peu placer des apparitions spectrales le plus souvent surprenantes et stressantes, tout en avançant de fausses alertes ou des situations propices à faire monter la tension pour mieux nous "cueillir" après avec ces fantômes revenant hanter les personnages ayant participé à ce rituel, tandis que peu à peu les éléments de réponses aux motifs de la colère de ces spectres va se mettre en place, tout en laissant une part pour des sentiments bien humains liés à la perte d'êtres chers qui parviendront à émouvoir, notamment lors du final qui choisira astucieusement de ne pas verser dans la "grand-guignol" pour au contraire rester sobre et émouvant.

The coffin

Le DVD édité par Emylia avancera une image en 1.78 (16/9 anamorphique), pour une bande-son disponible en français en DD5.1 et enn DTS, ainsi qu'en thaïlandais en DD5.1. Au niveau des bonus, on pourra suivre un making-of revenant sur la préparation de plusieurs séquences fortes du film ainsi que des interviews hélas en anglais non sous-titrées en français. L'édition combo proposera, outre le DVD avec les mêmes caractéristiques que l'édition seule, une copie digitale en fichier mp4 en h264, tandis que le Blu-ray disposera d'une image en 1.78 (AVC1080) pour une bande-son en français et en thaïlandais en DTS-HD5.1, pour reprendre les mêmes bonus.

The coffin

Donc, ce sera à partir du 3 mai que nous allons pouvoir découvrir cette nouvelle histoire de fantômes orientale, originale et bien stressante tout en sachant se montrer humaine et émouvante !

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02.05.11

05:45:00, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : Rabbit hole

Réalisateur : John Cameron Mitchell

Durée du film
: 1h32

Date de sortie au cinéma : 13 avril 2011

Avec : Nicole Kidman (Becca), Aaron Eckhart (Howie), Dianne Wiest (Nat), Miles Teller (Jason), Tammy Blanchard (Izzy), Giancarlo Esposito (Auggie), etc.

Par Nicofeel


Après le sulfureux Shortbus, John Cameron Mitchell revient avec son nouveau film, Rabbit hole, sur les écrans de cinéma. Le sujet n'a rien à voir avec son film précédent et le traitement est aussi bien différent.
Dans Rabbit hole, c'est le mot sobriété qui vient immédiatement à l'esprit après avoir vu le film. Il faut dire que vu les thématiques du film, on en attendait pas moins. Basé sur une pièce de David Lindsay-Abaire, qui a d'ailleurs scénarisé le film, Rabbit hole raconte l'histoire d'un couple, Howie (Aaron Eckhart) et Becca (Nicole Kidman), qui a perdu son enfant il y a huit mois. Le couple a été et continue d'être traumatisé par cette disparition.
Howie continue à penser à son enfant en regardant des vidéos de ce dernier ou en laissant à la plage arrière de sa voiture le siège bébé. Pour tenter de faire le deuil, il se rend, d'abord avec son épouse, puis seul, à des groupes qui permettent de rencontrer des gens qui ont subi eux aussi la perte d'un enfant.

De son côté, Becca se sent comme paralysée par la perte de son enfant. Elle ne veut pas être consolée par sa famille (mère, soeur) et attend que cela soit son couple d'amis qui fasse le premier pas pour la contacter à nouveau. Elle reste chez elle, l'âme en peine, à repenser à l'être qu'elle a perdu. Elle décide alors de faire sa thérapie en rencontrant le jeune homme responsable de la mort de son enfant. Une relation apaisée a lieu entre Becca et ce hgarçon, Jason.
Avec une très grande finesse, le réalisateur John Cameron Mitchell montre bien la difficulté qu'un couple peut rencontrer pour faire face à un événement aussi tragique. Certains s'en relèvent, d'autres sont détruits à jamais, à l'image de ce couple dans le couple qui se rend depuis huit ans dans un groupe de soutien avant de se séparer par la suite.
Le couple formé de Howie et de Becca est loin d'être dans sa meilleure phase. Pourtant, on va bien que l'un et l'autre s'aiment. Howie a bien quelques crises de colère et est parfois proche de succomber à la tentation de tromper sa femme. Mais fondamentalement il aimerait tourner la page de ce drame et commencer une nouvelle vie avec sa femme, en ayant pourquoi pas avec elle un enfant. De son côté, Becca entend aussi débuter une nouvelle vie en jetant les affaires de son enfant et en mettant en vente cette maison remplie de souvenirs.
De manière assez différente au chef d’œuvre La chambre du fils, qui constitue sans nul doute le film référence sur la difficulté de faire le deuil et sur les conséquences induites par la perte d'un être cher, Rabbit hole fait son trou de son côté en insistant sur le drame au quotidien qui dévaste tout et change les gens.
Sans être pour autant larmoyant, John Cameron Mitchell met le spectateur dans un sentiment d'empathie avec les personnages principaux du film et amène à se poser des questions essentielles dans le cas d'un tel drame : Comment fait-on pour revivre normalement ? Peut-on un jour vivre correctement avec ce drame sur la conscience ? Est-il possible d'oublier et est-ce la solution ? Beaucoup de questions sont soulevées dans ce film avec un sujet qui n'est certes pas original mais bénéficie d'un traitement des plus subtils.
Et puis il est clair que si le film émeut profondément, c'est bien en raison de son interprétation. Nicole Kidman, qui est en outre productrice du film, livre une très belle composition d'actrice. Le rapport qu'elle entretient avec la personne responsable du décès de son enfant, fait vraiment l'objet de beaucoup de nuances. Quant à Aaron Eckhart, il est lui aussi parfait dans son rôle. Il est vraiment bon dans le rôle de cet homme qui a du mal à accepter de faire le deuil de son enfant mais qui pourtant cherche à changer d'horizon (le fait qu'il fume du shit, qu'il veuille refaire l'amour à sa femme, qu'il veuille rencontrer du monde, etc.).
Au final, Rabbit hole constitue une excellente surprise. En caractérisant parfaitement ce que peut ressentir un couple suite à la perte d'un être aimé – à tel point que l'on peut se demander si le réalisateur n'a pas vécu un tel drame dans sa famille – John Cameron Mitchell livre un film intelligent, subtil, qui touche le spectateur dans son fors intérieur. Voilà donc un film à ne pas rater, surtout si l'on apprécie les films poignants et émotionnellement forts.

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