par Nicore

Première incursion dans l'horreur du réalisateur Bob Clark (qui nous gratifiera plus tard d'un excellent "Le mort-vivant" et du classique "Black Christmas" avant de se tourner vers la comédie), ce Children shouldn't play with dead things sera un petit bijou d'humour noir déroulé dans une atmosphère macabre et sinistre remarquable avant de verser dans l'horreur pure pour un dernier acte flamboyant avec ses zombies très graphiques.
Le script va laisser une troupe de théâtre se rendre sur une île déserte réputée pour son cimetière afin d'y répéter une pièce et plus particulièrement une scène visant à la résurrection des morts sans se douter que leurs incantations vont réellement fonctionner et réveiller les cadavres du cimetière.
Dans sa séquence introductive, le métrage va tout de suite installer cette ambiance funèbre en s'installant directement dans ce cimetière où le gardien va se faire agresser par une sorte de mort-vivant vampirique bientôt rejoint par un acolyte tout aussi répugnant avec qui il va entreprendre de violer une sépulture et creusant pour déterrer un cadavre afin que ce personnage puisse prendre sa place dans le cercueil, laissant son compagnon emmener avec lui le cadavre retiré du cercueil. Cette entame du métrage sera bien réussie, surprenante et revendiquera cette atmosphère macabre qui va par la suite poser sa marque sur l'ensemble du métrage.
L'intrigue va ensuite nous présenter ses personnages principaux, une troupe de théâtre dirigée par Alan, un maître de cérémonie aussi spécial que souriant dans ses reparties prônant l'air supérieur qu'il se donne du fait de sa place de metteur en scène. Ces six personnages vont donc se rendre sur une île réputée pour son cimetière où Alan compte bien répéter une scène importante de sa pièce impliquant la résurrection des morts. Ils vont ainsi commencer par passer par le cimetière avant d'aller s'installer dans la maison du gardien du cimetière bien entendu vite de tout habitant. Cette mise ne place de l'intrigue jouera ouvertement avec un aspect humoristique engendré par la grandiloquence surfaite d'Alan (dans la présentation des accessoires par exemple), tout en avançant les différentes personnalités de ses compagnons, telle cette demoiselle intuitive qui ne sera guère rassurée par l'endroit tout en prévoyant qu'il va "se passer quelque chose ce soir".
Ensuite, tout ce petit monde va se rendre au cimetière pour déterrer un cadavre dans le but d'aider à l'authenticité de la scène répétée, ce qui amorcera une surprise de taille pour le spectateur et les protagonistes sous l'impulsion d'un Alan ayant voulu faire une blague macabre à ses compagnons, ce qu'il réussira avec entrain et efficacité pour bluffer son monde avant de se lancer dans cette mise en scène satanique destinée à réveiller les morts, pour une séquence quand même tendue et facilement prenante, surtout qu'un vrai cadavre ornera une tombe et donnera l'occasion à bob Clark de jouer avec nos nerfs, puisque le spectateur s'attendra à tout instant à un réveil brusque de cette dépouille flétrie.
Mais bien évidemment, rien ne se passera pour l'instant, Alan se faisant au passage ridiculiser par une de ses employées qui se montrera bien plus expressive et grandiloquente pour jouer le rôle du prêtre satanique, et la troupe rentrera à la maison du gardien pour que Alan puisse s'amuser avec ce cadavre qu'ils auront emmené avec eux. Cette partie du métrage se montrera gentiment irrévérencieuse avec cet Alan qui se gaussera littéralement du défunt, allant jusqu'à un simulacre de mariage, mais le réalisateur Bob Clark n'ira jamais trop loin et laissera la nécrophilie de côté pour préférer des blagues plus faciles et superficielles qui feront mouche sans pour autant risquer de choquer outre mesure.
Pendant ce temps-là, les choses vont commencer à bouger du côté du cimetière et les cadavres ne vont pas tarder à sortir de leurs tombes pour une séquence graphique et visuellement splendide avec notamment cette vue d'ensemble sur le cimetière secoué par les morts-vivants en mouvement qui sera suivie par des plans plus sérés sur différents zombies émergeants de terre de manière impactante et bien dans la tradition, pour d'abord laisser les cadavres ambulants s'attaquer aux deux personnages restés pour reboucher la tombe profanée avant d'aller s'en prendre au reste de la troupe dans la maison du gardien pour un dernier acte qui revisitera La nuit des morts-vivants pour un bref huit-clos stressant se clôturant de manière attendue avec le réveil du premier corps déterré.
L'humour véhiculé par les protagonistes sera certes souvent facile et quelque peu puéril, surtout venant de la part d'Alan, présentant de fait un ado attardé justifiant ainsi le titre du métrage, mais pour autant ces passages demeureront largement souriants et s'acclimateront parfaitement avec l'ambiance macabre qui entourera l'action avec ce cimetière sinistre au possible et ces situations presque grotesques avec l'usage fait du cadavre déterré comme s'il s'agissait d'un mannequin. Mais Bob Clark saura se montrer malin et roublard pour toujours susciter l'attention du spectateur et le maintenir en alerte avec cette résurrection possible de ce corps inanimé qu'il scrutera régulièrement dans l'attente du moindre mouvement, créant ainsi naturellement une tension palpable et constante sans pour autant se montrer trop insistant.
Mais bien entendu, le métrage atteindra son paroxysme lors de son final étonnant, graphique sans pour autant être véritablement sanglant en misant surtout sur des maquillages exemplaires pour ces morts-vivants qui eux envahiront l'écran de façon probante tout en constituant une menace larvée surtout que l'intrigue réussira par un tour de magie à laisser un temps un espoir naître chez les survivants, pour mieux venir ensuite les cueillir à froid et enchaîner sur ce final sans rémission qui au passage se permettra d'enfoncer le clou en démontrant une dernière fois l'individualisme d'Alan, sans que cela ne lui porte chance pour autant puisque le cadavre dont il se sera moqué pendant une partie du métrage viendra lui-même se faire justice.
L'interprétation est cohérente, avec de jeunes acteurs assez impliqués, dont un Alan Ormsby surjouant avec justesse dans la rôle d'Alan, tandis que la mise en scène de Bob Clark est adaptée pour célébrer l'ambiance funèbre empreignant le métrage tout en nous gratifiant de plans formellement très réussis. Les effets spéciaux sont eux aussi largement probants pour avancer ces quelques plans sanglants furtifs et surtout pour visualiser les morts-vivants dont les maquillages graphiques feront à chaque fois mouche pour mettre en avant une putréfaction avancée de ces zombies pour autant assez alertes et féroces lorsqu'il s'agira de s'attaquer aux humains afin de les dévorer.
Donc, ce Children shouldn't play with dead things restera une petite perle d'humour noir horrifique hélas quelque peu oubliée qu'il conviendra de réévaluer à sa juste valeur avec sa volonté graphique assumée, son humour noir souriant et son ambiance macabre omniprésente et parfaitement agencée !
Le DVD de zone 0 édité par VCI Entertainment avancera une image marquée par des défauts d'origine non traités, tandis que la bande-son sera efficace avec une partition musicale prenante et parfaitement adaptée, le métrage étant ici proposé dans sa version originale anglaise sans aucun sous-titre.
Au niveau des bonus, on pourra uniquement visionner l'excellente bande-annonce d'époque du film, parcourir une galerie photos hélas assez courte et s'informer avec quelques biographies de membres de l'équipe du film.
Pour ceux qui voudraient découvrir cette petite perle aussi drôle qu'horrifique, le DVD de zone 0 est disponible ici ou là !
Titre du film : La comtesse
Réalisatrice : Julie Delpy
Durée du film : 1h34
Date de sortie du film : 21 avril 2010
Avec : Julie Delpy (Elizabeth Bathory), Daniel Brühl (Istvan Thurzo), Anamaria Marinca (Anna Darvulia),
Par Nicofeel

Après sa comédie romantique Two days in Paris, l'actrice Julie Delpy revient derrière la caméra. Mais avec une thématique où on ne l'attendait pas vraiment. En effet, elle a décidé de raconter à sa façon l'histoire de la légendaire comtesse Elizabeth Bathory (1560-1614), qui a été accusée en son temps d'avoir tuée près de 600 vierges et de se baigner dans leur sang pour rajeunir.
Pourtant, en regardant de près, Julie Delpy ne s'est pas contentée de reprendre le mythe de la comtesse Bathory. La cinéaste française s'est clairement appropriée cette histoire pour en faire un film personnel. On reconnaît clairement la patte de Julie Delpy ou à tout le moins celle d'une cinéaste. Car l'horreur, si elle est montrée, n'est pas ce qui intéresse sur le fond Julie Delpy. Ce qui demeure prédominant dans le film est le côté romanesque. Là où le film est remarquable c'est sa capacité à éviter une dichotomie qui aurait pu paraître : on aurait d'un côté une femme sanguinaire et de l'autre des gens qui sont bien sous tous les angles. Au contraire, Julie Delpy nuance le propos et nous offre une vision alternative de la comtesse Bathory. Si l'on a droit à quelques scènes horrifiques, c'est avant tout pour montrer le désarroi et la folie qui ont gagné une femme déçue sur le plan amoureux. Le film insiste beaucoup sur un grand amour de cette femme, qui n'a pas pu se concrétiser, en raison des pesanteurs sociales. Du coup, Bathory, qui avait fréquenté un homme âgé de presque 20 ans de moins qu'elle, a pensé qu'elle avait été rejetée en raison de sa vieillesse et qu'elle avait donc besoin de rajeunir ou à tout le moins de paraître moins âgée. D'où la théorie de se baigner dans le sang de vierges, ce qui constituerait une véritable cure de jouvence.

Le rôle principal, celui d'Elizabeth Bathory, est tenu par Julie Delpy elle-même. En plus d'être réalisatrice du film, elle réussit également le tour de force d'être de faire la bande son du film.
Aux côtés de Julie Delpy, on retrouve l'acteur Daniel Brühl (vu dans Two days in Paris) dans le rôle de Istvan Thurzo, l'amour éternel de la comtesse. Et puis la fidèle servante de la comtesse, la très intrigante Anna Darvulia, accusée de sorcellerie, est jouée par Anamaria Marinca (vue notamment dans 4 mois 3 semaines 2 jours). Tous les acteurs sont très bons. Ils n'en font jamais trop et rentrent parfaitement dans leurs rôles, avec beaucoup de sérieux. Ce triangle amoureux impossible fonctionne parfaitement avec une comtesse qui ne peut pas vivre avec l'être aimé, ce dernier n'étant pas libre de ses actions et au milieu on a une jeune femme qui restera toujours fidèle à sa comtesse, bien que consciente des actes effroyables qu'elle commettait.
En plus de son aspect romanesque, le film n'est pas sans intérêt par son choix de rappeler que tout ceci n'est qu'une histoire et que l'Histoire est racontée par ceux qui ont vaincu et qui ont donc la possibilité de l'arranger à leur façon. La comtesse Bathory était-elle folle ? A-t-elle réellement été l'origine du meurtre d'autant de jeunes vierges ? C'est ce qu'on dit mais est-ce la réalité. Le film insiste bien sur la richesse de la comtesse et a contrario de la pauvreté d'un roi qui se trouvait débiteur de la comtesse pour une somme importante. Il va donc sans dire que certains avaient tout intérêt que la comtesse soit considérée comme folle et qu'elle soit du même coup dépouillée de ses biens. Rien de tel pour spolier quelqu'un sans que cela fasse grand bruit.
Côté mise en scène, Julie Delpy opte pour une réalisation de forme assez classique. Cela n'est pas vraiment exceptionnel mais pour un film quasi historique, une mise en scène « tappe à l'oeil aurait été particulièrement malvenue.
Si la réalisation ne laisse pas une impression franchement marquante, en revanche on reste tout de même plus que positif par la photographie du film, très réussie, qui joue sur la froideur des décors et qui permet donc d'accroître le sentiment de désarroi, de tristesse des personnages principaux. C'est aussi une façon de marquer un peu plus les esprits en montrant qu'il ne s'agit pas d'un film d'horreur mais bien d'un pur drame, caractérisé par le désespoir de plusieurs des personnages du film. La fin, toute en subtilité, évoque une fois de plus cette idée. Nous n'assistons pas à un procès spectaculaire de la comtesse Bathory mais au contraire à la manifestation d'une femme qui pleure avant tout son amour perdu et pas tant son emprisonnement forcé.
En synthèse, La comtesse est un film appréciable qui nous apporte une version très subtile du mythe de la comtesse Bathory. On est loin des représentations sanguinolentes des films d'horreur.

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