par Nicore

Premier film de "W.I.P." (Women in Prison) réalisé par Jess Franco et considéré comme l'un des films précurseurs de ce sous-genre sulfureux , ce 99 women (connu chez nous sous ses titres alternatifs de L'amour dans les prisons de femmes et de Les brûlantes pour sa version comportant des inserts "hardcore" disgracieux et disponible sur cette édition DVD) tranchera avec les autres titres du sous-genre (comme Women in cellblock 9, Barbed wire dolls ou encore Sadomania) tournés ultérieurement par le réalisateur en étant guidé par une suggestion écartant toute dérive graphique ou trop érotique au sein d'une intrigue dévoilant déjà les situations récurrentes à venir et portée par une salve sociale guère optimiste qu'il conviendra de replacer dans le contexte de la fin des années soixante.
Le script va laisser de nouvelles détenues débarquer sur une île où se tient un pénitencier destiné aux femmes dirigé par une femme sévère et sadique.
Et effectivement, dès sa première séquence, Jess Franco va nous présenter ces trois demoiselles arrivant sur cette île isolée et notamment Nathalie et Marie une jeune femme blonde dont ce sera le premier séjour dans cet endroit décrit comme un enfer à cause de cette directrice réputée pour sa méchanceté. Et nous allons pouvoir rapidement pouvoir constater l'étendue de la mesquinerie de cette responsable, prénommée Thelma, qui va commencer par houspiller les gardiennes ayant accompagné les nouvelles détenues à cause de leur retard, pour ensuite recevoir les prisonnières et leur indiquer leur matricule qui devra être désormais la seule façon pour elles de s'identifier, leur nom et prénom devant être oublié.
Cette entame restera assez classique dans son agencement pour immédiatement indiquer quel sera le personnage central du film, cette jeune et fraîche Marie qui va très vite faire la connaissance de ses compagnonnes de cellule et principalement de Helga qui s'exposera en collant devant elle pour l'accueillir et exprimer sa supériorité de fait. Le métrage va alors avancer un autre personnage-clé en mettant en avant le gouverneur Santos, un homme ventripotent qui conversera avec Thelma et ne cachera pas son goût prononcé pour les détenues blondes que Thelma lui fourni régulièrement, ce qui le rendra impatient de rencontrer le matricule 99, à savoir Marie, mais bien entendu le fait que ce gouverneur assouvit ses fantasmes avec certaines prisonnières restera uniquement évoqué en paroles.
La suite verra d'abord Marie essayer d'alerter sans succès les gardiennes sur l'état de santé de Nathalie (une droguée en manque arrêtée en possession d'héroïne) qui se dégradera jusqu'à ce qu'elle en meure, ce qui ennuiera profondément le gouverneur et Thelma puisque cela portera à trois le nombre de décès dans la prison au cours d'une même année, ceux-ci redoutant que le ministère de la justice cherche à en savoir plus sur ce qui se passe à l'intérieur de la prison, tandis qu'après une bagarre initiale entre Helga et Zoé, une autre détenue, va se terminer par la mise à l'écart dans l'infirmerie de Helga et de Marie qui aura voulu s'interposer, et ce sera dans cet endroit que le gouverneur va venir trouver les deux jeunes femmes, sous-entendant un rapport sexuel forcé pour Marie.
Le premier tournant du métrage surviendra avec l'arrivée au pénitencier de Leonie Caroll, missionnée par le ministère pour enquêter sur Thelma et sur ce qui se passe dans la prison, cette jeune femme se liant d'entrée d'amitié avec Marie au point de la croire innocente de son crime (avoir tué un de ses violeurs) et de chercher à faire réviser son procès tandis que bien entendu Thelma et le gouverneur Santos vont voir d'un très mauvais œil l'arrivée de ce personnage qui va restreindre les punitions infligées aux détenues, bridant ainsi les pulsions de deux comparses. Cela donnera lieu à quelques situations tendues au cours desquelles Leonie va s'imposer à la plus grande joie des prisonnières mais le métrage orientera par la suite son action en amorçant une tentative d'évasion de trois femmes, Marie bien entendu, Zoé et Rosalie, une détenue devant retrouver son petit ami incarcéré quant à lui dans la prison réservée aux hommes de l'île et ayant projeté de s'enfuir.
Cette dernière partie qui verra les trois femmes bientôt rejointe par un autre prisonnier tenter d'échapper aux gardiens lancés à leurs trousses dans la jungle reprendra à son compte quelques clichés du "film de jungle " (le serpent par exemple) avant de faire preuve d'un sadisme typique du réalisateur avec ce viol collectif imagé plutôt que montré pour laisser déjà une note terriblement pessimiste clore le métrage, ce qui se retrouvera souvent par la suite dans les autres "W.I.P." de l'auteur, même si ici le final éludera grandement quelque sous-intrigues embryonnaires laissées à l'abandon par la fuite des trois détenues privilégiée à l'écran.
Doté d'un budget confortable, Jess Franco nous livrera une œuvre classieuse dans ses décors et sa mise en scène pour dérouler une intrigue certes assez classique dans son déroulement et ses situations pour laisser présager des sévices à venir qui ne seront ici que sous-entendus ou très rapidement montrés (les coups de fouets du final) et entériner la plupart des passages obligés du sous-genre en gestation, avec cette tentative d'évasion, ces bagarres entre détenues, ces descentes aux cachots servant à calmer les récalcitrantes ou encore en avançant cette directrice à la sévérité sans limite et qui sera une adepte des gifles pour se faire respecter, tandis que les rapports saphiques entre les détenues privées d'hommes seront eux aussi évoqués.
Mais même au travers d'une œuvre formellement classique, on retrouvera quand même sporadiquement la "patte" de Jess Franco, notamment lors d'un flash-back retraçant les motifs de l'incarcération de Helga et qui préfigurera de manière évidente les phases érotiques de Vampyros lesbos aussi bien avec ce spectacle érotique éclairé aux chandelles que par cette amalgame de plans érotiques certes guère osés mais qui trancheront avec la retenue du reste du film, si on excepte ces inserts "hardcore" disséminés tout au long du métrage et qui ne serviront franchement à rien car en plus d'être d'une laideur absolue, ces plans ne parviendront même pas à cacher les "acteurs" différents de ceux du montage d'origine qui se livreront à quelques ébats classiques filmés par des gros plans sals et contrastant avec une certaine fraîcheur se dégageant du montage "classique", en plus de venir également perturber de manière inopportune le déroulement de l'action.
L'interprétation sera ici largement convaincante, portée par une Maria Rohm impliquée et tout à fait crédible dans le rôle de Marie, tandis que Maria Schell incarnera Leonie avec justesse et pudeur, laissant la terrible Mercedes Mccambridge jouer une directrice sadique à souhait mais sans pour autant surjouer et que Herbert Lom nous offrira une prestation savoureuse du gouverneur Santos. La mise en scène de Jess Franco est ici plutôt classique pour ainsi rendre le métrage bien rythmé et lisible, tandis que quels tics de son style se retrouveront quand même déjà, car si il évitera ses gros plans intempestifs sur l'anatomie des actrices, sa propension à cadrer des éléments extérieurs à l'action se retrouvera régulièrement.
Donc, ce 99 women, pierre angulaire du "W.I.P.", offrira l'occasion à Jess franco de démontrer sa capacité de mise en scène au service d'une intrigue impliquante, judicieuse et prenante qui ne versera jamais dans le sordide ou l'abject pour laisser travailler l'imagination du spectateur, conservant ainsi intact son pouvoir de séduction malgré le poids des années !
Le DVD de zone 2 danois édité par Another world avancera une image nette et sans défaut, tandis que la bande-son sera efficace avec une partition musicale envoûtante, le métrage étant ici proposé dans sa version "intégrale" en français. En bonus, le spectateur délicat pourra préférer la version "softcore" du métrage, disponible uniquement en anglais, et tout le monde pourra consulter les biographies de Jess franco et de Maria Rohm, visionner la bande-annonce du film et celle de Venus in furs, parcourir une conséquente galerie de photos du film ou encore tenter de décrypter le petit livret écrit en hollandais accompagnent cette édition.
Pour ceux qui voudraient (re) découvrir ce premier film de "W.I.P." de Jess Franco, le DVD de zone 2 danois est disponible ici ou là !
Titre du film : La famille Wolberg
Réalisatrice : Axelle Ropert
Durée du film : 1h20
Date de sortie du film : 2 décembre 2009
Avec : François Damien, Valérie Benguigui, Valentin Vigourt, Léopoldine Serre, Guillaume Verdier, Serge Bozon, Jean-Luc Bideau, Jocelyn Quivrin
Par Nicofeel

Réalisé par Axelle Ropert dont c'est le second long métrage, La famille Wolberg est comme son titre l'indique un film qui s'intéresse à la famille. Le film est une comédie dramatique et on comprend bien vite pourquoi.
Dans la famille Wolberg, on est loin d'être dans un monde où tout le monde il est beau tout le monde il est gentil. Par son ton abordé, par ces dialogues qui fusent et qui sont révélateurs d'une famille qui a (parfois) du mal à se supporter, on est proche finalement d'un film de Pialat, comme A nos amours.
La réalisatrice nous dépeint d'abord et surtout le père de la famille Wolberg, Simon Wolberg (incarné superbement par François Damien) qui est le maire d'une petite ville, Mourenx. Ce père de famille est un être qui a une notion bien arrêtée de la famille. Pour lui, la famille est le coeur de tout le système de notre société et les membres d'une famille doivent être solidaires entre eux. Avec son caractère particulièrement étouffant, Simon Wolberg n'est plus aimé de son épouse et sa fille aînée, qui va atteindre ses 18 ans, pense à quitter la cellule familiale. Seul le fils cadet apprécie toujours autant son père. De son côté Simon Wolberg fait tout pour conserver son épouse, quitte à aller voir l'amant de celle-ci (le « blond »). Certes, Simon Wolberg peut apparaître comme un personnage égocentrique mais la cinéaste Axelle Ropert montre dans le même temps qu'il s'agit de quelqu'un d'aimant, qui pense avant tout à être auprès des siens et de les conserver le plus longtemps possible. Simon Wolberg se montre d'une grande sensibilité, notamment lorsque l'on comprend qu'il ne dit pas à sa famille qu'il est atteint du cancer et que ses jours sont comptés. Simon Wolberg veut finalement profiter de ses derniers jours avec sa famille et même s'il s'en prend parfois assez mal (certaines scènes donnent lieu à un humour pince sans rire pour le moins particulier), on ne peut pas le blâmer.
Le plus triste dans cette histoire est surtout le fait que Simon Wolberg, maire de son village, est sans cesse en représentation. Il est en représentation quand il inaugure une plaque dans un collège de la ville, il l'est quand il prépare les prochaines élections municipales mais il l'est aussi quand il va voir l'amant de sa femme ou encore quand il fait un discours pour les 18 ans de sa fille.

Quelques scènes avec Simon Wolberg sont très fortes sur le plan émotionnel. C'est le cas au moment où Simon Wolberg annonce au cimetière, à sa mère décédée, qu'il est malade (alors qu'il fait croire aux siens que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes) ou encore lorsque Simon Wolberg a des mots très tendres avec sa fille lorsqu'ils se voient pour la dernière fois dans le film. On sent que ces deux êtres, qui ne sont pas sur la même longueur d'ondes, sont apaisés dans leur relation. Il y a une belle relation père-fille qui s'établit à ce moment, un peu comme à la fin de A nos amours de Pialat.
Il serait tout de même réducteur de dire que La famille Wolberg est Simon Wolberg. Le film vaut également pour tous ces seconds rôles qui sont loin d'être des caricatures. Tous les personnages, à leur façon sont touchants. Il y a d'abord la mère qui a cherché plusieurs fois à quitter son époux mais est finalement restée (peut-être en raison des enfants) ; il y a ensuite les enfants qui apprécient différemment leur père mais qui expriment parfaitement leur point de vue ; il y a le frère de Simon Wolberg qui est l'opposé de celui-ci et qui n'arrête pas de médire sur son frère, etc. Tous ces personnages ont des trajectoires de vie bien différentes mais ils cherchent avant tout à se faire une place dans notre société. Aucun des personnages n'est détestable car chacun a ses raisons de vivre ainsi. D'ailleurs, même le frère de Simon Wolberg aime au fond son frère. La cinéaste Axelle Ropert a fait un film d'une grande sensibilité, où les rapports humains apparaissent vrais.

Evidemment, chacun souhaite forcément que les rapports familiaux soient cordiaux et se passent pour le mieux. Mais ce n'est pas toujours le cas. Dans La famille Wolberg, on est clairement sur le mode de Famille je t'aime, famille je te hais ; en tout cas pour ceux qui gravitent autour de Simon Wolberg.
Parfaitement interprété, La famille Wolberg bénéficie d'excellents acteurs qui font que le film, malgré un ton assez particulier, ne sonne jamais faux. On a presque une larme à l'oeil en sortant de la salle de cinéma.
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