09.12.09

07:45:00, Catégories: Test / Critique  

par Nicore

L'immmoralità

Avec son sujet sulfureux et son traitement partiellement graphique, ce L’immoralità, réalisé par l’italien Massimo Pirri, fait partie de ces films que l’on ne pourrait plus produire aujourd’hui, mais pour autant le métrage ne se complaira pas dans un aspect graveleux pour au contraire nous dresser le portrait d’une galerie de personnages tous plus immoraux et pervertis les uns que les autres où l’innocence de l’enfance en sortira bafouée, mais pas de la manière attendue, pour un "jeu" furieusement malsain et même provocateur qui n’épargnera personne.
Le script va laisser un pédophile violeur et meurtrier de jeunes filles blessé et en fuite trouver refuge dans une propriété bourgeoise où il va être recueillie par la fille de la maison, une jeune fille pré pubère qui va le cacher et le soigner. Mais ce sera sans compter sur la mère de la fillette, une femme pervertie, aigrie et nymphomane voulant plus que tout se débarrasser de son mari handicapé et proche de la mort.

L'immmoralitàDès sa première séquence, le métrage va choquer en avançant directement Federico, cet assassin d'enfants que nous découvrirons portant une jeune fille morte dans ses bras qu'il va s'empresser d'enterrer, sans que la nature de son méfait soit équivoque, la petite victime ayant sa petite culotte descendue jusqu'aux mollets. Notre homme va ensuite rejoindre son véhicule pour quitter les lieux mais il sera bien vite retrouvé par la police qui va le prendre en chasse pour finalement le forcer à s'arrêter, Federico s'enfuyant alors à pied pour n'être que blessé au bras par les tirs des policiers. Cette entame du métrage sera volontairement graphique, ignoble mais sans jamais chercher à en rajouter, pour avancer ce violeur d'enfants qui ne tardera pas à errer dans les bois, éreinté et aux abois.

L'immmoralitàLe métrage va alors s'intéresser à Simona, une gamine de onze ans qui nous sera présentée en compagnie de son père, un vieil homme handicapé évoluant dans son fauteuil roulant et ayant pour passion les armes à feu et les vieilles horloges qu'il réparera, mettant ainsi en avant une certaine complicité entre le père et sa fille. Simona s'en ira ensuite se balader dans le parc de la propriété familiale pour bien évidemment tomber sur Federico, installant de fait une tension palpable qui sera progressivement dégonflée lorsque nous verrons que Federico, mal en point, cherchera surtout à se cacher et non à abuser de la jeune fille qu'il réussira à amadouer, Simona lui offrant même une cachette en le conduisant dans un abri de jardin oublié de tous où elle va régulièrement jouer seule, montrant même à son invité certains jouets lors d'une séquence largement étrange et troublante, le spectateur connaissant la déviance de Federico.

L'immmoralitàPendant ce temps-là, la police et le lieutenant chargé d'arrêter le fuyard vont préparer des battues en compagnie d'un groupe de villageois désireux d'en découdre et de lyncher Federico, fustigeant la lenteur des autorités à s'organiser, Massimo Pirri pointant du doigt un certain fascisme larvé encore bien présent dans les mentalités italiennes d'alors. Ce ne sera qu'après cette mise en condition que l'un des protagonistes principaux fera son apparition en la personne de la mère de Simona, Vera, une femme d'un âge mûr souhaitant par-dessus tout garder la forme et refusant de vieillir, qui sera tout de suite cerné comme une âme perverse, avilie aussi bien en détestant son mari ouvertement, quitte à lui dire en face qu'elle attend avec impatience la mort de ce dernier, qu'en multipliant les aventures avec les hommes du village, passant ainsi pour une prostituée bénévole et en ne prêtant que peu d'attention à sa fille.

L'immmoralitàTout en continuant de fouiller les personnalités de chacun et notamment de Federico qui semblera s'attacher à Simona au point de ne pas lui vouloir de mal dans l'immédiat, l'intrigue va produire des situations prenantes qui amèneront la police à suspecter la présence de Federico aux alentours de chez Simona, voir même cachée par ses soins et sa mère, prévenue ira fouiller l'abri de jardin pour tomber sur le fuyard qu'elle va contre toute attente charmer pour coucher avec lui et le ramener dans la maison, cachée dans une chambre du sous-sol. L'attachement de Simona à Federico sera une première fois mis en avant lorsqu'elle ne le verra pas dans l'abri et se mettra à pleurer, mais ce sera surtout plus tard, alors que les villageois voudront avec force fouiller la maison de Vera que le métrage avancera sa séquence interdite en laissant Simona demander à Federico, ayant débarqué dans la salle de bains où la jeune fille prenait un bain, de lui faire l'amour, ce que le réalisateur se permettra de visualiser de manière franche, quitte à laisser la nudité de la demoiselle envahir l'écran mais tout en demeurant dans la mesure du possible "correct" en éludant certains détails de son anatomie par la présence d'objets bien placés dans le cadre de la caméra.

L'immmoralitàLa suite verra un conflit de génération destructeur envahir l'intrigue, Vera et Simona étant attachées à Federico pour des raisons bien différentes et certainement pas innocentes pour la mère calculatrice jusqu'à renier ses engagements au fil des situations, ce qui provoquera une jalousie de Simona lorsqu'elle observera sa mère et Federico faire l'amour à travers le trou d'une serrure. La dernière partie sera tout simplement grandiose et fulgurante dans sa démonstration violente et signifiant définitivement la perte de l'innocence pour Simona de manière dramatique tout en laissant présager un avenir guère réjouissant pour la demoiselle.

L'immmoralitàComme on peut le voir, le métrage ne mettra en scène que des protagonistes pervertis, à la noirceur progressive et immorale, entre cette Vera complètement malsaine dans sa relation avec les autres et avec elle-même, en se croyant également supérieure et capable de commander les autres, policier compris, ce Federico bien entendu guidé par des pulsions sordides au possible mais qui au final ne sera pas le plus dangereux puisqu'il rentrera dans le jeu de Vera et dans celui de Simona sans s'en rendre compte, tandis que justement, cette petite gamine présentée au départ comme le seul rempart de l'innocence, deviendra elle aussi trouble et presque perverse malgré son jeune âge. Les personnages secondaires ne seront pas en reste, avec ce lieutenant lui aussi assez libidineux pour proposer un marché sexuel à Vera, tandis que ces citoyens désireux de massacrer le pédophile représenteront un certain obscurantisme hérité du Moyen-âge. Le seul à demeurer cohérent et droit sera le mari, effacé au point de ne même pas avoir de prénom cité durant tout le métrage, mais sa maladie l'empêchera presque toujours d'agir.

L'immmoralitàSous couvert d'une intrigue lorgnant très régulièrement vers l'exploitation pure avec ces situations sensuelles brisant même les tabous, ou violentes et tendues, le métrage s'attachera à dépeindre une certaine déliquescence de la société où aussi bien ses fondements mêmes comme la famille ou l'autorité seront pervertis et exploseront à l'arrivée d'un élément extérieur ici symbolisé au possible par cet être vicieux et sujet à des pulsions pédophiles, pour en arriver à contaminer insidieusement l'innocence de l'enfance, détruite à jamais, pour une démonstration sans recul ni rémission qui portera bien son titre, tant l'immoralité des personnages sera dévoilée au grand jour dans toute sa "splendeur".

L'immmoralitàL'interprétation sera largement convaincante, avec cette jeune actrice, Karin Trentephol (dont ce sera la seule apparition devant une caméra) plus que crédible et naturelle, tandis que Lisa Gastoni jouera une Vera diabolique à la perfection et que Mel ferrer dans le rôle du mari sera performant. Enfin Howard Ross, un second couteau du cinéma-bis italien interprétera avec implication Federico le violeur. La mise en scène de Massimo Pirri est largement adaptée, classique mais élégante pour suivre cette action sordide en jouant régulièrement avec une tension palpable et bien agencée pour faire perdurer le suspense.

Donc, ce L'immoralità invitera son spectateur à une descente dans le côté sombre de l'âme humaine sans espoir de retour ou de rédemption et, sous son aspect choquant, parviendra à tenir un discours cohérent et amenant à la réflexion !

L'immmoralitàLe DVD de zone 2 italien édité par Raro Vidéo avancera une image juste quelque peu granuleuse, tandis que la bande-son sera efficace avec une partition musicale triste d'Ennio Morricone collant parfaitement aux situations du film, celui-ci étant ici proposé dans sa version italienne, avec des sous-titres anglais optionnels.
Au niveau des bonus, il faudra hélas et contrairement aux habitudes de l'éditeur se contenter de la biographie et de la filmographie du réalisateur Massimo Perri et de l'actrice Lisa Gastoni.

Pour ceux qui voudraient découvrir cette réussite aussi méconnue que provocante et choquante du cinéma italien, le DVD de zone 2 italien est disponible ici ou !

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