06.11.09

07:15:00, Catégories: Test / Critique  

par Nicore

Faccia di spia

Film aussi méconnu que polémique, ce Faccia di spia va prendre la forme d'un docu-fiction pour dénoncer de manière frontale et graphique les activités néfastes de la C.I.A., ici présentée sous un jour bien noir, prouvant au passage l'implication politique du réalisateur Giuseppe Ferrara qui n'hésitera pas à verser régulièrement dans l'abject et l'horreur.
Le script va suivre les coulisses des activités internationales de la C.I.A., pour mettre en avant leur activisme dans plusieurs événements mondiaux, tels que la mort de Che Guevara, le renversement de Salvator Allende au Chili ou même l'attentat contre le président Kennedy.

Faccia di spiaD'entrée, le métrage va se montrer sordide pour avancer ces soldats brandissant des têtes de vietcongs décapités pour se faire prendre en photos par des américains visiblement ravis. Et après quelques scènes volontaires accompagnant le générique, avec par exemple cet assassinat qu'un homme déguisé en suicide, le métrage va tout de suite mettre en parallèle la C.I.A. et différents événements, pour commencer avec ces émeutes sanglantes au Guatemala orchestrées pour renverser le gouvernement en place jugé communiste (opération surnommée PBSUCCESS) , mélangeant déjà (et comme ce sera fait tout au long de l'intrigue) images d'archives et scènes tournées reconstituant les événements, pour ensuite nous faire prendre part à l'inauguration des nouveaux bâtiments de la C.I.A. (ayant bien entendu coûté une fortune), revenant notamment sur la puissance des nombreux ordinateurs dont l'agence sera équipée.

Faccia di spiaEnsuite, le réalisateur s'occupera de faire le lien ayant pour lui existé entre certains membres de la C.I.A. et le meurtre du président américain Kennedy, laissant surtout des plans d'époque déjà vus venir nous faire revivre cet épisode tragique de l'histoire américaine tout en posant certaines questions prêtant largement à polémique avec cette corrélation mise en avant avec les événements du Cuba, ce qui permettra au film de faire une transition avec un nouvel épisode qui s'intéressera plus précisément au sort de la révolution bolivienne ayant entraîné la capture et l'exécution de Che Guevara.

Faccia di spiaCe segment sera largement plus étoffé pour suivre l'infiltration d'une demoiselle, Tania, qui va rejoindre la guérilla afin de rencontrer Che Guevara, pour ce qui ressemblera plus à une intrigue d'espionnage classique qu'autre chose, avec rendez-vous secret et filatures, jusqu'à l'arrivée dans la jungle où l'armée régulière bolivienne traquera les guérilleros, pour finir par arrêter un Che Guevara blessé à la jambe et qui sera finalement exécuté sans sommation sur ordre de la C.I.A., laissant même le réalisateur, après quelques images d'archives montrant des quidams venir se recueillir sur sa dépouille, mettre en scène une première séquence horrifique puisque nous verrons un médecin trancher littéralement la main du Che pour la conserver dans du formol.

Faccia di spiaMais ce ne sera rien comparé à ce qui va suivre, puisque, sous couvert de dénoncer les méthodes de tortures employées aux quatre coins du monde par la C.I.A., nous allons voir une jeune femme refusant de parler être frappée, dénudée, humiliée avec des jeux pervers (ses tortionnaires s'amusant par exemple à lui brûler les mamelons) pour être finalement attachée dans une posture pour le moins inconfortable et être violée. Mais ce ne sera pas tout, le réalisateur avançant ensuite un homme noir qui verra ses mains tranchées à la hache avant d'avoir un œil énuclée, avant de sombrer dans une dépravation terrible puisqu'un autre suspect assis nu aura une broche métallique enfoncée dans le pénis, broche qui sera ensuite chauffée à l'aide d'un briquet, tandis qu'en Orient, une femme aura une anguille vivante enfournée dans ses parties intimes et un homme aura le bras recouvert d'un bandage imbibé d'essence qui sera ensuite enflammé. Cette succession de courtes séquences extrêmes sera volontairement choquante, montrant ces sévices de manière directe et sans fard.

Faccia di spiaLa suite sera pour le coup bien plus "soft" avec ce militant italien anarchiste, arrêté suite à un attentat commandité par la C.I.A. (attentat dont nous suivrons l'exécution et ses conséquences macabres) pour permettre de démanteler ce groupe d'activistes, qui finira défenestré, la police annonçant par la suite un suicide, tandis que le réalisateur achèvera son métrage en mettant en avant l'aide apportée au général Pinochet au Chili dans son entreprise visant à renverser le président Salvator Allende, lui aussi "suicidé" lors des combats et dont le métrage exacerbera la volonté de la C.I.A. de falsifier une nouvelle fois la réalité. Et histoire de marquer une dernière fois les esprits, Giuseppe Ferrara laissera un dernier plan inoubliable venir clore le film qui verra les deux tours jumelles du World Trade Center suinter et dégouliner lentement de sang.

Faccia di spiaLa volonté dénonciatrice du réalisateur ne sera évidemment pas à prouver tant ses arguments seront flagrants, mais ce sera toujours en s'appuyant sur une réalité historique qu'il avancera les rouages ayant existé entre l'agence gouvernemental américaine et différentes dictatures sud américaines, mais pas seulement, puisque la Grèce sera aussi évoquée, tout comme le Vietnam ou encore le Congo, mais l'auteur privilégiera des épisodes forts et mettant en avant des personnages célèbres de l'histoire, Che Guevara et le général Pinochet en tête, l'épisode italien n'évoquant pas spécialement grand-chose pour qui ne connaît pas en profondeur l'histoire du pays.

Faccia di spiaLa méthode employée par Giuseppe Ferrara se révélera être payante, car cet habile mélange d'images d'archives (lorgnant régulièrement du côté des "Mondos" alors à la mode) et de fiction imprimera un élan de véracité dans les faits abordés sous un jour pas franchement objectif, la sympathie communiste de l'auteur ne faisant aucun pli, pour inciter le spectateur à prendre lui aussi partie et être dégoûté par les activités de la C.I.A. qui au nom du profit capitaliste et de l'hégémonie américaine, ne va pas hésiter à tuer, torturer et comploter contre les libertaires de tout poil. Par ailleurs, les reconstitutions historiques resteront toujours crédibles, avec des interprètes ressemblant franchement aux personnages célèbres qu'ils vont incarner, pour ainsi donner un écho parfait aux images d'époques présentes dans le métrage.

Faccia di spiaMais on retiendra surtout la volonté provocatrice du réalisateur, qui, en l'espace de cinq minutes, va avancer les pires sévices imaginables, avec une connotation sexuelle très forte et une fougue graphique terrible et dévastatrice précurseur des débordements italiens à venir, bien que reprenant à son compte certains aspects de la série des Mondo cane du duo Cavara/ Jacopetti en plaçant régulièrement le spectateur en position de voyeur d'images réelles sordides. Et ce dernier plan définitivement agressif laissera un sentiment plus qu'étrange de nos jours après les événements du 11 septembre, en ensanglantant le symbole ultime des U.S.A., vingt-six avant la réalité.

Faccia di spiaLes parties reconstituées bénéficieront d'une interprétation convaincante, aussi bien pour les "sosies" des personnages dominants que pour tous ces seconds rôles qui viendront exister le temps de l'un ou l'autre des épisodes du métrage, tandis que la mise en scène du réalisateur restera adaptée aux situations pour suivre aussi bien les séquences de dialogues de manière insistante que pour coller à l'action. Les effets spéciaux qui vont parsemer le métrage et notamment ces cinq minutes d'horreur absolue seront terriblement réalistes pour rester de fait dans le ton d'authenticité voulu pour le métrage.

Donc, ce Faccia di spia restera une expérience particulière mais largement édifiante qui donnera envie de se plonger dans les manuels d'histoire pour vérifier l'horrible véracité des faits avancés !

Faccia di spiaLe DVD de zone 2 allemand édité par Multivision avancera une image nette et ne connaissant que quelques défauts d'origine guère gênants, tandis que la bande-son sera efficace, avec une partition musicale sachant se montrer discrète, le métrage étant ici proposé dans sa version anglaise ou italienne, avec des sous-titres optionnels en allemand.
Hélas, au niveau des bonus, il faudra se contenter de la bande-annonce originale en italien, uniquement accompagnée par celle d'un autre titre proposé par l'éditeur.

Pour ceux qui voudraient se plonger dans les activités troubles de la C.I.A., le DVD de zone 2 allemand est disponible ici ou !

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