18.08.09

07:30:00, Catégories: Test / Critique  

par Nicore

Delirium

Juste avant son extravagant Black magic rites, le réalisateur italien Renato Polselli imposait déjà une bonne dose de délire nonsensique dans ce bien nommé Delirium pour nous livrer une œuvre inclassable, oscillant entre le "giallo" et l'érotisme, qui connut en plus plusieurs montages différents selon ses pays d'exploitation, avec notamment une version américaine incluant un traumatisme hérité de le guerre de Vietnam pour justifier les exactions d'un personnages principal tourmenté sexuellement.
Le script va suivre les crimes commis par un criminologue aidant par ailleurs la police à enquêter sur ces meurtres, mais bientôt suspecté, il va se rendre compte qu'un second assassin rôde et tue selon les mêmes méthodes que lui.

DeliriumDès sa première séquence le métrage va avancer son personnage principal, Herbert Lyutak, accoudé au comptoir d'un bar et visiblement plus qu'intéressé par une demoiselle court vêtue qu'il s'arrangera pour approcher en lui proposant de l'emmener au night-club où elle devrait rejoindre ses amis contactés par téléphone. Ce sera donc sous le regard suspicieux du barman que notre homme va quitter les lieux en charmante compagnie mais, au lieu de prendre la route de la boîte de nuit, il va quitter la ville pour aller s'isoler près d'une rivière et après avoir traqué sa victime, il va pouvoir la dénuder, la violenter et l'étrangler.

DeliriumCette séquence d'introduction sera largement efficace, troublante par l'attitude de cet Herbert grimaçant de plus en plus puisqu'il ne pourra pas s'empêcher de lorgner copieusement vers les jambes de la demoiselle l'accompagnant, au point de l'effrayer définitivement. La scène de meurtre sera brutale mais sans exagération pour continuer de bien affirmer la névrose du personnage hystérique dans son comportement. Ensuite, l'intrigue va laisser deux inspecteurs de police scruter les clichés pris sur les lieux du crime vu juste auparavant, indiquant qu'il s'agit du septième suivant le même mode opératoire, tandis que nous allons retrouver Herbert chez lui s'apprêtant à sortir en trouvant un prétexte bidon auprès de sa charmante épouse, Marcia, pour aller dans son bureau cacher quelque chose dans un petit coffre situé sur une cheminée. Mais Marcia aura suivi toute la scène et dès que son mari aura le dos tourné elle ira fouiller pour retrouver une chemise tachée de sang roulée en boule dans sa cachette.

DeliriumPendant ce temps-là, Herbert se sera rendu auprès des deux policiers pour les aider par son métier de criminologue, mais l'arrivée du barman de l'introduction va changer quelque peu la donne puisqu'il va devra justifier sa présence dans le bar le soir du meurtre et surtout mentir en expliquant qu'il a laissé la demoiselle assassinée vivante devant le night-club et non morte près d'une rivière. De par sa position, la police le croira, surtout que peu après nous allons suivre une nouvelle séquence de meurtre, une demoiselle réfugiée dans une cabine téléphonique finira étranglée lors d'une scène hélas peu convaincante car trop théâtrale, et Herbert étant en compagnie des inspecteurs en moment de ce nouveau crime, la moindre suspicion contre lui sera de fait levée.

DeliriumEnsuite l'intrigue va suivre parallèlement cette enquête policière quelque peu superficielle et biscornue avec notamment la présence d'un autre suspect ridicule et bien empressé de se mêler de ce qui ne le regarde pas, et les relations troubles entre ce Herbert ayant bien du mal à refreiner ses pulsions et son épouse Marcia qui l'aimera au point d'accepter tout et n'importe quoi, laissant au passage le réalisateur nous gratifier d'une petite séance de sadomasochisme. Renato Polselli pourra alors se livrer à de nombreuses séquences délirantes, aussi bien lors de cauchemars érotiques et violents de Marcia (toujours sur fond de domination et de plaisirs sexuels saphiques) que pour suivre des rebondissements improbables mais ô combien décapants et hystériques comme lors d'un final hallucinant malgré une certaine opacité.

DeliriumPar contre l'intrigue ne pourra pas longtemps espérer demeurer mystérieuse et cacher l'identité du second assassin, tant les pistes offertes seront trop grossières (avec ce suspect relâché mais continuant à fouiner dans l'entourage d'Herbert) pour ainsi désigner d'office l'autre coupable dont les motifs seront mêmes clairement avancés tôt dans le métrage. Mais cela ne sera pas grave, tout comme les ficelles éculées utilisées lors de l'enquête biscornue au possible dans ses situations pour espérer créer une tension (comme par exemple cet appât tendu au tueur) qui arrivera sporadiquement à se montrer efficace, notamment grâce à la personnalité tourmentée du personnage principal imprévisible dans ses réactions face à la gente féminine qui sera ici toujours affriolante et portant des mini-jupes dévastatrices.

DeliriumL'érotisme sera d'ailleurs bien présent, non pas pour suivre de quelconques ébats, mais plutôt pour dénuder les jeunes et charmantes actrices (avec une obsession pour les jambes largement scrutées par la caméra) même lors des séquences de mise à mort (devenant même parfois légèrement sulfureux lorsque Herbert s'attaquera à des proies mineures dont le réalisateur s'empressera de filmer le physique en gros plans, ou encore en sous-entendu grassement l'amour charnel porté par la nièce de Marcia à celle-ci qui écaltera lors du final du métrage), et avancer des détails inutiles mais volontaires (la domestique du couple se masturbant sans raison évidente), mais ce seront les rêves de Marcia qui offriront au film ses passages les plus osés en étant largement graphiques et généreux dans une ambiance toujours déchaînée.

DeliriumLes personnages seront bien entendu largement travaillés, avec en tête ce Herbert qui offrira une personnalité trouble et obsédée sexuellement alors qu'il n'arrivera pas à satisfaire son épouse du coup encore vierge, mais dont la folie sera parfaitement retranscrite et donnera de l'ampleur à l'ensemble pour ainsi justifier le film à lui seul, tandis que son épouse Marcia sera elle aussi dérangeante dans sa servitude aveugle poussée à l'extrême, laissant de fait les autres protagonistes rester en retrait pour tout au plus apporter un peu plus d'excentricité et de folie.

DeliriumL'interprétation est ici convaincante, portée par Mickey Hargitay dont le faciès se prêtera à merveille à toute une série de grimaces diaboliques exagérées, tandis que Rita Calderoni offrira son charme indéniable, accompagnée par toute une série d'actrices au physique engageant. La mise en scène de Renato Polselli est à l'image du métrage, trouble, étrange et non conventionnelle pour participer activement à rendre ses situations délirantes. Très peu porté sur un aspect sanglant presque absent, le métrage n'utilisera que quelques petits effets spéciaux sommaires vite expédiés.

Donc, ce Delirium portera bien son nom pour nous offrir une séance de cinéma nonsensique décapant, volontaire jusqu'à l'extrême mais pas frocément accessible à tous !

DeliriumLe DVD de zone 1 édité par Anchor Bay avancera une image plutôt nette mais perdant quelque peu ses détails lors des séquences se déroulant dans l'obscurité, tandis que la bande-son sera efficace avec une partition musicale décalée excellente, le métrage étant ici proposée dans sa version originale italienne sous-titrée en anglais pour le montage international et uniquement en anglais pour le montage américain. Car en effet, le principal bonus de cette édition sera la présence du montage américain, devenu très rare, et qui offrira une direction complètement différente au film, en présentant des séquences additionnelles en introduction pour sous-entendre que le trauma du personnage principal lui vient de la guerre du Vietnam, tandis qu'un personnage en plus sera présent (et finira mal pour une scène annonçant le Black Christmas de Bob Clark) et que le final différera complètement. Mais on pourra aussi suivre une interview croisée de Renato Polselli et de Mickey Hargitay qui reviendront sur le métrage, sur les différentes versions du film et sur la censure dont il fut victime.

Delirium
Delirium

Pour ceux qui voudraient découvrir cet assassin perturbé au sein d'une intrigue délirante, le DVD de zone 1 est disponible ici ou !

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