05.08.09

07:00:00, Catégories: Test / Critique  

par Nicore

Avere vent'anni

Film maudit pour son réalisateur Fernando Di Leo, ce Avere vent'anni, présenté à l'époque comme une comédie sexy avançant les deux starlettes sexys les plus en vue du moment, fît scandale à cause de son final d'une violence extrême tranchant définitivement avec le reste du métrage beaucoup plus insouciant et léger au point d'être très vite retiré de l'affiche et remonté pour évacuer le malaise de son dernier acte remplacé par une happy-end quelconque. Mais la version originale intégrale du film conservera tout son intérêt, avec bien entendu cette issue nihiliste terrible.
Le script va suivre le parcours de deux demoiselles vivant en marge de la société et qui vont atterrir dans une communauté hippie singulière.

Avere vent'anniD'entrée, le métrage va avancer la rencontre de ses deux personnages principaux, Lia et Tina, deux jeunes femmes se retrouvant seules puisque le groupe de jeunes gens avec qui elles étaient installées sur une plage va se dissoudre, imposant une séance de présentation forcée qui va pousser les deux demoiselles, aussi insouciantes l'une que l'autre, à faire un bout de chemin ensemble. C'est ainsi qu'au cours du générique nous allons les retrouver en train de faire du stop en n'hésitant pas user de leurs charmes mis en avant pour se faire remarquer, laissant alors une citation ("Avoir vingt ans. Je ne laisserai jamais personne dire que c’est le plus bel âge de la vie" de Paul Nizan) apparaître sur l'écran et qui se révélera être terriblement bien choisie à l'issue du métrage.

Avere vent'anniL'entame du film sera extrêmement légère pour suivre nos deux demoiselles dans toute une série de péripéties souriantes et vaguement coquines, celles-ci usant de leur charme pour obtenir ce qu'elles veulent, un café, un paquet de Marlboro en troublant le vendeur d'un certain âge, ou encore pour une séquence bien désuète de vol dans un supermarché, tout en refusant l'argent proposé par une bourgeoise moralisatrice, le tout dans un esprit de rébellion paillard bien superficiel et ne valant uniquement que par la présence charmante de ces deux jeunes actrices aguicheuses et fraîches. Mais heureusement Fernando Di Leo ne s'attardera pas sur ces situations quelque peu naïves pour ensuite laisser l'intrigue s'installer dans une communauté hippie squattant une grande demeure que Tina et Lia vont rejoindre, cette dernière ayant quelques temps auparavant rencontré le régisseur, Nazariota.

Avere vent'anniLa découverte de l'endroit par les deux héroïnes permettra au métrage d'avancer toute une galerie de protagonistes amusants, déroutants ou surréalistes, tel cet homme grimé en "Pierrot" pleureur qui passera son temps à méditer sans jamais bouger, cette mère de trois triplés et surtout ce Nazarieto ayant certainement perdu l'esprit hippie puisqu'il n'hésitera pas à demander un loyer aux nouvelles arrivantes. Ce tour d'horizon de cette petite communauté servira de critique de l'esprit "flower power" en pleine déliquescence, gangrené par la drogue qui fait planer presque tous les occupants tandis que le capitalisme aura repris ses droits (le loyer, la vente d'encyclopédies) et que la corruption et la prostitution y régneront en maître absolu. Cela provoquera toute une série de situations encore amusantes, toujours légères avec notamment ce clown triste méditant qui occasionnera quelques scènes comiques, et surtout gentiment sensuelles lorsque Lia et Tina se livreront par exemple à un ébat saphique, surtout que nous découvrirons le statut d'assoiffée de sexe de Tina qui aura bien du mal à trouver quelqu'un de vaillant parmi les drogués endormis malgré ses tentatives de séduction.

Avere vent'anniCette plage centrale du film traînera quelque peu en longueur, reproduisant des situations déjà utilisées puisque Lia et Tina useront encore de leurs charmes pour vendre leurs encyclopédies, mais déjà une pointe de désillusion se fera sentir. En effet, outre une présentation des origines des deux demoiselles pour un "film dans le film" tourné dans la communauté et qui avancera un passé guère reluisant, si Tina continuera à bien s'amuser en aguichant ceux qu'elle va visiter pour mieux les frustrer ensuite, Lia semblera se lasser de ce jeu et refusera même les avances d'une femme désirant la payer contre un ébat entre femmes, alors que c'était cette même Lia qui avait entraîné Tina dans une étreinte langoureuse. Le premier virage s'effectuera ensuite avec l'arrivée de policiers effectuant une descente dans la communauté pour y chercher de la drogue.

Avere vent'anniFernando Di Leo, expert en polars violents au travers de ses "Poliziotteschi", retrouvera ses marques pour quelques séances d'interrogatoires presque brutaux au cours desquelles les baffes vont parfois pleuvoir, mais aussi pour des passages humoristiques (toujours avec l'homme méditant), mais laissant quand même également percevoir une critique douce-amère de cette jeunesse se moquant des autorités et des règles quitte à en subir les conséquences. Conséquences qui se traduiront par une extradition de Lia et de Tina, sommées par l'inspecteur en charge de l'affaire (qui sera lui aussi ensuite ridiculisé par l'intrigue) de quitter Rome et de rejoindre leur villes natales.

Avere vent'anniCe sera au cours d'une pause que les deux jeunes femmes vont s'arrêter déjeuner dans un restaurant isolé et avec leur insouciance retrouvée, elles vont se mettre à danser de manière lascive et quand même provocante au son d'un juke-box devant une tablée d'hommes assez louches et présidée par un homme en complet guère engageant. Se croyant provoqués, les hommes vont commencer à tourner autour d'elles, dansant de plus en plus près, ce qui fera fuir Lia et Tina puisque ces mâles deviendront plus que collants et pressants. Reprenant alors le chemin menant à la grande route, elles vont être poursuivies en voiture par cette meute d'hommes en chaleur qui vont bientôt les rattraper, les dévêtir et les violer sans ménagement puisque chacune d'elles sera frappée et Tina connaîtra même un sort définitivement ignoble puisque le chef de cette troupe va la violer avec un gros morceau de bois meurtrier tandis que Lia sera quant à elle frappée à la tête férocement, laissant alors un dernier plan s'éloigner de leurs cadavres gisant dans le chemin, comme si la caméra était honteuse d'avoir assisté à un tel spectacle, laissant alors le spectateur pantois tandis que la citation de l'introduction reviendra évidemment en mémoire pour trouver toute sa justification.

Avere vent'anniOn pourra donc aisément comprendre les spectateurs de l'époque, choqués par ce final que rien ou presque ne laissait présager et faisant basculer le métrage dans une horreur absolue insoupçonnable et tétanisante en plus par sa morale assez limite, puisque ce sera après avoir aguiché (vraiment volontairement ou non, le métrage n'avancera pas franchement de pistes sur le sujet !) ces hommes que les demoiselles se retrouveront en bien mauvaise posture, comme le rappellera le chef des meurtriers, laissant bien entendu à penser que si Lia et Tina étaient restées sagement dans leur coin, rien ne leur serait arrivé, et que ce sont elles les responsables de leur sort, finalement…par leur tenue et leur attitude provocante, ! De quoi alimenter une polémique qui n'est pas prête de s'éteindre à la vue de certaines tenues vestimentaires de la jeunesse actuelle…

Avere vent'anniLes personnages resteront globalement superficiels dans une volonté humoristique franche, hormis les deux héroïnes un peu plus fouillées mais qui seront surtout attachantes par leur attitude espiègle et fraîche, surtout qu'elles bénéficieront de l'interprétation de la craquante Gloria Guida jouant Lia, tandis que ce sera une autre starlette en vue, Lilli Carati qui incarnera Tina. Par contre, les autres interprètes n'offriront qu'un jeu parfois trop limité. La mise en scène de Fernando Di Leo est adaptée, vive et dynamique pour suivre les péripéties pour devenir ensuite plus inquisitrice et voyeuse lors du final extrêmement glauque du métrage.

Donc, ce Avere vent'anni aura largement de quoi surprendre par sa rupture de ton débouchera sur une ignominie terrible, marquante et déstabilisante qui tranchera frontalement avec le reste du film plus léger et souriant, même si l'esprit critique du réalisateur se fera régulièrement sentir !

Avere vent'anniLe DVD de zone 2 italien édité par Raro vidéo avancera une image nette, juste vaguement granuleuse et ne connaissant que quelques petits défauts d'origine lors de la dernière partie censurée et présentée ici pour la première fois en DVD. La bande-son est convaincante, avec une partition musicale adaptée et parfois même grinçante, notamment lors du final.
Cette édition "collector" deux DVD proposera donc le métrage dans sa version originale tel qu'il fut présenté en salles en italien avec des sous-titres anglais optionnels, tandis que sur le second DVD, on pourra suivre la version remontée, présentée elle en version italienne et anglaise, mais ce remontage n'apportera rien, puisque son issue en happy-end dénaturera la volonté du réalisateur.
Au niveau des bonus, on pourra un très intéressant documentaire laissant le réalisateur ainsi que plusieurs acteurs revenir sur le film au travers d'anecdotes incluant bien entendu la censure dont fût victime le métrage, une conséquente galerie de photos du film et de sa production, ainsi que la biographie et la filmographie du réalisateur.

Pour ceux qui voudraient découvrir cette œuvre sulfureuse et radicale, le DVD de zone 2 italien est par exemple disponible ici !

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