Archives pour: Juillet 2009, 07

07.07.09

08:31:15, Catégories: Test / Critique  

par Nicore

Philosophy of a knife

Avec ce Philosophy of a knife le réalisateur russe Andrey Iskanov s’intéresse à un épisode douloureux et controversé de l’histoire japonaise avec l’existence pendant la Seconde Guerre Mondiale du fameux camp 731 où furent pratiqués des expériences dépassant l’entendement sur des cobayes humains, mais contrairement au Men behind the sun traitant du même sujet, l’auteur va se donner une ampleur largement plus historique tout en n’hésitant pas à aller frontalement à la rencontre des atrocités commises, ici retranscrites froidement et sans recul au sein du film, véritable marathon macabre de plus de quatre heures.
Le script va s’attacher à reconstituer l’histoire du camp 731, de sa création dans son contexte historique jusqu’à sa destruction et le procès des bourreaux arrêtés.

Philosophy of a knifeAprès une première intervention de la voix-off sur fond d'images d'archives avançant un petit résumé de la situation et une longue séquence pré-générique suivant trois hommes marchant dans la neige, deux soldats accompagnant un prisonnier qu’ils vont finir par décapiter, le métrage va dans sa première partie s’attacher à remettre en place l’aspect historique de cette partie du monde dans les années trente, le tout avec l’appui de nombreuses images d’archives très parlantes et en pouvant compter sur le témoignage d’un homme âgé ayant été le témoin extérieur de ces événements et qui interviendra régulièrement tout au long du métrage pour apporter aussi bien son point de vue que pour valider la réalité historique des faits décrits.

Philosophy of a knifeRefusant toute structure narrative classique, le métrage va progressivement s’installer dans l’horreur pure des abominations commises dans ce camp ou des scientifiques et des médecins avaient pour but de créer une arme de destruction massive, pour ainsi ne reculer devant aucune atrocité, puisque chaque "grand" thème sera illustré de manière graphique et sans concession ni ellipse en refusant systématiquement le hors-champ, pour de nombreuses séquences terriblement éprouvantes et douloureuses, comme cet arrachage de dents une par une filmé en gros plan, ou encore ces tests de résistance au froid qui se termineront dans manière abjecte, sans oublier les multiples mutilations commises sur des victimes hurlantes ou cette accouchement par césarienne sans anesthésie.

Philosophy of a knifeLe réalisateur prendra le temps de mettre en place chacune de ces séances de torture, nous invitant à suivre aussi bien les préparatifs que les issues invariablement fatales pour ces cobayes qui attendront leur tour dans une cellule glauque, laissant une voix-off insister sur la réalité historique de ces expérimentations terribles et dépassant parfois les limites du supportable (l'insecte vivant enfoncé dans le vagin d'une demoiselle par exemple pour une scène explicite peu ragoûtante) et qui pourront en plus pour certaines sembler démesurées et inutiles au but recherché d'alors, mais l'auteur se gardera bien de juger sur l'utilité de ces expériences, même si la dernière partie lèvera le voile sur des faits quand même honteux puisque ces horreurs auraient participé à l'avance de la médecine thérapeutique japonaise, en avance sur son temps juste après la guerre.

Philosophy of a knifeEt après avoir abasourdi son spectateur avec ce déballage de barbarie ultime, le réalisateur va calmer quand même quelque peu les choses dans la dernière heure du film qui reviendra sur la fin de la Seconde Guerre Mondiale, évoquant même les largages de bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki avec leurs résultats dramatiques et le procès des bourreaux attrapés, toujours aidé par de nombreuses images d'archives impressionnantes et par ce témoin qui participa également au procès et qui le détaillera pour nous de manière appuyée, et tout en avançant certaines connexions méconnues et cachées entre les grandes puissances en devenir d'alors pour avancer des théories par forcément reluisantes.

Philosophy of a knifeSi les images d'archives resteront marquantes, ce seront bien entendu ces reconstitutions malsaines au possible qui parviendront à toucher le spectateur, même le plus endurci, par leur aspect cru et barbare (avec encore par exemple ce viol peu glorieux uniquement destiné à laisser un malade de la syphilis transmettre son fléau à une prisonnière pour pouvoir ensuite étudier son cas), ne reculant devant rien pour dénoncer la bassesse dont est capable l'être humain lorsque les circonstances l'y invitent, surtout qu' Andrey Iskanov va utiliser de nombreux artifices visuels pour rendre ces séquences encore plus marquantes par leur montage rythmé et efficace, mais aussi par l'emploi d'un noir et blanc impérial (l'utilisation de la couleur aurait rendu l'ensemble encore plus insupportable) et d'une pellicule volontairement vieillie et hachurée qui donnera une sensation de réalité encore plus grisant et troublant.

Philosophy of a knifeAlors bien sûr on pourra toujours s'interroger sur le but recherché par le réalisateur qui placera son spectateur dans une position de voyeur de toutes ces horreurs loin des fictions habituelles puisque réellement vécues, mais de toutes façons, sa volonté jusqu'auboutiste ne pourra qu'être louée, repoussant encore un peu plus loin les limites de ce qui est montrable à l'écran sans aucune distanciation possible avec une absence définitive d'humour ou de recul pour nous plonger directement et sans relâche dans l'enfer de ce camp 731, en parvenant même l'exploit de conserver intact l'attention du spectateur sur toute la durée du métrage grâce à un rythme soutenu et par un renouvellement des situations qui ne tomberont jamais dans la redite pour avancer les sévices avec insistance.

Philosophy of a knifeDans ce contexte complètement "autre", les personnages resteront presque anonyme, avec comme seule petite concession ce semblant de bluette impossible entre une des prisonnières et un des gardiens qui se prolongera sur une bonne partie du film mais sans jamais venir court-circuiter l'évolution globale de l'intrigue ni ralentir le rythme, ce qui nous offrira une séquence chargée en émotions lors de la dernière partie du film. L'ensemble bénéficiera d'une interprétation adaptée et largement crédible, les souffrances endurées paraissant bien réelles sans aucun surjouage nuisible et l'apathie indifférente des tortionnaires ne fera qu'accroître l'impact des séquences dures du film.

Philosophy of a knifeLa mise en scène d'Andrey Iskanov affirmera encore une fois sa particularité entièrement différente grâce à un soin apporté à chaque plan qui transparaître continuellement pour donner une beauté formelle indéniable à l'ensemble avec une quête artistique de tous les instants. Les effets spéciaux, mêlés à des images d'archives dans un mélange dont il est parfois difficile de faire la part des choses comme pour cette descente dans ce charnier absolument sordide et glauque, sont globalement probants pour mettre en scène ces très nombreuses tortures avancées frontalement et avec des gros plans réguliers pour demeurer le plus souvent réaliste et bien entendu du coup foncièrement dérangeant et douloureux.

Donc, ce Philosophy of a knife offrira une expérience "autre" et extrême jusqu'auboutiste dans sa démonstration historique et fataliste quant à la nature humaine présentée ici sous son plus mauvais jour !

Philosophy of a knifeLe DVD de zone 1 édité par Unearthed Films avancera une image parfois volontairement dégradée, tandis que la bande-son sera terriblement efficace, notamment grâce à cette partition musicale envoûtante et macabre avec ces cris et pleurs grinçants, le métrage étant ici proposé dans sa version anglaise non sous-titrée pour la voix-off, tandis que les interventions du témoin seront quant à elle sous-titrées en anglais.
Cette édition limitée avancera en bonus un long making-of laissant la parole aux interprètes et au réalisateur qui pourra justifier l'existence du métrage et avancer ses motivations, la séquence du charnière sera quant à elle visible en couleur, suivie par quelques rapides scènes coupées guère passionnantes, une interview de l'actrice Manoush donnera l'occasion à la "scream-queen" Debbie Rochon de se mettre également en valeur, le réalisateur s'exprimera en outre pour un entretien écrit, laissant deux clips vidéos, plusieurs galeries de photos et la bande-annonce du film, accompagnée par celles d'autres titres de l'éditeur clore ces bonus plus qu'intéressants.

Pour ceux qui se sentiraient prêts à tenter l'expérience de ce film extrême et dérangeant, le DVD de zone 1 est disponible ici ou !

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