par Nicore

Connu chez nous sous l’appelation La petite sœur du diable, ce Killer nun au titre largement évocateur va mélanger "nunsploitation" et "giallo" de manière plutôt habile et évocatrice pour suivre les déboires d'une nonne mentalement perturbée qui s'adonnera à la perversion et peut-être même au meurtre.
Le script va donc prendre place dans un hôpital où des sœurs aident les infirmières à soulager et à suivre les patients atteints aussi bien physiquement que mentalement pour y suivre sœur Gertrude, une nonne récemment opérée d'une tumeur au cerveau lui causant bien des soucis, entre ses excès de violence et sa dépendance à la morphine, tandis que plusieurs patients périssent, victimes apparemment de Sœur Gertrude, à moins que…
Après une courte introduction suivant une sœur en confession cracher sa haine contre un homme lui ayant fait subir des attouchements dans sa jeunesse et refusant de le pardonner pour en plus vouloir se venger de tous les hommes, le métrage va donc s'installer dans cet hôpital où médecins, infirmières et nonnes cohabitent pour s'occuper de patients bien différents, avec ces personnes âgées presque séniles et d'autres plus jeunes et handicapés, pour se lancer dans une présentation des principaux personnages et notamment de Sœur Gertrude, certes aimée de tous mais ayant un comportement parfois étrange, entre sa difficulté à se saisir d'un scalpel pour le donner à un médecin et ses problèmes avec un cathéter, alors qu'elle évoque ses maux de tête suite à une opération au médecin chef.
Cette présentation des protagonistes prendra le temps de bien immerger le spectateur dans cette petite communauté et surtout de nous dévoiler les secrets de sœur Gertrude, accro à la morphine depuis son opération, tandis que sa voisine de chambre, Sœur Mathieu, une ravissante jeune religieuse amoureuse de Sœur Gertrude et cherchant à attirer son attention (quitte à se promener nue devant elle), lui sera complètement dévolue et soumise. Mais l'intrigue prendra également le temps de nous faire suivre d'autres travers de Sœur Gertrude, avec ce comportement colérique qui le poussera par exemple à réduire en miettes un dentier et surtout cette escapade en ville pour revendre une bague d'une patiente décédée et s'acheter sa morphine avec l'argent ainsi récolté, tout en profitant de l'occasion pour aller draguer un inconnu et coucher avec lui dans un vestibule d'immeuble.
Mais alors que l'intrigue commencera presque à tourner en rond, un premier meurtre va survenir, un patient ayant découvert Sœur Gertrude en plein délire sous morphine va être violemment frappé avant d'être jeté par une fenêtre, déguisant ainsi ce crime en suicide, bientôt suivi par un second assassinat, celui d'un patient certes âgé mais n'ayant pas renoncer aux plaisirs de la chair puisqu'il s'accordera les faveurs d'une demoiselle depuis son fauteuil roulant et qui finira étouffé par du coton. Ces scènes de meurtres, bien que peu nombreuses, seront parfaitement agencées, lorgnant facilement vers le giallo, par le réalisateur qui nous offrira même un délire psychédélique lors du premier meurtre en alternant de courts plans du crime avec les hallucinations salaces de Sœur Gertrude, pour être également parfois assez méchantes, telle cette patiente qui en aura trop vu et qui finira avec des aiguilles enfoncées un peu partout dans le visage avant que le meurtrier ne s'amuse avec un scalpel. Et bien que mettant toujours au premier plan Sœur Gertrude, l'intrigue laissera planer un doute continu sur sa culpabilité, nous réservant de la sorte un petit twist final certes éventé mais graphique et offensif.
A côté de cet aspect macabre, le film versera bien entendu dans la "nunsploitation" avec son personnage principal trouble et quand même perverti qui occupera largement les situations du métrage, alors que le mode de vie bien ordonné et intimement lié à la religion de l'hôpital sera régulièrement mis en avant, pour ainsi nous gratifier d'un érotisme assez léger (nous faisant profiter de la plastique généreuse de Sœur Mathieu) et guère osé pour suivre l'aventure de Sœur Gertrude hors de l'hôpital, avec juste cette allusion à une fellation sous-entendue par un plan aussi troublant que sensuel, lorsque Sœur Mathieu passera ses lèvres le long du pantalon du nouveau médecin fraîchement arrivé à l'hôpital. Et en dehors de ce côté sexuel, le film n'hésitera pas à avancer frontalement les problèmes de drogue de l'héroïne, voleuse à l'occasion, pour un ensemble pas franchement catholique quand même.
Mais malgré ces apparences et ces éléments volontaires, le métrage ne sera pas vraiment graphique (mis à part le meurtre aux aiguilles) pour plus jouer avec la suggestion et les sous-entendus, Sœur Gertrude se cachant de la caméra par exemple pour s'injecter sa morphine, alors que ses bras couverts de croûtes et de traces de piqûre seront par contre dévoilés, le tout au sein d'une intrigue assez basique dans l'exploitation des meurtres et de la dualité de Sœur Gertrude dont l'apparente dévotion à ses malades cachera bien des choses, tandis que le rapport avec son opération de cette tumeur au cerveau ne sera jamais clairement explicitée.
Les personnages bénéficieront tous d'un traitement de faveur de la part du réalisateur, Sœur Gertrude bien entendu, mais également ces seconds rôles souvent croustillants, entre cette Mère Supérieure presque sadique indiquant par exemple à Soeur Gertrude que c'est sa condition de nonne de souffrir et surtout ces malades parfois souriants, tel cet hyperactif sportif ou encore cette bourgeoise sénile, mais il est quand même dommage que le personnage du jeune médecin débarquant sur place soit sous-exploité en arrivant trop tard dans l'intrigue. Ces protagonistes bénéficieront d'une interprétation de qualité, surclassée par la prestation épatante de Anita Ekberg, qui joua Sylvia et la fameuse scène de la fontaine (sans le chaton blanc, dommage…) dans La dolce vita de Fellini, et qui ici incarnera à merveille cette nonne troublée et au regard perçant, tandis que la craquante Paola Morra apportera la touche sensuelle du film, mais on retrouvera également avec plaisir Joe Dallesandro. La mise en scène du réalisateur est efficace pour donner de l'impact aux temps forts du film, mais peinera légèrement à trouver un rythme constant pour rendre certaines séquences longuettes. Les quelques effets spéciaux sont réussis tout en demeurant simplistes.
Donc, ce Killer nun offrira un autre visage à la "nunsploitation", certes moins érotique mais tout aussi fascinant au travers du portrait de cette nonne bien dévergondée et aux travers multiples.
Le DVD de zone 1 édité par Blue underground avancera une image juste quelque peu granuleuse, tandis que la bande-son sera convaincante, avec une partition musicale adaptée et parfois même gentiment décalée, le métrage étant ici proposé dans sa version anglaise sans aucun sous-titre.
Au niveau des bonus, on pourra suivre une interview du réalisateur Giulio Berruti qui reviendra rapidement sur la début de sa carrière, le fait divers belge lui ayant inspiré l'idée du film, ainsi que les petits soucis rencontrés lors du tournage pour un ensemble intéressant mais certainement trop court et uniquement suivi de la bande-annonce du film et de plusieurs galerie de photos consacrées aux affiches, aux lobby cards, aux photos du tournage et aux jaquettes vidéos du film.


Pour ceux qui voudraient découvrir cette nonne très spéciale, le DVD de zone 1 est disponible ici ou là !
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