09.10.08

08:00:00, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : Vinyan
Réalisateur : Fabrice Du Weltz
Avec : Emmanuelle Béart, Rufus Sewell...
Durée du film : 1 h 40
Date de sortie en salles : 1er octobre 2008

Par Nicofeel

vinyan

Auteur d'un premier film, Calvaire, pour le moins éprouvant et malaisant, le belge Fabrice Du Weltz nous revient avec un film encore plus ambitieux mais aussi beaucoup plus difficile d'accès.
Vinyan est une production franco-belge-britannique. Le film a été tourné en partie en Thaïlande (alors que l'action est censée se dérouler à la frontière birmane) ce qui donne évidemment tout le côté dépaysant et exotique de ce long métrage.
Le film de Du Weltz a comme origine une révolte. En effet, le cinéaste est en colère contre le fait que l'on donne dans un événément tel que la survenance d'un tsunami, plus d'importance à la vie d'un enfant blanc qu'un enfant local, à savoir un enfant thaï ou birman.
Vinyan (qui signifie grosso modo d'après les informations données dans le film, le terme de haine de l'âme d'un mort) raconte l'histoire d'un couple franco-britannique, joué par les acteurs Emmanuelle Béart et Rufus Sewell, qui a perdu toute trace de son enfant dans un tsunami. Dans les premières minutes du film, Jeanne (qu'interprète Emmanuelle Béart) croit voir son enfant sur un documentaire relatant les conséquences du tsunami en Birmanie. Elle réussit à convaincre son époux de mener des recherches pour trouver l'enfant.
C'est alors que commence toute une quête qui va se révéler éprouvante pour le couple mais également pour le spectateur de Vinyan.
Fabrice du Weltz a réalisé un film avec une image qui donne une impression très inquiétante. D'autant que les forces naturelles sont souvent bien difficiles dans ces endroits. Les vents et les pluies semblent incessants et ils se révélent assez violents.
Pour ne rien arranger aux affaires du couple à la recherche de son enfant, la Birmanie est un pays très peu accueillant au niveau de son contexte géopolitique. La loi de l'argent est omniprésente. Tout se monnaye dans cet endroit. Les multiples guides du couple demandent de fortes sommes d'argent pour l'accompagner vers un endroit qui est loin d'être rassurant. Surtout, le couple n'a nullement l'assurance de retrouver son enfant.
Le monde qui est montré dans Vinyan ne semble attiré que par cette idée de toucher de l'argent. Et puisque la Birmanie n'a aucune ressource en tant que tel, elle monnaye la seule chose qui lui reste : l'être humain.
Certaines scènes nous plongent dans d'incroyables bas-fonds où des femmes sont obligées de se prostituer (on se croirait dans un film de Philippe Grandrieux, et notamment La vie nouvelle). A d'autres endroits, des enfants, des blancs notamment, sont vendus puisqu'ils correspondent à une valeur marchande (voir la scène où l'on souhaite vendre un enfant au couple alors que l'on sait pertinemment qu'il ne s'agit pas de leur enfant). Le film est clairement assez malaisant. Il prouve aussi que l'exploitation de l'homme par l'homme existe toujours.
Une autre donnée importante voire essentielle du film est son côté intime avec la nature. Avec un filmage en cinémascope et une photo très travaillée, Vinyan donne l'impression que les différents protagonistes doivent faire avec une nature hostile, ou à tout le moins inquiétante. Le film est un véritable trip sensoriel, sentiment renforcé par la musique ambiante (qui pourrait faire penser à du Tangerine Dream, notamment dans Le convoi de la peur de William Friedkin). Emmanuelle Béart et Rufus Sewell perdent progressivement pied.

On a même l'impression que plus leur quête avance, plus ils reviennent aux origines de l'homme. Emmanuelle Béart est véritablement impressionnante avec son regard qui paraît toujours perdu. Le personnage qu'elle joue est obsédé par l'idée qu'elle va retrouver son fils. Elle en perd toute autre considération. Le personnage joué par Rufus Sewell finit d'ailleurs par être dévoré par la volonté de Jeanne.
Cette quête de l'impossible qui nous ramène dans la nature n'est pas sans rappeler des oeuvres aussi marquantes que sont Aguirre la colère de Dieu ou encore Le convoi de la peur. L'homme revient à ses origines. D'ailleurs, la fin du film est très belle (avec cette éclaircie qui donne le sentiment d'un apaisement) avec le personnage d'Emmanuelle Béart qui est quasiment déifié. Surtout, elle est devenue une sorte de Dame Nature. Elle est la mère nourricière. L'absence de son enfant est dès lors comblé. La boucle est en quelque sorte bouclée. Mais avant d'en arriver là, le spectateur de Vinyan aura assisté à un trip pour le moins incroyable. Les effets de style clippesques sont (heureusement) peu nombreux et sont relativement justifiés : ainsi, lorsque l'époux de Jeanne est ivre, il perd progressivement la notion des choses ; un montage saccadé pour l'occasion est donc approprié.
En fin de compte, Vinyan est un film à part qui mérite largement d'être vu. S'il n'est pas évident de rentrer dans cette expérience sensorielle, d'autant que le film comporte certaines lenteurs (notamment au début), il n'empêche que la beauté des images mérite à elle seule que l'on décide de s'attarder sur cette oeuvre atypique.

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