26.06.08

07:00:00, Catégories: Test / Critique  

Titre du film : Au bout de la nuit
Réalisateur : David Ayer
Avec : Keanu Reeves, Forest Whitaker, Hugh Laurie, Chris Evans
Durée du film : 1h50
Date de sortie en salles : 25 Juin 2008

Par Emmanuel

Au bout de la nuit... tous les flics sont pourris

Au bout de la nuit

David Ayer a un thème de prédilection : les luttes de pouvoir et la corruption latente au sein des forces de police. Il est de plus fasciné par Los Angeles, cité interlope aux mœurs obscures. Ce n’est donc pas une réelle surprise de voir le réalisateur de Bad Times et scénariste de Training Day s’acoquiner avec James Ellroy, maître du polar noir américain contemporain et adepte des personnages complexes à la moralité floue.

Au bout de la nuitLe résultat de cette rencontre a donc donné naissance à Street kings (titre V.O. à l’ambiguïté non feinte), un film dur, sans concession mais à l’étrange impression de déjà-vu. On a le sentiment diffus que David Ayer n’a pas su se renouveler tant Au bout de la nuit brasse de façon quasi identique les même thèmes que ses précédentes œuvres (mal-être d’un personnage solitaire, violence exacerbée, corruption généralisée).

De plus, on ne peut pas dire que James Ellroy ait fait preuve de réelle originalité dans le scénario. Même si on ne s’ennuie pas réellement, les scènes s’enchaînent sans réelle surprise ni ressort dramatique original. C’est bien simple : tous les poncifs du bon polar moderne y sont réunis. On est donc en terrain connu et balisé. Dommage tout de même pour quelqu’un qui déclarait avoir l’ambition de proposer une rupture et un ton nouveau. Pour preuve, le pitch du film est édifiant de poncifs : Tom Ludlow est un flic de choc, sans scrupule, raciste, ayant la gâchette facile mais finalement le sens moral chevillé au corps. Pour ne rien arranger, il est alcoolique depuis la mort de sa femme et la police des polices enquête sur ses méthodes douteuses. C’est dans ce contexte difficile qu’il va se retrouver mêler au meurtre de son ancien collègue, black et bon père de famille. Qui a dit « original » ? Sûrement pas moi !

Au bout de la nuitLa mise en scène d’Ayer, nerveuse et efficace dans les scène d’action, est facilité par le travail remarquable à la photographie de Gabriel Beristain qui illumine la nuit de Los Angeles comme seul probablement avant lui Collateral avait su le faire. La ville ainsi magnifiée est un personnage à part entière de l’histoire. Mais le vrai point noir du film réside dans le casting de son rôle principal : Keanu Reeves en flic torturé, ce n’est juste pas possible. Il est des acteurs qui par leur simple présence, leur charisme inné irradient la pellicule et donnent corps et consistance à leurs personnages. Il en est d’autres, falots et aux expressions faciales limités (genre deux pour signifier l’une « je suis content/heureux/soulagé… » et l’autre « je suis en colère/énervé/très très fâché ») qui tuent toute tentative artistique de composition. Quand on sait que ce cher Keanu appartient malheureusement à cette deuxième catégorie, on cerne rapidement le problème d’autant plus qu’il est de chaque scène, presque de chaque plan. Difficile alors de faire ressortir la complexité et les doutes de Ludlow.

Heureusement, le reste de la distribution est d’un autre niveau : Forrest Whitaker, cabotineur à souhait (mais quand c’est si bien fait, c’est jouissif) dans un rôle de boss prêt à tout pour réussir ; Hugh Laurie qu’on est content de voir sans sa blouse du Dr House et Chris Evans en jeune flic idéaliste loin de ses apparitions habituelles dans des films aussi oubliables que Les 4 Fantastiques. Et les femmes dans cet univers macho ? Elles sont le contrepoint à la violence des hommes, images manichéennes et simplistes de la douceur et de la compassion, incarnées à la fois par la petite amie de Ludlow (une infirmière, ça ne s’invente pas !) et par la veuve digne, éplorée et courageuse du bon flic black abattu.

Au bout de la nuitLa dernière scène vient confirmer l’idée globale du film : un divertissement honnête qui à défaut de révolutionner le genre propose une plongée sans concession dans un monde violent et corrompu. Quand tout est fini, la lumière – presque aveuglante - peut faire sa réapparition tel un dernier cliché, une belle aube ensoleillée après 1h30 d’obscurité désespérée. Les rois de la rue seront bien sûr déchus au bout de la nuit. Circulez, y a plus rien à voir !

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