par Nicore

Réalisé par Nigel Wingrove, le boss de Redemption Films (firme principalement spécialisée dans l’édition et la distribution de films mélangeant érotisme et satanisme, régulièrement vampirique) nous livre avec ce Sacred flesh un pur "nunsploitation" à l’intrigue certes basique mais plus intéressante et ambiguë qu’elle ne pourra paraître de prime abord.
Le script suit la déchéance de la Mère Supérieure d’un couvent anglais au Moyen-âge, celle-ci étant tourmentée par des pensées impures et des hallucinations révélatrices de ses états d’âme, troublée qu’elle fut par les confessions d’autres nonnes de son couvent.
D’entrée, le générique appuie sur l’esthétisme pour avancer les symboles de la foi pervertis par la présence de sang recouvrant l’écran, avant que le métrage ne lance son intrigue en prenant directement place dans ce couvent où une Sœur et la responsable de l’abbaye vont évoquer la possession démoniaque de la Mère Supérieure, Sœur Elizabeth, poussant la vieille dignitaire à écrire une lettre à un prêtre spécialiste pour qu’il se rende sur place pour se rendre compte de cette situation gênante. Ce prêtre sera alors mis en avant pour nous faire découvrir un homme gouailleur affublé d’un servant largement porté sur le sexe avec qui il va prendre la route pour en chemin converser et se moquer à demi-mot du vœux de chasteté des nonnes et de cette obligation qu’il juge obsolète et injustifiable.
Ensuite, l’intrigue va s’attacher à nous dépeindre les tourments de Sœur Elizabeth, entre ses visions au cours desquelles elle converse avec Marie-Madeleine (une sainte ambiguë s’il en est) toujours sur la relation de la Foi avec la chasteté et ces désirs sexuels envahissants, et ces autres visions où un squelette habité en nonne la réprimante méchamment, alors que régulièrement, les confessions d’autres Soeurs viendront émailler la tentation de Sœur Elizabeth pour permettre au réalisateur de parsemer l’ensemble de séquences érotiques assez osées mêlant masturbation féminine, saphisme à quelques petits sévices corporels allant crescendo jusqu’à cette petite orgie finale définitivement blasphématoire dont le souvenir poussera sœur Elizabeth au suicide.
En plus de se parer de détails propices à rendre la reconstitution historique plutôt crédible en dépit d’un budget que l’on devine anémique, le métrage va quand même avancer régulièrement des détails religieux prouvant une bonne connaissance de son sujet par un réalisateur largement habitué à fréquenter la religion au travers des titres qu’il édite, et notamment avec la présence venimeuse de cette Marie-Madeleine trônant dans un décor intriguant accompagnée par un diablotin inutile mais assurant une présence démoniaque plutôt graphique, qui va alimenter partiellement la réflexion intemporelle sur la sexualité des nonnes et cette abstinence de façade qui sera bien évidemment ici complètement ébranlée.
En effet, en bon "nunsploitation" qui se respecte, le métrage va ainsi décliner différentes situations érotiques volontaires et devenant de plus en plus poussées au fur et à mesure que l’on va avancer dans le film. D’une petite séance de masturbation solitaire, nous allons passer à un duo de nonnes se trémoussant ensemble, pour ensuite suivre la découverte du plaisir par une jeune Sœur qui va se faire caresser par deux prêtres pervertis et salaces, soi-disant désireux de lui faire découvrir ce sentiment dont elle devra ensuite se passer dans les Ordres, pour voir enfin l’érotomètre exploser dans le dernier acte sacrilège qui va voir plusieurs Soeurs se livrer à un saphisme appuyé, notamment avec l’une d’elles allongée sur une croix.
Par contre, il faudra expressément au spectateur rentrer dans le métrage qui va présenter ses différentes situations de manière quelque peu anarchique et s’attarder sur le monologue de Sœur Elizabeth, bien entendu intéressant et ouvrant des perspectives de réflexion pour peu qu’on en ait envie, tout en devant supporter la partie du film mettant en scène la responsable du couvent, ce prêtre moqueur et son sbire, qui n’apporteront rien de bien passionnant à l’ensemble, si ce n’est un humour blasphémateur et un certain regard sur l’apanage des nonnes.
Mais le métrage restera surtout véritablement visuel, grâce au travail du réalisateur qui cherchera de bout en bout à imposer des images fortes en mêlant toujours les symboles de la Foi (les multiples croix ornant le mur de la pièce de pénitence de Sœur Elizabeth, les séquences érotiques se terminant invariablement par un travelling débouchant sur une grande croix, l’auto flagellation en guise de rédemption) à son propos, tout en assumant parfaitement le statut de ses personnages pour donner de l’impact aux scènes osées qui flirteront parfois brièvement avec le hardcore, sans que cela ne soit un but avéré pour Nigel Wingrove qui ne versera jamais dans le sordide ou le graveleux pour filmer ses actrices en action, préférant privilégier l’esthétisme et la beauté de ces séquences.
L’interprétation est cohérente mais sans réel charisme à l’écran, même si Christopher Adamson en imposera dans un court second rôle, alors que la mise en scène du réalisateur est assez dynamique et avance des cadrages intéressants. Même s’il est régulièrement classé dans la catégorie "horreur", le métrage ne comportera que peu d’effets spéciaux, avec juste quelques petits plans sanglants et ce faciès squelettique bien entretenu.
Donc, ce Sacred flesh reflétera bien l’amour porté au genre par son auteur qui nous gratifiera largement du quota d’érotisme inhérent à la "nunsploitation" tout en offrant une méditation équivoque à son spectateur !
Le DVD de zone 0 édité par Heretic Films avancera une image propre et sans défaut, tandis que la bande-son sera convaincante, avec une partition musicale efficace et impactante, le métrage n’étant par contre proposé ici qu’en version originale anglaise sans sous-titres.
Au niveau des bonus, on trouvera la bande-annonce et le teaser du film, ainsi que plusieurs galeries de photos, axées sur le film, les coulisses ou encore le matériel publicitaire.
Pour ceux qui voudraient se lancer dans cette aventure blasphématoire et assez érotique, le DVD de zone 0 est disponible par exemple ici !
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