19.05.08

01:00:00, Catégories: Test / Critique  

par Nicore

Subconscious cruelty

Peu connu de ce côté-ci de l’Atlantique malgré sa participation active à l’élaboration du script du Abandonnée de Nacho Cerda, Karim Hussain a pourtant à son actif plusieurs films dont ce très spécial Subconscious cruelty, son premier long métrage, une œuvre expérimentale et avant-gardiste, symboliquement et visuellement très virulente.
Le script se découpe en plusieurs tableaux indépendants et éloignés de toute logique narrative pour laisser s’exprimer des sentiments obsessionnels forts tournés vers le gore underground et la sexualité déviante.

Subconscious crueltyAprès un court laïus sur le pouvoir du cinéma, le métrage s’attachera à clamer l’orientation des deux hémisphère du cerveau, le gauche étant dédié au rationnel et le droit aux émotions et à la créativité, avec pour étayer son propos et demander la destruction de l’hémisphère gauche, une petite fresque avançant une demoiselle étendue nue sur une table qui se verra entailler le bas-ventre pour qu’une main en sorte un œil et son cordon oculaire à la symbolique forte et graphique.
Ensuite, le premier véritable segment du métrage nous mettra en présence d’un homme veillant sur sa sœur enceinte, mais celui-ci, dont la voix-off accompagnera l’ensemble de cette partie du film pour s’immiscer dans les pensées tortueuses, flirtant ainsi avec l’inceste et démontrant une obsession perverse envers le sexe et les femmes en général, va au final railler le miracle de la naissance en tuant l’enfant de sa sœur à peine sorti de son ventre, lors d’une autre séquence terriblement éprouvante par sa crudité à toute épreuve et achevant de manière excessive et épouvantable cette petite plongée intimiste dans un esprit dérangé.

Subconscious crueltyPuis ce sera au tour d’un interlude non-sensique où six personnages (deux hommes et quatre femmes) nus et couverts de boue vont se trémousser dans une prairie avant de goûter au plaisir d’un magma sanglant sorti de terre, ou d’un liquide sanglant dégoulinant d’une branche d‘arbre cassé, alors pratiquant un semblant de fellation sur une autre branche, dans ce qui pourrait être considéré comme une métaphore sur le viol de la Nature, mais qui apportera un peu de légèreté après la douloureuse expérience précédente.

Subconscious crueltyEt enfin, lors d’un dernier segment nous suivrons un homme s’adonnant aux plaisirs solitaires devant un film X qui sera méchamment mutilé à l’entrejambe par des extra-terrestres lui inoculant un sérum dans l’hémisphère droit du cerveau, avant que ce ne soit un Christ qui se retrouve attaqué par trois succubes qui vont le mutiler et littéralement le dévorer, sans oublier de lui uriner dessus, avant qu’une dernière hérésie ne vienne clore définitivement ce tableau s’attaquant de manière outrancière et extrêmement sanglante à la foi chrétienne.

Subconscious crueltyMalgré la disparité visuelle des différentes parties du film, on pourra donc y voir une allégorie de ce qui adviendrait si la partie gauche du cerveau prenait le contrôle en réclamant du sexe et du sang, offrant ainsi l’opportunité à Karim Hussain de se livrer corps et âme dans une longue succession de délires jusqu’auboutistes mêlant les aspects sexuels et sanglants de manière libérée de tout tabou pour chercher à choquer et à troubler son spectateur, celui-ci devant au-delà même des images essayer de comprendre les messages subversifs délivrés par le réalisateur.

Subconscious crueltyMais attention, il ne faudra pas s’attendre ici à une œuvre légère et abordable. En effet, l’esthétisme du métrage sera ouvertement tourné vers l’expérimentation et une certaine "poésie" onirique se moquant de toute continuité dans son discours résolument troublant et viscéral, ce qui expliquera aussi les démêlés que l’auteur a connu avec la censure, puisque son film sera par exemple carrément "non grata" en Angleterre alors qu’une partie de rushes avaient été confisqués par les autorités canadiennes, ce qui sera évidemment compréhensible à la vue de la dernière partie bafouant et humiliant directement et sans détour le Christ avec une volonté de forcené.

Subconscious crueltyEn plus de l’aspect visuel très fort du métrage, Karim Hussain aura donc également ajouté une dimension philosophique non négligeable à l’ensemble, se prêtant à diverses interprétations selon les orientations et les sensibilités de chacun, autour des thèmes ici abordés, tels que l’infanticide ou encore cette écologie douteuse et bien entendu cette profanation de la Foi chrétienne.
L’interprétation est largement secondaire dans un tel film privilégiant le côté artistique à une réelle progression dramatique, mais les différents acteurs s’en sortent plutôt bien dans ces rôles parfois peu faciles nécessitant une absence de complexe.

Subconscious crueltyLa mise en scène de Karim Hussain est évidemment exacerbée par l’approche avant-gardiste du métrage qui lui donne un cachet spécial original mais qui pourra en rebuter plus d’un.
Les effets spéciaux sanglants sont clairement réalistes en se vautrant dans un gore franc et sordide.
Donc, ce Subconscious cruelty restera comme une œuvre abondamment étrange et surréaliste, choquante et déviante qui risquera d’offusquer énormément le spectateur non aguerri à ce genre de métrages provocateurs et subversifs !

Subconscious crueltyLe DVD de zone 2 suédois édité par Njuta films avancera une image relativement claire et juste quelque peu granuleuse, alors que la bande-son sera convaincante, portée par une partition musicale adaptée et puissante, variant selon les différentes situations présentées, alors que le métrage ne sera proposé qu’en version anglaise, avant des sous-titres bien entendu destinés aux pays nordiques.
Au niveau des bonus, le second disque proposera un making-of exhaustif et passionnant donnera la parole à l’équipe du film qui reviendra sur les différents aspects du film (dont les nombreux effets spéciaux réalistes ou encore la longue genèse du projet), quelques scènes coupées également dérangeantes, entre cette visite d’un cimetière abandonné et ces têtes d’animaux livrées aux mouches en pleine forêt, un court métrage déviant, une courte galerie de photos, ainsi que la bande-annonce du film accompagnée par celle d’autres titres édités par Njuta Films.

Pour ceux qui souhaiteraient se lancer dans cette expérience "autre" et choquante, le DVD de zone 2 est disponible ici !

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